| 📘 Définitions | |
| Déf. 1 — Ensemble, élément, ensemble vide | → I.1 |
| Déf. 2 — Ensembles de nombres usuels | → I.1 |
| Déf. 3 — Inclusion \(A \subset B\) | → I.2 |
| Déf. 4 — Égalité d'ensembles | → I.3 |
| Déf. 5 — Ensemble des parties \(\mathcal{P}(E)\) | → I.4 |
| Déf. 5bis — Cardinal \(|E|\) | → I.4 |
| Déf. 6 — Complémentaire \(\complement_E A\) | → II.1 |
| Déf. 7 — Intersection \(A \cap B\) | → II.2 |
| Déf. 8 — Ensembles disjoints / distincts | → II.2 |
| Déf. 9 — Réunion \(A \cup B\) | → II.3 |
| Déf. 10 — Différence \(A \setminus B\) | → II.4 |
| Déf. 11 — Réunion/intersection quelconques, partition | → II.6 |
| Déf. 11bis — Somme disjointe \(A \sqcup B\) | → II.6 |
| Déf. 12 — Produit cartésien \(A \times B\) | → III.1 |
| Déf. 12bis — Produit à \(n\) facteurs, \(n\)-uplet | → III.2 |
| Déf. 13 — Application, image, antécédent | → IV.1 |
| Déf. 14 — Injection | → IV.2 |
| Déf. 15 — Surjection | → IV.3 |
| Déf. 16 — Bijection | → IV.4 |
| Déf. 17 — Image directe \(f(A)\) | → V |
| Déf. 18 — Image réciproque \(f^{-1}(B)\) | → V |
| Déf. 19 — Composée \(g \circ f\) | → IV.6 |
| Déf. 20 — Égalité de fonctions | → IV.7 |
| Déf. 21 — Restriction \(f_{|A}\) | → IV.8 |
| Déf. 22 — Relation d'équivalence induite | → IV.9 |
| Déf. 23 — Fibres de \(f\) | → IV.9 |
| 📕 Théorèmes et propositions | |
| Prop. 1 — Inclusion et implication | → I.2 |
| Thm. 1 — Cardinal de \(\mathcal{P}(E)\) | → I.4 |
| Prop. 2 — Propriétés algébriques de \(\cap\) et \(\cup\) | → II.2–3 |
| Prop. 2bis — Cardinal d'un produit cartésien | → III.1 |
| Thm. 2 — Lois de De Morgan | → II.5 |
| Thm. 2bis — De Morgan — familles quelconques | → II.5 |
| Thm. 3 — Caractérisation de l'injection | → IV.2 |
| Thm. 4 — Cardinal et inj./surj./bij. (fini) | → IV.4b |
| Thm. 5 — Unicité et propriétés de \(f^{-1}\) | → IV.5 |
| Thm. 6 — Composition et inj./surj./bij. | → IV.6 |
| Thm. 7 — Factorisation canonique | → IV.9 |
| Thm. 8 — Stabilité par image directe | → V |
| Thm. 9 — Stabilité par image réciproque | → V |
| 📙 Méthodes | |
| Méthode 1 — Montrer que \(A \subset B\) | → I.2 |
| Méthode 2 — Égalité par double inclusion | → I.3 |
| Méthode 3 — Montrer qu'une fonction est injective | → IV.2 |
| Méthode 4 — Montrer qu'une fonction est surjective | → IV.3 |
| Méthode 5 — Calculer \(f^{-1}\) explicitement | → IV.5 |
| Méthode 6 — Montrer qu'une fonction est bijective | → IV.4 |
| Méthode 7 — Rendre \(f\) injective/surjective par restriction | → IV.8 |
| 📗 Exercices | |
| Exercices de synthèse | → Exercice 6 |
La théorie des ensembles est le langage universel des mathématiques : arithmétique, géométrie, analyse, algèbre moderne — toutes ces disciplines reposent sur la même notion fondamentale d'ensemble. En CPGE, les ensembles ne sont pas une fin en eux-mêmes, mais la grammaire indispensable pour énoncer clairement tout ce qui suit.
Ce cours part de la définition la plus élémentaire d'un ensemble et construit progressivement, étape par étape, jusqu'à la notion de bijection. Chaque concept prépare le suivant.
Tout au long de ce cours, le fil conducteur sera la montée en abstraction : ensemble → produit cartésien → graphe → fonction → injection/surjection/bijection → fibres et partition → factorisation canonique. Une fonction \(f : E \to F\) n'est rien d'autre qu'un sous-ensemble particulier de \(E \times F\) — son graphe. Avant de parler de fonctions, il faut donc maîtriser les ensembles et leur produit cartésien. Le fil rouge culminera en Section VI avec le tableau d'analogie ensembles↔logique, après avoir traversé :
On appelle ensemble toute collection d'objets, appelés ses éléments, considérés sans ordre ni répétition possible.
Il existe quatre manières principales de définir un ensemble :
On liste tous les éléments : \(F = \{1,2,3,4,5,6\}\), \(\mathcal{C} = \{\clubsuit, \diamondsuit, \heartsuit, \spadesuit\}\), \(D = \{1, 2, 4, 8, 16, \ldots\} = \{2^n \mid n \in \mathbb{N}\}\).
On sélectionne les éléments d'un ensemble plus grand vérifiant une propriété \(P\) :
\[F = \{x \in E \mid P(x)\}\]Par exemple : \(P_{\text{pairs}} = \{n \in \mathbb{N} \mid \exists k \in \mathbb{N},\, n = 2k\}\).
Par conséquent : \(\forall x \in E,\; x \in F \iff P(x)\).
La chaîne d'inclusions strictes :
\[\mathbb{N} \subsetneq \mathbb{Z} \subsetneq \mathbb{D} \subsetneq \mathbb{Q} \subsetneq \mathbb{R} \subsetneq \mathbb{C}\]Donner une définition formelle par compréhension des ensembles suivants :
1. L'ensemble des entiers naturels impairs :
\[F = \{n \in \mathbb{N} \mid \exists k \in \mathbb{N},\, n = 2k+1\}\]2. La courbe de \(f\) est son graphe — l'ensemble des points \((x, f(x))\) du plan :
\[\mathcal{C}_f = \{(x, y) \in \mathbb{R}^2 \mid y = f(x)\}\]3. Ici il n'y a pas de fonction explicite \(y = f(x)\) — la courbe est définie implicitement par une relation entre \(x\) et \(y\) :
\[\mathcal{C} = \{(x, y) \in \mathbb{R}^2 \mid x^2 - xy + y^3 = 0\}\]Les questions 2 et 3 illustrent la différence entre définition par compréhension explicite (question 2 : on sait exprimer \(y\) en fonction de \(x\)) et implicite (question 3 : la relation entre \(x\) et \(y\) n'est pas résolue). Dans les deux cas, la notation ensembliste est la même — c'est la propriété \(P(x,y)\) qui change.
Soient \(A\) et \(B\) deux sous-ensembles d'un ensemble \(E\). On dit que \(A\) est inclus dans \(B\), noté \(A \subset B\), si tout élément de \(A\) est aussi élément de \(B\) :
\[A \subset B \iff \forall x \in A,\; x \in B.\]On dit aussi que \(A\) est une partie de \(B\) ou un sous-ensemble de \(B\).
Pour tous ensembles \(A\), \(B\), \(C\) :
Soient \(A = \{x \in E \mid P(x)\}\) et \(B = \{x \in E \mid Q(x)\}\). Alors :
\[A \subset B \iff \bigl(\forall x \in E,\; P(x) \Rightarrow Q(x)\bigr).\]Stratégie directe : Soit \(x \in A\) (il vérifie la propriété \(P\)) ; montrer que \(x \in B\) (i.e. qu'il vérifie \(Q\)).
Par contraposée : Soit \(x \notin B\) (il ne vérifie pas \(Q\)) ; montrer que \(x \notin A\) (il ne vérifie pas \(P\)).
Montrer que \(\{(x,y) \in \mathbb{R}^2 \mid x^2 + y^2 = 4\} \subset [-2\,;\,2]^2\).
\(A \not\subset B \iff \exists x \in A,\; x \notin B\).
\(\mathbb{N} \subset \mathbb{Z}\) mais \(\mathbb{Z} \not\subset \mathbb{N}\) car \(-1 \in \mathbb{Z}\) et \(-1 \notin \mathbb{N}\).
\(A = B\) si et seulement si ils ont exactement les mêmes éléments :
\[A = B \iff (A \subset B \text{ et } B \subset A) \iff \forall x,\; x \in A \iff x \in B.\]En termes de propriétés : \(A = B \iff \forall x \in E,\; P(x) \iff Q(x)\).
Pour démontrer \(A = B\), on a deux stratégies :
Stratégie 1 — Double inclusion. On rédige en deux blocs séparés et étiquetés :
Sens \(A \subset B\) : Soit \(x \in A\). [On utilise la définition/propriété de \(A$.] \(\ldots\) donc \(x \in B\). \(\checkmark\)
Sens \(B \subset A\) : Soit \(x \in B\). [On utilise la définition/propriété de \(B\).] \(\ldots\) donc \(x \in A\). \(\checkmark\)
Conclusion : \(A = B\). \(\square\)
Stratégie 2 — Chaîne d'équivalences. Lorsque les caractérisations de \(A\) et \(B\) permettent des équivalences directes :
Chaque \(\iff\) doit être justifié. Cette stratégie est plus compacte mais nécessite que toutes les implications soient des équivalences — une seule implication simple dans la chaîne invalide la preuve.
Quand choisir quelle stratégie ? La double inclusion est plus sûre et toujours applicable. La chaîne d'équivalences est plus élégante quand les deux ensembles sont définis par des propriétés algébriques ou logiques directement réversibles.
Soient \(a \leq b\) deux réels. Montrer que \([a\,;\,b] = \{(1-t)a + tb \mid t \in [0\,;\,1]\}\).
Notons \(I = \{(1-t)a + tb \mid t \in [0;1]\}\). On veut montrer l'égalité des deux ensembles. Par la Méthode 2, on montre successivement \(I \subset [a;b]\) puis \([a;b] \subset I\).
L'ensemble des parties de \(E\) est noté \(\mathcal{P}(E)\) : c'est l'ensemble de tous les sous-ensembles de \(E\).
\[A \in \mathcal{P}(E) \iff A \subset E.\]Il contient toujours \(\emptyset\) et \(E\) lui-même, donc \(\mathcal{P}(E) \neq \emptyset\). Les autres parties sont dites propres ou strictes.
\(\mathcal{P}(\emptyset) = \{\emptyset\}\).
\(\mathcal{P}(\{a\}) = \{\emptyset, \{a\}\}\).
\(\mathcal{P}(\{a,b\}) = \{\emptyset, \{a\}, \{b\}, \{a,b\}\}\) — quatre éléments.
Le cardinal d'un ensemble fini \(E\), noté \(|E|\) ou \(\mathrm{card}(E)\), est le nombre d'éléments de \(E\).
Exemples : \(|\{a, b, c\}| = 3\), \(|\emptyset| = 0\), \(|\{1, 2, 3, 4, 5, 6\}| = 6\).
Si \(E\) est fini avec \(|E| = n\), alors \(|\mathcal{P}(E)| = 2^n\).
Ce théorème admet plusieurs démonstrations, chacune éclairant un aspect différent. La preuve 1 (bijection) est la plus rigoureuse ; la preuve 2 (choix indépendants) est la plus intuitive ; la preuve 3 (récurrence) est la plus adaptée à une démonstration formelle en début d'année ; la preuve 4 (combinatoire) relie le résultat au binôme de Newton.
| Partie \(A\) | Vecteur \(\varphi(A)\) |
|---|---|
| \(\emptyset\) | \((0,0,0)\) |
| \(\{x_1\}\) | \((1,0,0)\) |
| \(\{x_2\}\) | \((0,1,0)\) |
| \(\{x_3\}\) | \((0,0,1)\) |
| \(\{x_1,x_2\}\) | \((1,1,0)\) |
| \(\{x_1,x_3\}\) | \((1,0,1)\) |
| \(\{x_2,x_3\}\) | \((0,1,1)\) |
| \(\{x_1,x_2,x_3\}\) | \((1,1,1)\) |
| Élément | Décision | Nombre de choix |
|---|---|---|
| \(x_1\) | inclure ou exclure | 2 |
| \(x_2\) | inclure ou exclure | 2 |
| \(\vdots\) | \(\vdots\) | \(\vdots\) |
| \(x_n\) | inclure ou exclure | 2 |
Ce résultat préfigure le fil rouge : une partie de \(E\) n'est rien d'autre qu'une fonction de \(E\) vers \(\{0,1\}\). Les fonctions apparaissent déjà ici, déguisées en sous-ensembles. On y reviendra formellement en Section IV.
Décrire \(\mathcal{P}(\{a,b,c\})\) (on attend 8 éléments). Que peut-on dire de \(\mathcal{P}([a;b])\) ?
Partie 1 — \(\mathcal{P}(\{a,b,c\})\).
On liste toutes les parties de \(\{a,b,c\}\) en les regroupant par cardinal :
| Cardinal | Parties | Nombre |
|---|---|---|
| 0 | \(\emptyset\) | \(\binom{3}{0} = 1\) |
| 1 | \(\{a\},\; \{b\},\; \{c\}\) | \(\binom{3}{1} = 3\) |
| 2 | \(\{a,b\},\; \{a,c\},\; \{b,c\}\) | \(\binom{3}{2} = 3\) |
| 3 | \(\{a,b,c\}\) | \(\binom{3}{3} = 1\) |
| Total | \(1+3+3+1 = 8 = 2^3\) \(\checkmark\) |
Donc : \[\mathcal{P}(\{a,b,c\}) = \bigl\{\emptyset,\; \{a\},\; \{b\},\; \{c\},\; \{a,b\},\; \{a,c\},\; \{b,c\},\; \{a,b,c\}\bigr\}.\]
Partie 2 — \(\mathcal{P}([a;b])\).
Ce qu'on sait d'emblée. \([a;b]\) est un ensemble infini — il contient une infinité de réels. La formule \(|\mathcal{P}(E)| = 2^n\) ne s'applique donc pas : elle est réservée aux ensembles finis.
Quelques éléments de \(\mathcal{P}([a;b])\). Cet ensemble contient des parties de natures très variées :
Ce qu'on peut dire rigoureusement. \(\mathcal{P}([a;b])\) est non seulement infini, mais non dénombrable — il est strictement plus grand que \(\mathbb{N}\) au sens des cardinaux infinis. Par le théorème de Cantor, il n'existe jamais de surjection d'un ensemble \(E\) vers \(\mathcal{P}(E)\) : \(\mathcal{P}(E)\) est toujours strictement plus grand que \(E\) lui-même.
L'analogie avec le cas fini reste valable conceptuellement :
| \(E\) fini, \(|E| = n\) | \(E = [a;b]\) infini |
|---|---|
| \(|\mathcal{P}(E)| = 2^n\) | \(|\mathcal{P}(E)| = 2^{\mathfrak{c}}\) où \(\mathfrak{c} = |\mathbb{R}|\) |
| \(\mathcal{P}(E)\) fini | \(\mathcal{P}(E)\) non dénombrable |
| Pour chaque \(x_k\) : inclure ou non (2 choix) | Même idée pour chaque \(x \in [a;b]\), mais en nombre infini |
La formule \(2^{|E|}\) reste donc valable — c'est simplement \(|E|\) qui est maintenant un cardinal infini.
On ne peut pas décrire \(\mathcal{P}([a;b])\) en extension. La plupart de ses éléments sont des parties « irrégulières » qu'on ne peut pas exprimer simplement. C'est pourquoi en analyse on ne travaille jamais avec \(\mathcal{P}(\mathbb{R})\) tout entier, mais avec des sous-familles bien choisies : les ouverts, les fermés, les compacts, les boréliens, etc. Chacune de ces familles est stable par certaines opérations ensemblistes, ce qui la rend maniable.
Les ensembles considérés dans cette section sont supposés inclus dans un ensemble de référence \(E\).
Le complémentaire de \(A\) dans \(E\), noté \(\complement_E A\) ou \(E \setminus A\), est l'ensemble des éléments de \(E\) n'appartenant pas à \(A\) :
\[\complement_E A = E \setminus A = \{x \in E \mid x \notin A\}.\]Ainsi : \(\forall x \in E,\; x \in \complement_E A \iff x \notin A\).
La complémentarisation est aux ensembles ce que la négation est aux propriétés.
L'intersection de \(A\) et \(B\), notée \(A \cap B\), est l'ensemble des éléments appartenant à la fois à \(A\) et à \(B\) :
\[A \cap B = \{x \in E \mid x \in A \text{ et } x \in B\}.\]Ainsi : \(\forall x \in E,\; x \in A \cap B \iff (x \in A) \wedge (x \in B)\).
L'intersection est aux ensembles ce que la conjonction est aux propriétés.
\(\{1,2,3,4\} \cap \{1,4,5\} = \{1,4\}\) et \([1\,;\,3] \cap\, ]2\,;\,4] =\, ]2\,;\,3]\).
\(A\) et \(B\) sont disjoints (ou incompatibles) si \(A \cap B = \emptyset\).
\(A\) et \(B\) sont distincts s'ils ne sont pas égaux.
Remarque : \(\emptyset\) est disjoint de lui-même mais non distinct de lui-même. À part cela : disjoints \(\Rightarrow\) distincts.
La réunion de \(A\) et \(B\), notée \(A \cup B\), est l'ensemble des éléments appartenant à \(A\) ou à \(B\) :
\[A \cup B = \{x \in E \mid x \in A \text{ ou } x \in B\}.\]Ainsi : \(\forall x \in E,\; x \in A \cup B \iff (x \in A) \vee (x \in B)\).
La réunion est aux ensembles ce que la disjonction est aux propriétés.
1. \([1\,;\,3] \cup\, ]2\,;\,4] = [1\,;\,4]\) car les deux intervalles se chevauchent (\(]2;3]\) est dans les deux) et leur réunion couvre sans interruption de \(1\) à \(4\). \(\checkmark\)
2. Résoudre \(\dfrac{-x^2 - x + 2}{x^2 - 4x + 3} \geq 0\).
Étape 1 — Factoriser le numérateur.
\[-x^2 - x + 2 = -(x^2 + x - 2) = -(x+2)(x-1).\]Vérification : \((x+2)(x-1) = x^2 + x - 2\). \(\checkmark\)
Étape 2 — Factoriser le dénominateur.
\[x^2 - 4x + 3 = (x-1)(x-3).\]Vérification : \((x-1)(x-3) = x^2 - 4x + 3\). \(\checkmark\)
Étape 3 — Domaine de définition.
Le dénominateur s'annule en \(x = 1\) et \(x = 3\). On exclut ces valeurs :
\(\mathcal{D} = \mathbb{R} \setminus \{1, 3\}\).
Étape 4 — Simplifier.
Pour \(x \neq 1\), le facteur \((x-1)\) est non nul et se simplifie :
\[\frac{-(x+2)(x-1)}{(x-1)(x-3)} = \frac{-(x+2)}{x-3} \quad (x \neq 1).\]
L'inéquation devient :
\[\frac{-(x+2)}{x-3} \geq 0 \iff \frac{x+2}{x-3} \leq 0.\]
Étape 5 — Tableau de signes.
Racines des facteurs restants : \(x = -2\) (numérateur) et \(x = 3\) (dénominateur).
| \(x\) | \(-\infty\) | \(-2\) | \(1\) | \(3\) | \(+\infty\) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| \(x+2\) | \(-\) | \(0\) | \(+\) | \(+\) | \(+\) | ||||
| \(x-3\) | \(-\) | \(-\) | \(-\) | \(\||\) | \(+\) | ||||
| \(\dfrac{x+2}{x-3}\) | \(+\) | \(0\) | \(-\) | \(\||\) | \(-\) | \(\||\) | \(+\) |
Étape 6 — Lire la solution.
On veut \(\dfrac{x+2}{x-3} \leq 0\), c'est-à-dire les zones où le quotient est négatif ou nul.
D'après le tableau : quotient \(\leq 0\) sur \([-2\,;\,3[\), mais \(x = 1\) est hors domaine.
Solution finale :
\[S = [-2\,;\,1[\;\cup\;]1\,;\,3[.\]On voit ici l'intérêt de la notion d'ensemble : la solution n'est pas un intervalle, mais une réunion de deux intervalles — exactement la situation où la notation \(A \cup B\) est indispensable. Le point \(x = 1\) est exclu du domaine (dénominateur nul), et non pas parce que l'inéquation y est fausse, mais parce que l'expression n'y est pas définie.
La différence \(A \setminus B\) (lire « \(A\) privé de \(B\) ») est l'ensemble des éléments de \(A\) n'appartenant pas à \(B\) :
\[A \setminus B = \{x \in E \mid x \in A \text{ et } x \notin B\} = A \cap \complement_E B.\]Soit \((A_i)_{i \in I}\) une famille de parties de \(E\). Alors :
\[\complement_E\!\left(\bigcup_{i \in I} A_i\right) = \bigcap_{i \in I} \complement_E A_i\] \[\complement_E\!\left(\bigcap_{i \in I} A_i\right) = \bigcup_{i \in I} \complement_E A_i\]En mots : le complémentaire d'une réunion est l'intersection des complémentaires, et le complémentaire d'une intersection est la réunion des complémentaires.
Reprenant les familles de l'Exemple 8 :
Ces deux calculs vérifient les résultats de l'Exemple 8 par un chemin différent — c'est une bonne pratique de vérification.
Le Théorème 9 (image réciproque) affirme que \(f^{-1}\) commute avec \(\cup\), \(\cap\) et \(\complement\). Couplé au Théorème 2bis, cela signifie que \(f^{-1}\) commute aussi avec les familles quelconques : \[f^{-1}\!\left(\complement_F B\right) = \complement_E f^{-1}(B), \qquad f^{-1}\!\left(\bigcup_{i\in I} B_i\right) = \bigcup_{i\in I} f^{-1}(B_i), \qquad f^{-1}\!\left(\bigcap_{i\in I} B_i\right) = \bigcap_{i\in I} f^{-1}(B_i).\] C'est pourquoi l'image réciproque est un outil plus puissant que l'image directe en topologie.
Distributivité :
\[A \cup (B \cap C) = (A \cup B) \cap (A \cup C), \qquad A \cap (B \cup C) = (A \cap B) \cup (A \cap C).\]Lien inclusion–opérations :
\[A \subset B \iff A \cap B = A \iff A \cup B = B \iff \complement_E B \subset \complement_E A.\]La dernière équivalence \(A \subset B \iff \complement_E B \subset \complement_E A\) est l'analogue ensembliste de la contraposée.
| Opération | Symbole | Analogue logique | Traduction |
|---|---|---|---|
| Réunion | \(\cup\) | Disjonction \(\vee\) | \(x \in A \cup B \iff P \vee Q\) |
| Intersection | \(\cap\) | Conjonction \(\wedge\) | \(x \in A \cap B \iff P \wedge Q\) |
| Complémentaire | \(\complement_E\) | Négation \(\neg\) | \(x \in \complement_E A \iff \neg P\) |
| Inclusion | \(\subset\) | Implication \(\Rightarrow\) | \(A \subset B \iff (P \Rightarrow Q)\) |
| Égalité | \(=\) | Équivalence \(\iff\) | \(A = B \iff (P \iff Q)\) |
Soit \((A_i)_{i \in I}\) une famille de parties de \(E\) :
\[\bigcup_{i \in I} A_i = \{x \in E \mid \exists i \in I,\; x \in A_i\}, \qquad \bigcap_{i \in I} A_i = \{x \in E \mid \forall i \in I,\; x \in A_i\}.\]La famille \((A_i)_{i \in I}\) est une partition de \(E\) si :
On note la réunion disjointe \(E = \bigsqcup_{i \in I} A_i\).
Soient \(A\) et \(B\) deux ensembles quelconques (pas nécessairement disjoints). Leur somme disjointe (ou union disjointe) est l'ensemble :
\[A \sqcup B = (A \times \{0\}) \cup (B \times \{1\}) = \{(a,0) \mid a \in A\} \cup \{(b,1) \mid b \in B\}.\]On distingue les éléments de \(A\) et de \(B\) par une « étiquette » \(0\) ou \(1\), de sorte que \(A\sqcup B\) a toujours exactement \(|A|+|B|\) éléments, même si \(A \cap B \neq \emptyset\).
Plus généralement, pour une famille \((A_i)_{i\in I}\) : \(\bigsqcup_{i\in I} A_i = \bigcup_{i\in I} (A_i \times \{i\})\).
Ces deux exemples sont des classiques de CPGE. Ils illustrent que le résultat d'une intersection ou réunion infinie peut être surprenant.
Exemple 1 — Intersection décroissante vers \(\emptyset\). Soit \(A_n = \left]0\,;\,\dfrac{1}{n}\right[\) pour \(n \geq 1\). Montrons que \(\displaystyle\bigcap_{n \geq 1} A_n = \emptyset\).
Les ensembles sont emboîtés : \(A_1 \supset A_2 \supset A_3 \supset \cdots\) (plus \(n\) est grand, plus l'intervalle est petit). On pourrait croire que l'intersection est un « intervalle infiniment petit » — mais non.
Exemple 2 — Réunion croissante vers \([0,1[\). Soit \(B_n = \left[0\,;\,1 - \dfrac{1}{n}\right]\) pour \(n \geq 1\). Montrons que \(\displaystyle\bigcup_{n \geq 1} B_n = [0\,;\,1[\).
Les ensembles sont emboîtés : \(B_1 \subset B_2 \subset B_3 \subset \cdots\) (plus \(n\) est grand, plus l'intervalle est grand, s'approchant de \([0,1[\)).
Bilan — Quatre cas à connaître.
| Famille | Résultat | Explication clé |
|---|---|---|
| \(\displaystyle\bigcap_{n\geq 1} \left]0,\frac{1}{n}\right[\) | \(\emptyset\) | Archimède : \(x>0\Rightarrow\exists n,\,x>1/n\) |
| \(\displaystyle\bigcap_{n\geq 1} \left[0,\frac{1}{n}\right]\) | \(\{0\}\) | \(0\) appartient à tous les \(B_n\), rien d'autre |
| \(\displaystyle\bigcup_{n\geq 1} \left[0,1-\frac{1}{n}\right]\) | \([0,1[\) | Archimède : \(x<1\Rightarrow\exists n,\,x<1-1/n\) |
| \(\displaystyle\bigcup_{n\geq 1} \left[0,1-\frac{1}{n}\right]\) | \(\neq [0,1]\) | \(1\) n'est jamais atteint |
Dans tous ces calculs, le théorème d'Archimède est l'outil clé.
Calculer les réunions et intersections suivantes. On justifiera chaque résultat par une double inclusion ou une chaîne d'équivalences.
1. \(\displaystyle\bigcup_{n\geq 1} [-n\,;\,n] = \mathbb{R}\).
Les ensembles sont emboîtés : \([-1;1] \subset [-2;2] \subset [-3;3] \subset \cdots\)
Sens \(\bigcup[-n;n] \subset \mathbb{R}\) : évident, chaque \([-n;n] \subset \mathbb{R}\). \(\checkmark\)
Sens \(\mathbb{R} \subset \bigcup[-n;n]\) : Soit \(x \in \mathbb{R}\). Par le théorème d'Archimède, \(\exists n_0 \in \mathbb{N}^*,\; n_0 > |x|\), donc \(-n_0 < x < n_0\), soit \(x \in [-n_0\,;\,n_0]\). \(\checkmark\)
\[\boxed{\bigcup_{n\geq 1} [-n\,;\,n] = \mathbb{R}}\]2. \(\displaystyle\bigcap_{n\geq 1} [-n\,;\,n] = [-1\,;\,1]\).
Par chaîne d'équivalences : \[x \in \bigcap_{n\geq 1} [-n;n] \iff \forall n \geq 1,\; |x| \leq n \iff |x| \leq 1 \iff x \in [-1\,;\,1].\] La condition \(\forall n \geq 1,\; |x| \leq n\) équivaut à \(|x| \leq \min_{n\geq 1} n = 1\). \[\boxed{\bigcap_{n\geq 1} [-n\,;\,n] = [-1\,;\,1]}\]
3. \(\displaystyle\bigcap_{n\geq 1} \left[0\,;\,\frac{1}{n}\right] = \{0\}\).
Sens \(\{0\} \subset \bigcap[0;1/n]\) : Pour tout \(n \geq 1\), \(0 \in [0;1/n]\). \(\checkmark\)
Sens \(\bigcap[0;1/n] \subset \{0\}\) : Soit \(x \in \bigcap_{n\geq 1}[0;1/n]\), donc \(0 \leq x \leq 1/n\) pour tout \(n\). En particulier \(x \geq 0\). Si \(x > 0\), par Archimède \(\exists n_0,\; 1/n_0 < x\), contradiction avec \(x \leq 1/n_0\). Donc \(x = 0\). \(\checkmark\)
\[\boxed{\bigcap_{n\geq 1} \left[0\,;\,\frac{1}{n}\right] = \{0\}}\]4. \(\displaystyle\bigcup_{n\geq 1} [1\,;\,n] = [1\,;\,+\infty[\).
Sens \(\bigcup[1;n] \subset [1;+\infty[\) : Tout \(x \in [1;n]\) vérifie \(x \geq 1\). \(\checkmark\)
Sens \([1;+\infty[ \subset \bigcup[1;n]\) : Soit \(x \geq 1\). Par Archimède, \(\exists n_0 \geq 1,\; n_0 \geq x\), donc \(x \in [1;n_0]\). \(\checkmark\)
\[\boxed{\bigcup_{n\geq 1} [1\,;\,n] = [1\,;\,+\infty[}\]5. \(\displaystyle\bigcap_{n\geq 1} \left]0\,;\,n\right[ = \,]0\,;\,1[\).
Par chaîne d'équivalences : \[x \in \bigcap_{n\geq 1}\, ]0;n[ \iff \forall n \geq 1,\; 0 < x < n \iff x > 0 \text{ et } \forall n \geq 1,\; x < n.\] La condition \(\forall n \geq 1,\; x < n\) signifie que \(x\) est majoré par tout entier \(\geq 1\), ce qui équivaut à \(x \leq 1\) (car si \(x > 1\), poser \(n = 1\) donne \(x \geq 1 = n\), contradiction ; et si \(x \leq 1\) alors \(x < n\) pour tout \(n \geq 1\) ... attention : \(x = 1\) donne \(x < n\) pour \(n \geq 2\) mais \(x \not< 1 = n\) pour \(n=1\)). Donc la condition est \(x < 1\). Combined avec \(x > 0\) :
\[\boxed{\bigcap_{n\geq 1}\, ]0;n[ = \,]0\,;\,1[}\]| Famille | Résultat | Outil principal |
|---|---|---|
| \(\bigcup_{n\geq 1} [-n;n]\) | \(\mathbb{R}\) | Archimède : \(\exists n_0 > |x|\) |
| \(\bigcap_{n\geq 1} [-n;n]\) | \([-1;1]\) | \(\forall n,\;|x|\leq n \iff |x|\leq 1\) |
| \(\bigcap_{n\geq 1} [0;1/n]\) | \(\{0\}\) | Archimède + borne fermée en \(0\) |
| \(\bigcup_{n\geq 1} [1;n]\) | \([1;+\infty[\) | Archimède : \(\exists n_0 \geq x\) |
| \(\bigcap_{n\geq 1}\, ]0;n[\) | \(]0;1[\) | \(\forall n\geq 1,\; x < n \iff x < 1\) |
Lire la notation. C'est une famille d'ensembles indexée par \(\mathbb{Z}\) : pour chaque entier \(n \in \mathbb{Z}\), on associe l'intervalle \([n\,;\,n+1[\). On obtient une infinité d'intervalles, un par entier :
| \(n\) | Intervalle \([n\,;\,n+1[\) | Contient |
|---|---|---|
| \(\ldots\) | \(\ldots\) | \(\ldots\) |
| \(-2\) | \([-2\,;\,-1[\) | tous les \(x\) tels que \(-2 \leq x < -1\) |
| \(-1\) | \([-1\,;\,0[\) | tous les \(x\) tels que \(-1 \leq x < 0\) |
| \(0\) | \([0\,;\,1[\) | tous les \(x\) tels que \(0 \leq x < 1\) |
| \(1\) | \([1\,;\,2[\) | tous les \(x\) tels que \(1 \leq x < 2\) |
| \(2\) | \([2\,;\,3[\) | tous les \(x\) tels que \(2 \leq x < 3\) |
| \(\ldots\) | \(\ldots\) | \(\ldots\) |
Représentation sur la droite réelle.
←——|——————|——————|——————|——————|——→ -1 0 1 2 3 [——————[——————[——————[——————[ n=-1 n=0 n=1 n=2 n=3
Chaque segment couvre exactement une unité, sans trou ni chevauchement.
Vérification des trois conditions de partition.
Condition 1 — Recouvrement : tout réel \(x\) appartient à au moins un intervalle.
Posons \(n = \lfloor x \rfloor\) (la partie entière de \(x\) :
le plus grand entier inférieur ou égal à \(x\)).
Par définition de la partie entière : \(n \leq x < n+1\), donc \(x \in [n\,;\,n+1[\). \(\checkmark\)
Condition 2 — Deux à deux disjoints : si \(n \neq m\), alors
\([n\,;\,n+1[\,\cap\,[m\,;\,m+1[\,= \emptyset\).
Sans perte de généralité, supposons \(n < m\), donc \(m \geq n+1\).
Tout \(x \in [n\,;\,n+1[\) vérifie \(x < n+1 \leq m\),
donc \(x \notin [m\,;\,m+1[\). \(\checkmark\)
Condition 3 — Parties non vides : \([n\,;\,n+1[\) contient au moins \(n\). \(\checkmark\)
Si \(f : E \to F\) est surjective, la famille des fibres \(\bigl(f^{-1}(\{y\})\bigr)_{y \in F}\) forme une partition de \(E\). Chaque valeur \(y\) de \(f\) correspond à une composante. Ce lien entre surjection et partition sera explicité en Section V.
À partir de deux éléments \(a\) et \(b\), on construit le couple ordonné \((a,b)\), caractérisé par :
\[(a,b) = (a',b') \iff (a = a' \text{ et } b = b').\]Le produit cartésien de \(A\) par \(B\) est :
\[A \times B = \{(a,b) \mid a \in A \text{ et } b \in B\}.\]Notation : \(A^2 = A \times A\).
Soient \(E_1, \ldots, E_n\) des ensembles et \(n \geq 1\). Un \(n\)-uplet (ou \(n\)-tuple) est une suite ordonnée \((x_1, \ldots, x_n)\) avec \(x_k \in E_k\). Le produit cartésien à \(n\) facteurs est :
\[E_1 \times E_2 \times \cdots \times E_n = \prod_{k=1}^n E_k = \{(x_1, x_2, \ldots, x_n) \mid \forall k \in \{1,\ldots,n\},\; x_k \in E_k\}.\]L'égalité de deux \(n\)-uplets est coordonnée par coordonnée : \((x_1,\ldots,x_n) = (y_1,\ldots,y_n) \iff \forall k,\; x_k = y_k.\)
Lorsque tous les facteurs sont égaux, on note \(E^n = E \times \cdots \times E\) (\(n\) fois).
Si \(E_1, \ldots, E_n\) sont des ensembles finis, alors :
\[\left|\prod_{k=1}^n E_k\right| = \prod_{k=1}^n |E_k| = |E_1| \times |E_2| \times \cdots \times |E_n|.\]En particulier \(|E^n| = |E|^n\).
Produit à deux facteurs. Si \(E = \{0,1\}\) et \(F = \{0,1,2\}\), alors \(|E \times F| = 2 \times 3 = 6\) :
\[E \times F = \{(0,0),(0,1),(0,2),(1,0),(1,1),(1,2)\}.\]Puissance \(E^n\). \(\{0,1\}^n\) est l'ensemble de tous les mots binaires de longueur \(n\) : \(|\{0,1\}^n| = 2^n\). C'est précisément l'ensemble utilisé dans la preuve par vecteurs indicateurs du Théorème 1 (\(|\mathcal{P}(E)| = 2^n\)).
Espaces usuels.
| Notation | Définition | Interprétation géométrique |
|---|---|---|
| \(\mathbb{R}^2 = \mathbb{R} \times \mathbb{R}\) | couples \((x,y)\), \(x,y\in\mathbb{R}\) | Plan usuel (Descartes) |
| \(\mathbb{R}^3 = \mathbb{R} \times \mathbb{R} \times \mathbb{R}\) | triplets \((x,y,z)\) | Espace usuel |
| \(\mathbb{R}^n\) | \(n\)-uplets de réels | Espace euclidien de dim. \(n\) |
| \(\mathbb{R}^n \times \mathbb{R}^m\) | \(\cong \mathbb{R}^{n+m}\) | Produit d'espaces |
Nombre de fonctions. L'ensemble de toutes les fonctions de \(E\) vers \(F\), noté \(F^E\), a cardinal \(|F|^{|E|}\) quand \(E\) et \(F\) sont finis. En effet, une telle fonction est un \(|E|\)-uplet de choix dans \(F\), un pour chaque élément de \(E\) : \(|F^E| = |F|^{|E|}\).
Pour une famille quelconque \((E_i)_{i\in I}\), on peut définir le produit cartésien infini \(\prod_{i\in I} E_i\) comme l'ensemble des fonctions de choix \(f : I \to \bigcup_{i\in I} E_i\) telles que \(f(i) \in E_i\) pour tout \(i \in I\).
L'axiome du choix affirme que ce produit est non vide dès que chaque \(E_i\) est non vide — ce qui n'est pas démontrable sans cet axiome. En CPGE on l'admet toujours implicitement. Cas particulier : \(\mathbb{R}^\mathbb{N}\) est l'ensemble de toutes les suites réelles \((u_n)_{n\in\mathbb{N}}\) — c'est le cadre naturel de l'analyse des suites.
Une application \(f : E \to F\) peut être définie rigoureusement comme un sous-ensemble particulier de \(E \times F\) — son graphe : \[\Gamma_f = \{(x, f(x)) \mid x \in E\} \subset E \times F.\] Ce sous-ensemble est caractérisé par deux conditions : tout \(x \in E\) apparaît exactement une fois comme première coordonnée. C'est la définition rigoureuse d'une fonction comme relation fonctionnelle. Le produit cartésien est donc l'outil qui permet de formaliser la notion de fonction.
Cas fini. Soit \(E = \{1, 2, 3\}\), \(F = \{a, b, c\}\), et \(f\) définie par \(f(1) = b\), \(f(2) = a\), \(f(3) = b\).
Le produit cartésien \(E \times F\) contient \(3 \times 3 = 9\) paires :
\[E \times F = \{(1,a),(1,b),(1,c),(2,a),(2,b),(2,c),(3,a),(3,b),(3,c)\}.\]Le graphe \(\Gamma_f\) en extrait exactement les paires correspondant à \(f\) :
\[\Gamma_f = \{(1, b),\, (2, a),\, (3, b)\} \subset E \times F.\]On vérifie les deux conditions qui font de \(\Gamma_f\) le graphe d'une fonction :
Remarque : \(b\) apparaît deux fois comme deuxième coordonnée — cela ne viole aucune règle, et traduit simplement que \(f\) n'est pas injective (\(f(1) = f(3) = b\)).
Cas continu. Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\). Le produit cartésien \(\mathbb{R} \times \mathbb{R}\) est le plan tout entier. Le graphe \(\Gamma_f \subset \mathbb{R}^2\) est la parabole :
\[\Gamma_f = \{(x, x^2) \mid x \in \mathbb{R}\}.\]Le test de la droite verticale — qu'on apprend en lycée — est exactement la condition « chaque \(x\) apparaît une seule fois » : une droite \(x = x_0\) coupe \(\Gamma_f\) en exactement un point \((x_0, x_0^2)\).
Une application (ou fonction) \(f : E \to F\) associe à chaque \(x \in E\) un unique \(f(x) \in F\). \(E\) est l'ensemble de départ (ou de définition), \(F\) l'ensemble d'arrivée.
\(f : E \to F\) est injective si tout élément de \(F\) a au plus un antécédent dans \(E\) :
\[\forall (x,y) \in E^2,\; f(x) = f(y) \Rightarrow x = y.\]Contraposée équivalente : \(x \neq y \Rightarrow f(x) \neq f(y)\).
Toute application strictement monotone sur un intervalle est injective.
En particulier, \(\ln\) est injective sur \(]0;+\infty[\) et \(\exp\) est injective sur \(\mathbb{R}\).
Soient \(x, y \in E\) tels que \(f(x) = f(y)\). Montrer que \(x = y\).
Variante : montrer que \(f\) est strictement monotone sur son ensemble de définition.
Dans chaque diagramme, \(E = \{a, b, c\}\) à gauche et \(F\) à droite. Les flèches représentent les images.
Parmi les fonctions ci-dessous, lesquelles sont injectives ? Justifier.
1. \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto \cos x\) — non injective.
Il suffit de trouver deux réels distincts ayant la même image. La fonction cosinus est \(2\pi\)-périodique, donc :
\[\cos(0) = 1 = \cos(2\pi) \quad \text{avec } 0 \neq 2\pi.\]La condition d'injectivité \(f(x) = f(y) \Rightarrow x = y\) est violée. \(\checkmark\)
2. \(g : [-\pi/2\,;\,\pi/2] \to \mathbb{R},\; x \mapsto \cos x\) — non injective.
Sur \([-\pi/2\,;\,\pi/2]\), le cosinus est pair : \(\cos(-x) = \cos(x)\). Donc pour tout \(x \in\, ]0\,;\,\pi/2]\), les deux points \(x\) et \(-x\) sont distincts mais ont la même image. Par exemple :
\[\cos\!\left(\frac{\pi}{3}\right) = \frac{1}{2} = \cos\!\left(-\frac{\pi}{3}\right) \quad \text{avec } \frac{\pi}{3} \neq -\frac{\pi}{3}.\]\(g\) n'est pas injective.
3. \(h : ]-\pi\,;\,0] \to \mathbb{R},\; x \mapsto \cos x\) — injective.
Sur \(]-\pi\,;\,0]\), la fonction cosinus est strictement croissante (elle passe de \(\cos(-\pi) = -1\) à \(\cos(0) = 1\) en croissant). Par le Théorème 3, toute fonction strictement monotone est injective.
Cet exercice illustre que l'injectivité dépend crucialement de l'ensemble de départ. La même formule \(x \mapsto \cos x\) peut être injective ou non selon le domaine choisi :
| Domaine | Monotonie | Injective ? |
|---|---|---|
| \(\mathbb{R}\) | ni croissante ni décroissante | Non |
| \([-\pi/2\,;\,\pi/2]\) | pas monotone (paire, symétrique) | Non |
| \(]-\pi\,;\,0]\) | strictement croissante | Oui |
| \([0\,;\,\pi]\) | strictement décroissante | Oui |
La restriction à \([0\,;\,\pi]\) est celle qui définit la fonction \(\arccos\) — c'est le plus petit intervalle contenant \(0\) sur lequel cosinus est injectif et dont l'image est \([-1\,;\,1]\) tout entier.
\(f : E \to F\) est surjective si tout élément de \(F\) a au moins un antécédent dans \(E\) :
\[\forall y \in F,\; \exists x \in E,\; f(x) = y.\]Équivalence fondamentale : \(f\) surjective \(\iff \mathrm{im}\, f = F \iff f(E) = F\).
Soit \(y \in F\) quelconque. Construire explicitement un \(x \in E\) tel que \(f(x) = y\).
Conseil : résoudre l'équation \(f(x) = y\) en \(x\), et vérifier que la solution est bien dans \(E\).
Les fonctions suivantes sont-elles surjectives ? Justifier.
1. \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\) — non surjective.
Pour qu'une fonction soit surjective, tout élément de l'ensemble d'arrivée doit avoir au moins un antécédent. Ici l'ensemble d'arrivée est \(\mathbb{R}\). Or pour \(y = -1\), l'équation \(x^2 = -1\) n'a pas de solution dans \(\mathbb{R}\) (un carré est toujours positif). Donc \(-1\) n'a pas d'antécédent. \(\checkmark\)
Plus précisément : \(\mathrm{im}\,f = \mathbb{R}_+ = [0\,;\,+\infty[ \subsetneq \mathbb{R}\). La fonction \(f\) deviendrait surjective si on restreignait l'ensemble d'arrivée à \(\mathbb{R}_+\) : \(\tilde{f} : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+,\; x \mapsto x^2\) est surjective (pour tout \(y \geq 0\), prendre \(x = \sqrt{y}\)).
2. \(h : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto 2x\) — surjective.
Soit \(y \in \mathbb{R}\) quelconque. On résout \(2x = y\) : \[x = \frac{y}{2} \in \mathbb{R}.\] Ce \(x\) est bien dans \(\mathbb{R}\) et vérifie \(h(x) = 2 \cdot \dfrac{y}{2} = y\). \(\checkmark\) Donc tout \(y \in \mathbb{R}\) admet un antécédent — \(h\) est surjective.
3. \(k : \mathbb{N} \to \mathbb{N},\; n \mapsto 2n\) — non surjective.
Attention : même formule que \(h\), mais les ensembles de départ et d'arrivée ont changé — on travaille maintenant dans \(\mathbb{N}\) et non plus dans \(\mathbb{R}\).
L'image de \(k\) est \(\mathrm{im}\,k = \{0, 2, 4, 6, \ldots\} = 2\mathbb{N}\), c'est-à-dire l'ensemble des entiers naturels pairs. Or \(1 \in \mathbb{N}\) est impair : l'équation \(2n = 1\) n'a pas de solution dans \(\mathbb{N}\) (elle donnerait \(n = 1/2 \notin \mathbb{N}\)). Donc \(1\) n'a pas d'antécédent dans \(\mathbb{N}\). \(\checkmark\)
| Fonction | Surjective ? | Raison |
|---|---|---|
| \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\) | Non | \(-1\) n'a pas d'antécédent (\(\mathrm{im}\,f = \mathbb{R}_+\)) |
| \(h : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto 2x\) | Oui | \(\forall y \in \mathbb{R},\; x = y/2 \in \mathbb{R}\) |
| \(k : \mathbb{N} \to \mathbb{N},\; n \mapsto 2n\) | Non | \(1\) n'a pas d'antécédent (\(\mathrm{im}\,k = 2\mathbb{N}\)) |
\(f : E \to F\) est bijective si elle est à la fois injective et surjective : tout élément de \(F\) a exactement un antécédent dans \(E\).
\[\forall y \in F,\; \exists!\, x \in E,\; f(x) = y.\]Une bijection admet une réciproque \(f^{-1} : F \to E\) définie par : \(f^{-1}(y) = x \iff f(x) = y\).
Les assertions suivantes sont équivalentes :
Trois stratégies, à choisir selon le contexte :
Montrons que \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto 3x - 2\) est bijective.
On pose \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; y \mapsto \dfrac{y+2}{3}\).
Vérification :
\[(g \circ f)(x) = g(3x-2) = \frac{(3x-2)+2}{3} = \frac{3x}{3} = x = \mathrm{id}_\mathbb{R}(x). \checkmark\] \[(f \circ g)(y) = f\!\left(\frac{y+2}{3}\right) = 3 \cdot \frac{y+2}{3} - 2 = (y+2) - 2 = y = \mathrm{id}_\mathbb{R}(y). \checkmark\]Donc \(f\) est bijective et \(f^{-1}(y) = \dfrac{y+2}{3}\).
Soient \(E\) et \(F\) deux ensembles finis avec \(|E| = |F| = n\), et \(f : E \to F\). Les trois assertions suivantes sont équivalentes :
\[f \text{ injective} \quad\iff\quad f \text{ surjective} \quad\iff\quad f \text{ bijective}.\]Le Théorème 4 étant réservé aux ensembles finis, que se passe-t-il pour les ensembles infinis ? La notion de « même taille » se généralise via les bijections : on dit que \(E\) et \(F\) ont le même cardinal s'il existe une bijection \(f : E \to F\).
On note \(\aleph_0\) (« aleph zéro ») le cardinal de \(\mathbb{N}\) — c'est le plus petit cardinal infini. Un ensemble est dit dénombrable s'il est en bijection avec \(\mathbb{N}\) (ou s'il est fini).
Résultats surprenants — \(\mathbb{N}\), \(\mathbb{Z}\) et \(\mathbb{Q}\) ont le même cardinal \(\aleph_0\).
\(\bullet\quad |\mathbb{Z}| = |\mathbb{N}|\) — bijection explicite : \[f : \mathbb{N} \to \mathbb{Z}, \quad n \mapsto \begin{cases} n/2 & \text{si } n \text{ pair} \\ -(n+1)/2 & \text{si } n \text{ impair} \end{cases}\] Ce qui donne \(0 \mapsto 0,\; 1 \mapsto -1,\; 2 \mapsto 1,\; 3 \mapsto -2,\; 4 \mapsto 2, \ldots\) On intercale les entiers positifs et négatifs.
\(\bullet\quad |\mathbb{Q}| = |\mathbb{N}|\) — on liste tous les rationnels \(p/q\) (avec \(p \in \mathbb{Z}\), \(q \in \mathbb{N}^*\), \(\pgcd(|p|,q) = 1\)) en parcourant le tableau \(\mathbb{Z} \times \mathbb{N}^*\) en diagonale (procédé de Cantor) :
q=1 : 0/1 1/1 -1/1 2/1 -2/1 3/1 ... q=2 : 0/2 1/2 -1/2 2/2 ... (on saute 0/2 = 0/1 déjà listé) q=3 : 0/3 1/3 -1/3 ... ... Lecture en diagonale → énumération de tous les rationnels.
\(\bullet\quad |\mathbb{R}| > |\mathbb{N}|\) — en revanche \(\mathbb{R}\) est non dénombrable. Cantor a montré par l'argument diagonal que toute tentative de lister tous les réels de \([0,1]\) laisse nécessairement un réel de côté. Le cardinal de \(\mathbb{R}\) est noté \(\mathfrak{c} = 2^{\aleph_0}\).
| Ensemble | Cardinal | Dénombrable ? |
|---|---|---|
| Fini \(\{1,\ldots,n\}\) | \(n\) | — |
| \(\mathbb{N}\) | \(\aleph_0\) | Oui |
| \(\mathbb{Z}\) | \(\aleph_0\) | Oui |
| \(\mathbb{Q}\) | \(\aleph_0\) | Oui |
| \(\mathbb{R}\) | \(\mathfrak{c} = 2^{\aleph_0}\) | Non |
| \(\mathcal{P}(\mathbb{N})\) | \(2^{\aleph_0}\) | Non |
Le théorème de Cantor (déjà vu en Section I) affirme que \(|\mathcal{P}(E)| > |E|\) pour tout ensemble \(E\), même infini : il n'existe pas de « plus grand cardinal ».
Le fil rouge atteint son sommet : injection = « pas de collision », surjection = « tout point d'arrivée est atteint », bijection = correspondance parfaite un-à-un. La bijection permet de comparer des cardinaux (deux ensembles sont en bijection ssi ils ont le même nombre d'éléments) et de construire des structures isomorphes en algèbre. En analyse, elle assure l'existence d'une réciproque — clé pour définir \(\ln\), \(\arcsin\), etc.
Si \(f : E \to F\) est bijective, sa réciproque \(f^{-1} : F \to E\) est unique.
Soit \(f : E \to F\) bijective. Alors :
Pour calculer la réciproque d'une bijection \(f : E \to F\), on résout l'équation \(f(x) = y\) en \(x\) :
1. \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto 2x + 3\).
On résout \(y = 2x + 3\) : \(x = \dfrac{y-3}{2} \in \mathbb{R}\) pour tout \(y \in \mathbb{R}\). Donc \(f^{-1}(y) = \dfrac{y-3}{2}\), ou encore \(f^{-1}(x) = \dfrac{x-3}{2}\).
Vérification : \(f^{-1}(f(x)) = \dfrac{(2x+3)-3}{2} = x\). \(\checkmark\)
2. \(\exp : \mathbb{R} \to\, ]0\,;\,+\infty[\).
On résout \(y = e^x\) : \(x = \ln y\) pour tout \(y > 0\). Donc \(\exp^{-1} = \ln\).
3. \(f : [0\,;\,\pi] \to [-1\,;\,1],\; x \mapsto \cos x\).
On résout \(y = \cos x\) avec \(x \in [0\,;\,\pi]\) : \(x = \arccos(y)\). Donc \(f^{-1} = \arccos\). C'est précisément la définition de \(\arccos\) : la réciproque de la restriction de \(\cos\) à \([0\,;\,\pi]\), là où il est injectif.
Soient \(f : E \to F\) et \(g : F \to G\) deux applications. La composée de \(g\) par \(f\), notée \(g \circ f\), est l'application \(g \circ f : E \to G\) définie par :
\[(g \circ f)(x) = g(f(x)) \quad \forall x \in E.\]On applique d'abord \(f\), puis \(g\) — l'ordre est de droite à gauche.
Soient \(f : E \to F\) et \(g : F \to G\). Alors :
Et les réciproques partielles — les plus importantes en pratique :
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\) et \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto \sqrt{|x|}\). On a \((g \circ f)(x) = \sqrt{x^2} = |x|\).
Autre exemple : montrons que \(h : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto e^{2x+1}\) est injective.
On écrit \(h = \exp \circ\, u\) où \(u(x) = 2x+1\). \(u\) est injective (affine non constante) et \(\exp\) est injective (strictement croissante). Par le point 1 : \(h = \exp \circ\, u\) est injective. \(\checkmark\)
1. \(g \circ f\) bijective ⟹ \(f\) injective et \(g\) surjective.
\(f\) est injective. Soient \(x, y \in E\) tels que \(f(x) = f(y)\). En appliquant \(g\) : \(g(f(x)) = g(f(y))\), i.e. \((g \circ f)(x) = (g \circ f)(y)\). Comme \(g \circ f\) est bijective, elle est en particulier injective : \(x = y\). Donc \(f\) est injective. \(\checkmark\)
\(g\) est surjective. Soit \(z \in G\) quelconque. Comme \(g \circ f\) est bijective, elle est en particulier surjective : \(\exists\, x \in E,\; (g \circ f)(x) = z\), i.e. \(g(f(x)) = z\). En posant \(y = f(x) \in F\), on a \(g(y) = z\). Donc tout élément de \(G\) a un antécédent dans \(F\) — \(g\) est surjective. \(\checkmark\)
2. La réciproque est fausse.
Contre-exemple. Posons \(E = \{0,1\}\), \(F = \{0,1,2\}\), \(G = \{0,1\}\) et : \[f : E \to F,\quad f(0) = 0,\; f(1) = 1 \qquad g : F \to G,\quad g(0) = 0,\; g(1) = 0,\; g(2) = 1.\]
Si \(|E| = |F| = |G|\) sont finis et égaux, alors \(f\) injective implique \(f\) bijective (Théorème 4), et \(g\) surjective implique \(g\) bijective. La composée de deux bijections est bijective — la réciproque est vraie dans ce cadre.
Deux applications \(f : E \to F\) et \(g : E' \to F'\) sont égales si et seulement si les trois conditions suivantes sont simultanément vérifiées :
On note alors \(f = g\).
Un classique d'erreur : \(\sqrt{x^2} = x\) n'est pas une identité.
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto \sqrt{x^2}\) et \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x\).
Pour \(x = -3\) : \(f(-3) = \sqrt{9} = 3\) mais \(g(-3) = -3\). Donc \(f \neq g\).
La bonne identité est \(\sqrt{x^2} = |x|\) pour tout \(x \in \mathbb{R}\) : les fonctions \(x \mapsto \sqrt{x^2}\) et \(x \mapsto |x|\) sont bien égales (même domaine \(\mathbb{R}\), même codomaine \(\mathbb{R}\), mêmes valeurs).
Soit \(f : E \to F\) et \(A \subset E\).
Étant donnée \(f : E \to F\) qui n'est ni injective ni surjective, on peut :
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\). \(f\) n'est ni injective (\(f(-1) = f(1)\)) ni surjective (\(-1 \notin \mathrm{im}\,f\)).
| Action | Application résultante | Propriété |
|---|---|---|
| Restreindre le domaine à \(\mathbb{R}_+\) | \(f_{|\mathbb{R}_+} : \mathbb{R}_+ \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\) | Injective (croissante), non surjective |
| Restreindre le codomaine à \(\mathbb{R}_+\) | \(\tilde f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+,\; x \mapsto x^2\) | Surjective, non injective |
| Restreindre domaine et codomaine | \(f_{|\mathbb{R}_+}^{|\mathbb{R}_+} : \mathbb{R}_+ \to \mathbb{R}_+,\; x \mapsto x^2\) | Bijective, de réciproque \(\sqrt{\cdot}\) |
C'est exactement ce procédé qui justifie la définition de \(\sqrt{\cdot}\) : on restreint \(x \mapsto x^2\) à \(\mathbb{R}_+\) pour en faire une bijection, et \(\sqrt{\cdot}\) en est la réciproque.
La question duale est : étant donnée \(f : A \to F\), peut-on la prolonger en \(\tilde f : E \to F\) avec \(A \subsetneq E\) et \(\tilde f_{|A} = f\) ?
Ce problème est central en analyse :
En CPGE, la restriction est surtout utilisée pour définir les fonctions réciproques trigonométriques (\(\arcsin\), \(\arccos\), \(\arctan\)) en rendant bijectives des fonctions périodiques non injectives.
Soit \(f : E \to F\). On définit sur \(E\) la relation :
\[x \sim_f y \quad\iff\quad f(x) = f(y).\]Cette relation est une relation d'équivalence sur \(E\).
La classe d'équivalence de \(x \in E\) pour \(\sim_f\) s'appelle la fibre de \(f\) en \(f(x)\) : \[f^{-1}(\{y\}) = \{x \in E \mid f(x) = y\} \quad (y \in \mathrm{im}\,f).\] La famille \(\bigl(f^{-1}(\{y\})\bigr)_{y \in \mathrm{im}\,f}\) est une partition de \(E\).
Soit \(f : E \to F\). Alors :
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\).
Les fibres non vides forment la partition \(\bigl(\{-\sqrt{y}, \sqrt{y}\}\bigr)_{y > 0} \cup \bigl\{\{0\}\bigr\}\) de \(\mathbb{R}\).
La relation \(\sim_f\) identifie \(x\) et \(-x\) pour tout \(x\) — c'est la relation « avoir la même valeur absolue ».
Soit \(f : E \to F\). On note \(E/{\sim_f}\) l'ensemble quotient (l'ensemble des fibres). Alors \(f\) se factorise de manière unique en :
\[f = i \circ \bar{f} \circ \pi\]où :
En résumé : toute fonction se décompose en une surjection, puis une bijection, puis une injection.
Le fil rouge peut maintenant être complété : ensemble → produit cartésien → graphe d'une fonction → injection/surjection/bijection → partition par les fibres → factorisation canonique.
La Section II (partitions) et la Section IV (fonctions) se rejoignent ici : toute fonction \(f : E \to F\) induit une partition de \(E\) par ses fibres, et toute partition de \(E\) est la partition en fibres d'une surjection (la surjection canonique vers l'ensemble quotient). Partition et surjection sont deux faces de la même pièce.
Soit \(A \subset E\). L'image directe de \(A\) par \(f\) est :
\[f(A) = \{y \in F \mid \exists x \in A,\; f(x) = y\} \subset F.\]Si \(f(A) \subset A\), on dit que \(A\) est stable par \(f\).
Soit \(B \subset F\). L'image réciproque de \(B\) par \(f\) est :
\[f^{-1}(B) = \{x \in E \mid f(x) \in B\} \subset E.\]Attention : cette notation ne suppose nullement que \(f\) est bijective.
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\).
Soit \(f : E \to F\). Pour toutes parties \(A, B \subset E\) :
Soit \(f : E \to F\). Pour toutes parties \(A, B \subset F\) :
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\).
\(f(\mathbb{R}_+) \cap f(\mathbb{R}_-) = \mathbb{R}_+ \cap \mathbb{R}_+ = \mathbb{R}_+\), mais \(f(\mathbb{R}_+ \cap \mathbb{R}_-) = f(\{0\}) = \{0\}\).
Donc \(f(A \cap B) = \{0\} \subsetneq \mathbb{R}_+ = f(A) \cap f(B)\) : inclusion stricte.
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto \cos x\). Déterminer :
On rappelle les propriétés essentielles de \(\cos\) utilisées tout au long : \(\cos\) est \(2\pi\)-périodique, à valeurs dans \([-1\,;\,1]\), strictement décroissante sur \([0\,;\,\pi]\), strictement croissante sur \([-\pi\,;\,0]\), et \(\cos 0 = 1\), \(\cos(\pi/2) = 0\), \(\cos(\pi) = -1\).
1. \(f(\mathbb{R}) = \mathrm{im}\,f\).
On cherche l'ensemble de toutes les valeurs prises par \(\cos\) sur \(\mathbb{R}\). Comme \(\cos\) est continue et \(2\pi\)-périodique, il suffit de regarder son image sur une période complète, par exemple \([0\,;\,2\pi]\). Sur \([0\,;\,\pi]\) elle descend de \(1\) à \(-1\), sur \([\pi\,;\,2\pi]\) elle remonte de \(-1\) à \(1\) : elle atteint toutes les valeurs de \(-1\) à \(1\). Donc :
\[f(\mathbb{R}) = [-1\,;\,1].\]2. \(f([0\,;\,\pi/2[)\).
Sur \([0\,;\,\pi/2[\), \(\cos\) est strictement décroissante. Elle part de \(\cos(0) = 1\) (atteint, borne incluse) et tend vers \(\cos(\pi/2) = 0\) sans l'atteindre (borne exclue). Donc :
\[f\!\left(\left[0\,;\,\frac{\pi}{2}\right[\right) = \left]0\,;\,1\right].\]3. Images réciproques.
\(\bullet\quad f^{-1}(\mathbb{R})\) : l'image réciproque de l'ensemble de départ tout entier. Par définition, \(f^{-1}(\mathbb{R}) = \{x \in \mathbb{R} \mid \cos x \in \mathbb{R}\}\). Or \(\cos x \in \mathbb{R}\) pour tout \(x\), donc :
\[f^{-1}(\mathbb{R}) = \mathbb{R}.\]\(\bullet\quad f^{-1}(\{1\})\) : les antécédents de \(1\). \(\cos x = 1 \iff x = 2k\pi\) pour \(k \in \mathbb{Z}\). Donc :
\[f^{-1}(\{1\}) = \{2k\pi \mid k \in \mathbb{Z}\} = 2\pi\mathbb{Z}.\]\(\bullet\quad f^{-1}(]-1\,;\,2])\) : les \(x\) tels que \(\cos x \in\, ]-1\,;\,2]\). Puisque \(\cos x \in [-1\,;\,1] \subset [-1\,;\,2]\) pour tout \(x\), la condition se réduit à \(\cos x > -1\), i.e. \(\cos x \neq -1\). Or \(\cos x = -1 \iff x = (2k+1)\pi\) pour \(k \in \mathbb{Z}\). Donc :
\[f^{-1}(]-1\,;\,2]) = \mathbb{R} \setminus \{(2k+1)\pi \mid k \in \mathbb{Z}\} = \mathbb{R} \setminus \pi\mathbb{Z}_{\mathrm{impairs}}.\]\(\bullet\quad f^{-1}([0\,;\,\pi])\) : les \(x\) tels que \(\cos x \in [0\,;\,\pi]\). Comme \(\cos x \in [-1\,;\,1]\), la condition effective est \(\cos x \in [0\,;\,1]\), c'est-à-dire \(\cos x \geq 0\). \(\cos x \geq 0 \iff x \in \bigcup_{k \in \mathbb{Z}} \left[-\frac{\pi}{2} + 2k\pi\,;\,\frac{\pi}{2} + 2k\pi\right]\). Donc :
\[f^{-1}([0\,;\,\pi]) = \bigcup_{k \in \mathbb{Z}} \left[-\frac{\pi}{2} + 2k\pi\,;\,\frac{\pi}{2} + 2k\pi\right].\]4. \(f(f^{-1}([0\,;\,1]))\).
On applique le Théorème 8 : en général \(f(f^{-1}(B)) \subset B\), avec égalité si et seulement si \(B \subset \mathrm{im}\,f\).
Ici \(B = [0\,;\,1]\) et \(\mathrm{im}\,f = [-1\,;\,1]\). Comme \([0\,;\,1] \subset [-1\,;\,1]\), on a \(B \subset \mathrm{im}\,f\), donc :
\[f\!\left(f^{-1}([0\,;\,1])\right) = [0\,;\,1].\]Intuition : \(f^{-1}([0\,;\,1])\) est l'ensemble de tous les \(x\) tels que \(\cos x \in [0\,;\,1]\). En appliquant \(\cos\) à cet ensemble, on retrouve exactement \([0\,;\,1]\) puisque chaque valeur de \([0\,;\,1]\) est bien atteinte par \(\cos\).
5. \(f^{-1}(f([0\,;\,\pi/2]))\).
On procède en deux étapes.
Étape 1 — Calculer \(f([0\,;\,\pi/2])\). Sur \([0\,;\,\pi/2]\), \(\cos\) est strictement décroissante de \(\cos(0) = 1\) à \(\cos(\pi/2) = 0\). Les deux bornes sont atteintes (intervalle fermé). Donc : \[f\!\left(\left[0\,;\,\frac{\pi}{2}\right]\right) = [0\,;\,1].\]
Étape 2 — Calculer \(f^{-1}([0\,;\,1])\). On cherche tous les \(x \in \mathbb{R}\) tels que \(\cos x \in [0\,;\,1]\), i.e. \(\cos x \geq 0\). Par \(2\pi\)-périodicité : \[f^{-1}(f\!\left(\left[0\,;\,\frac{\pi}{2}\right]\right)) = f^{-1}([0\,;\,1]) = \bigcup_{k \in \mathbb{Z}} \left[-\frac{\pi}{2} + 2k\pi\,;\,\frac{\pi}{2} + 2k\pi\right].\]
| Propriété | Image directe \(f(\cdot)\) | Image réciproque \(f^{-1}(\cdot)\) |
|---|---|---|
| \(f(f^{-1}(B))\) | \(\subset B\), égalité si \(B \subset \mathrm{im}\,f\) | — |
| \(f^{-1}(f(A))\) | — | \(\supset A\), égalité si \(f\) injective |
| Commute avec \(\cup\) | Oui | Oui |
| Commute avec \(\cap\) | Non en général | Oui (toujours) |
| Commute avec \(\complement\) | Non en général | Oui (toujours) |
Ce tableau rassemble le fil conducteur de tout le chapitre. Chaque ligne est une correspondance exacte.
| Opération ensembliste | Symbole | Analogue logique | Traduction précise |
|---|---|---|---|
| Appartenance | \(\in\) | Vérifier une propriété | \(x \in A \iff P(x)\) |
| Inclusion | \(\subset\) | Implication \(\Rightarrow\) | \(A \subset B \iff (P \Rightarrow Q)\) |
| Égalité | \(=\) | Équivalence \(\iff\) | \(A = B \iff (P \iff Q)\) |
| Réunion | \(\cup\) | Disjonction \(\vee\) | \(x \in A \cup B \iff P \vee Q\) |
| Intersection | \(\cap\) | Conjonction \(\wedge\) | \(x \in A \cap B \iff P \wedge Q\) |
| Complémentaire | \(\complement_E\) | Négation \(\neg\) | \(x \in \complement_E A \iff \neg P(x)\) |
| Différence | \(\setminus\) | \(P \wedge \neg Q\) | \(x \in A \setminus B \iff P(x) \wedge \neg Q(x)\) |
| De Morgan (réunion) | \(\complement_E(A \cup B) = \complement_E A \cap \complement_E B\) | \(\neg(P \vee Q) \equiv \neg P \wedge \neg Q\) | Identiques modulo la traduction |
| De Morgan (intersection) | \(\complement_E(A \cap B) = \complement_E A \cup \complement_E B\) | \(\neg(P \wedge Q) \equiv \neg P \vee \neg Q\) | Identiques modulo la traduction |
| Contraposée de l'inclusion | \(A \subset B \iff \complement_E B \subset \complement_E A\) | \((P \Rightarrow Q) \iff (\neg Q \Rightarrow \neg P)\) | Contraposée |
Ce tableau montre que la théorie des ensembles et la logique propositionnelle sont deux
langages isomorphes. Toute preuve par implication admet une traduction directe
en inclusion d'ensembles — et vice versa. En maîtrisant l'un, on maîtrise l'autre.
Le voyage complet du fil rouge :
ensemble → produit cartésien → graphe d'une fonction →
injection/surjection/bijection → réciproque et composition →
restriction et égalité → fibres comme partition → factorisation canonique →
analogie ensembles↔logique.
Chaque étape était préparée par la précédente.
La prochaine partie prolongera cela vers la notion de cardinal et les ensembles dénombrables.
Contexte. À la fin du XIXe siècle, les mathématiciens cherchent à fonder rigoureusement les mathématiques sur la théorie des ensembles. L'idée dominante, due à Cantor et Frege, est le principe de compréhension naïve : toute propriété \(P\) définit un ensemble \[E = \{x \mid P(x)\}.\] En 1901, Bertrand Russell montre que ce principe mène à une contradiction logique.
Construction du paradoxe. Appliquons le principe à la propriété \(P(x) : x \notin x\) (« \(x\) n'est pas élément de lui-même »). On obtient : \[R = \{x \mid x \notin x\}.\] La question est : \(R \in R\) ou \(R \notin R\) ?
Dans les deux cas on aboutit à une contradiction. \(R\) ne peut ni appartenir ni ne pas appartenir à \(R\) — il n'a pas d'existence logique cohérente.
Pourquoi est-ce grave ? Ce n'est pas une curiosité isolée. C'est une contradiction au cœur du système : en acceptant que toute propriété définisse un ensemble, on construit un objet dont l'existence est impossible. Le système est inconsistant — par le principe ex falso quodlibet, une seule contradiction suffit à rendre démontrable n'importe quelle proposition.
L'analogie du barbier (version populaire de Russell lui-même).
Dans un village, le barbier est défini par la règle : « je rase exactement les hommes du village qui ne se rasent pas eux-mêmes ». Le barbier est lui-même un homme du village — la règle s'applique donc aussi à lui. On doit décider : le barbier se rase-t-il lui-même ?
C'est ici que réside le nœud : le barbier est simultanément le sujet qui applique la règle et l'objet auquel la règle s'applique.
La conclusion n'est pas que le barbier fait quelque chose d'étrange : c'est qu'un tel barbier ne peut tout simplement pas exister. La règle qui le définit est auto-référentielle — elle parle d'elle-même — et cette auto-référence la rend inconsistante.
Dans le paradoxe de Russell, c'est la même structure : \(R\) est défini par une propriété, et on lui applique cette même propriété à lui-même. L'ensemble se retrouve à la fois sujet (l'ensemble qu'on définit) et objet (un élément potentiel de lui-même). Une règle qui parle d'elle-même peut être inconsistante.
Les trois réponses mathématiques.
Ce qu'on retient en CPGE. On travaille toujours avec le schéma de séparation de ZF : on définit les ensembles par compréhension à partir d'un ensemble de référence \(E\) déjà donné : \[A = \{x \in E \mid P(x)\}.\] On ne construit jamais « l'ensemble de tous les ensembles ». C'est suffisant pour tout le programme — et cela évite structurellement toutes les contradictions.
Pour aller plus loin : la BD Logicomix (Doxiadis & Papadimitriou) raconte cette crise des fondements de façon remarquable.