Puissances & Racines n-ièmes
CPGE — Calcul, propriétés et manipulation · des exposants entiers aux exposants réels
🔴 Idée directrice
Un seul objet se cache derrière quatre écritures : produit répété,
inverse, radical, exponentielle. La progression du chapitre consiste à
étendre pas à pas le domaine des exposants —
\(\mathbb{N}\), puis \(\mathbb{Z}\), puis \(\mathbb{Q}\), puis \(\mathbb{R}\) —
en exigeant à chaque étape que les cinq lois de calcul restent vraies.
C'est cette contrainte de cohérence, et rien d'autre, qui force les
définitions \(a^{0}=1\), \(a^{-n}=1/a^{n}\), \(a^{1/n}=\sqrt[n]{a}\),
\(a^{x}=e^{x\ln a}\).
I — Puissances à exposant entier naturel
I.1 Définition
Définition 1 — Puissance n-ième
Soit \(a \in \mathbb{R}\) (la base) et \(n \in \mathbb{N}^{*}\) (l'exposant).
La puissance n-ième de \(a\) est le réel
\[a^{n} = \underbrace{a \times a \times \cdots \times a}_{n \text{ facteurs}}.\]
On complète par les conventions \(a^{1}=a\) et \(a^{0}=1\) (pour \(a\neq 0\)).
Formellement, \(a^{n}\) se définit par récurrence sur \(n\) :
\[a^{0}=1, \qquad a^{n+1}=a^{n}\times a.\]
Cette écriture récursive est la base de toutes les démonstrations qui suivent.
Pourquoi \(a^{0}=1\) ?
Ce n'est pas un caprice de notation : c'est la seule valeur qui rende
la règle \(a^{m}\cdot a^{n}=a^{m+n}\) encore vraie en \(n=0\). En effet
\(a^{m}\cdot a^{0}=a^{m}\) impose \(a^{0}=1\). De même, en descendant
\(a^{3},a^{2},a^{1}\) on divise par \(a\) à chaque cran : le cran suivant est
forcément \(a^{1}/a = 1\).
Le cas \(0^{0}\). Il n'a pas de valeur universelle. En algèbre
et en combinatoire on pose \(0^{0}=1\) (pour que \(\sum a_k x^k\) ait un sens
en \(x=0\)). En analyse, \(0^{0}\) est une forme indéterminée :
la limite de \(f(x)^{g(x)}\) quand \(f,g\to 0\) dépend du chemin suivi. On
précise donc toujours le contexte.
I.2 Vocabulaire et signe
| Écriture | Lecture |
| \(a^{2}\) | « \(a\) au carré » |
| \(a^{3}\) | « \(a\) au cube » |
| \(a^{n}\ (n\geq 4)\) | « \(a\) (à la) puissance \(n\) » |
Proposition 1 — Règle des signesdémontré
Pour \(a \in \mathbb{R}^{*}\) et \(n \in \mathbb{N}^{*}\) :
- si \(a > 0\), alors \(a^{n} > 0\) quel que soit \(n\) ;
- si \(a < 0\), alors \(a^{n} > 0\) lorsque \(n\) est pair,
et \(a^{n} < 0\) lorsque \(n\) est impair.
En particulier \((-1)^{n}=1\) si \(n\) pair, \(-1\) si \(n\) impair.
Preuve.
Un produit de \(n\) facteurs strictement positifs est positif (récurrence
immédiate). Si \(a<0\), écrire \(a^{n}=(-1)^{n}|a|^{n}\) : le signe est celui
de \((-1)^{n}\), qui vaut \(+1\) pour \(n\) pair et \(-1\) pour \(n\) impair.
∎
II — Les cinq lois des exposants
Ces règles sont le cœur du calcul. Établies ici pour \(m,n\in\mathbb{N}\), elles
seront étendues aux entiers relatifs, aux rationnels puis aux réels dans
les sections suivantes — toujours au nom de la même cohérence.
Théorème 1 — Lois fondamentalesdémontré
Pour \(a,b \in \mathbb{R}^{*}\) et \(m,n \in \mathbb{N}\) :
\[
\begin{array}{ll}
a^{m}\,a^{n}=a^{m+n} & \text{(produit, même base)}\\[4pt]
\dfrac{a^{m}}{a^{n}}=a^{m-n} & \text{(quotient, même base)}\\[4pt]
\bigl(a^{m}\bigr)^{n}=a^{mn} & \text{(puissance d'une puissance)}\\[4pt]
(a\,b)^{n}=a^{n}\,b^{n} & \text{(puissance d'un produit)}\\[4pt]
\left(\dfrac{a}{b}\right)^{n}=\dfrac{a^{n}}{b^{n}} & \text{(puissance d'un quotient)}
\end{array}
\]
Preuve du produit (récurrence sur \(n\), à \(m\) fixé).
Pour \(n=0\) : \(a^{m}a^{0}=a^{m}\cdot 1=a^{m}=a^{m+0}\). Supposons
\(a^{m}a^{n}=a^{m+n}\) ; alors
\[a^{m}a^{n+1}=a^{m}(a^{n}a)=(a^{m}a^{n})\,a=a^{m+n}\,a=a^{(m+n)+1}=a^{m+(n+1)}.\]
Le principe de récurrence conclut. Les lois du produit de puissances
et de la puissance d'un produit se démontrent de même :
\((a^{m})^{n+1}=(a^{m})^{n}a^{m}=a^{mn}a^{m}=a^{mn+m}=a^{m(n+1)}\), et
\((ab)^{n+1}=(ab)^{n}(ab)=a^{n}b^{n}ab=a^{n+1}b^{n+1}\) par commutativité. Le
quotient est un corollaire de l'exposant négatif (section III) :
\(a^{m}/a^{n}=a^{m}a^{-n}=a^{m-n}\).
∎
Ce qui n'existe PAS. Aucune règle ne simplifie \(a^{n}+a^{m}\),
ni \(a^{n}+b^{n}\), ni \((a+b)^{n}\) en une somme de puissances isolées. En
particulier \((a+b)^{2}\neq a^{2}+b^{2}\), mais bien
\((a+b)^{2}=a^{2}+2ab+b^{2}\). Les cinq lois concernent uniquement
produits, quotients et compositions — jamais les sommes.
Exemple — Applications directes
\[
\begin{array}{lll}
2^{3}\cdot 2^{5}=2^{8}=256, & \dfrac{7^{9}}{7^{6}}=7^{3}=343, & (5^{2})^{4}=5^{8},\\[8pt]
(3\cdot 4)^{2}=9\cdot 16=144, & \left(\dfrac{2}{5}\right)^{3}=\dfrac{8}{125}, & \dfrac{x^{7}y^{3}}{x^{2}y^{5}}=x^{5}y^{-2}=\dfrac{x^{5}}{y^{2}}.
\end{array}
\]
III — Exposant entier relatif
Définition 2 — Exposant négatif
Pour \(a \in \mathbb{R}^{*}\) et \(n \in \mathbb{N}^{*}\), on pose
\[a^{-n}=\frac{1}{a^{n}}=\left(\frac{1}{a}\right)^{n}.\]
En particulier \(a^{-1}=1/a\) est l'inverse de \(a\).
Rien d'arbitraire ici non plus. On veut que
\(a^{n}\,a^{-n}=a^{0}=1\) reste vrai : cela force
\(a^{-n}=1/a^{n}\). Avec cette définition, les cinq lois de la section II
deviennent valables pour tous les exposants \(m,n\in\mathbb{Z}\),
sans exception.
Proposition 2 — Conséquences utilesdémontré
Pour \(a,b\in\mathbb{R}^{*}\) et \(n\in\mathbb{Z}\) :
\[
\left(\frac{a}{b}\right)^{-n}=\left(\frac{b}{a}\right)^{n}=\frac{b^{n}}{a^{n}},
\qquad \frac{1}{a^{-n}}=a^{n},
\qquad \frac{a^{-m}}{b^{-n}}=\frac{b^{n}}{a^{m}}.
\]
Un facteur « monte » ou « descend » de la fraction en changeant le signe
de son exposant.
Exemple
\[
10^{-3}=\frac{1}{1000}=0{,}001, \qquad
\left(\frac{3}{4}\right)^{-2}=\frac{16}{9}, \qquad
\frac{a^{2}b^{-3}}{a^{-1}b^{2}}=a^{3}b^{-5}=\frac{a^{3}}{b^{5}}.
\]
Remarque — Notation scientifique
Les puissances de \(10\) à exposant relatif fondent la notation scientifique :
tout réel non nul s'écrit \(x=m\times 10^{k}\) avec \(1\leq |m|<10\) et
\(k\in\mathbb{Z}\). Exemple : \(0{,}00042=4{,}2\times 10^{-4}\).
IV — Racines carrées : le socle
Définition 3 — Racine carrée
Pour \(a\geq 0\), la racine carrée de \(a\), notée \(\sqrt{a}\), est
l'unique réel positif dont le carré vaut \(a\) :
\[\sqrt{a}=b \iff \bigl(b\geq 0 \text{ et } b^{2}=a\bigr).\]
Dans \(\mathbb{R}\), \(\sqrt{a}\) n'est définie que pour \(a\geq 0\).
L'identité à ne jamais oublier. Pour tout réel \(a\)
(positif ou négatif) :
\[\sqrt{a^{2}}=|a| \qquad\text{et non}\qquad \sqrt{a^{2}}=a.\]
En effet \(\sqrt{\ }\) renvoie toujours un résultat \(\geq 0\). Par exemple
\(\sqrt{(-5)^{2}}=\sqrt{25}=5=|-5|\). De même, l'équation \(x^{2}=a\) (avec
\(a>0\)) a deux solutions \(x=\pm\sqrt{a}\), alors que
\(\sqrt{a}\) désigne la seule solution positive.
La source de l'erreur. On confond deux opérations inverses l'une
de l'autre… qui ne le sont pas tout à fait. « Élever au carré » écrase le signe ;
la racine ne peut donc pas le restituer et choisit, par convention, le
représentant positif. D'où la valeur absolue : c'est le prix de l'ambiguïté du
signe perdu.
Proposition 3 — Règles des radicaux carrésdémontré
Pour \(a,b\geq 0\) (et \(b>0\) pour le quotient) :
\[\sqrt{a\,b}=\sqrt{a}\,\sqrt{b}, \qquad
\sqrt{\frac{a}{b}}=\frac{\sqrt{a}}{\sqrt{b}}, \qquad
\bigl(\sqrt{a}\bigr)^{2}=a.\]
Preuve (produit).
Posons \(u=\sqrt{a}\,\sqrt{b}\geq 0\). Alors \(u^{2}=(\sqrt a)^{2}(\sqrt b)^{2}=ab\).
Comme \(u\geq 0\) et \(u^{2}=ab\), l'unicité de la racine donne \(u=\sqrt{ab}\).
Le quotient s'obtient en l'appliquant à \(a=(a/b)\cdot b\).
∎
\(\sqrt{a+b}\neq \sqrt{a}+\sqrt{b}\) en général :
\(\sqrt{9+16}=\sqrt{25}=5\neq 3+4=7\). La racine ne se distribue
pas sur une somme.
V — Racines n-ièmes
V.1 Définition selon la parité de \(n\)
Définition 4 — Racine n-ième
Soit \(n\in\mathbb{N}^{*}\).
- Si \(n\) est impair, \(x\mapsto x^{n}\) est une bijection
croissante de \(\mathbb{R}\) sur \(\mathbb{R}\). Tout réel \(a\) admet donc une
unique racine n-ième \(\sqrt[n]{a}\), définie sur \(\mathbb{R}\) entier :
\[\sqrt[n]{a}=b \iff b^{n}=a \qquad (a\in\mathbb{R}).\]
- Si \(n\) est pair, \(x\mapsto x^{n}\) envoie \(\mathbb{R}\)
sur \(\mathbb{R}_{+}\). On définit \(\sqrt[n]{a}\) uniquement pour
\(a\geq 0\), comme l'unique réel positif tel que
\[\sqrt[n]{a}=b \iff \bigl(b\geq 0 \text{ et } b^{n}=a\bigr)\qquad (a\geq 0).\]
\(n\) est l'indice. Pour \(n=2\) on écrit \(\sqrt{a}\) ; pour \(n=3\),
on parle de racine cubique.
Remarque — Existence et unicitéadmis
L'existence et l'unicité de \(\sqrt[n]{a}\) reposent sur le
théorème de la bijection (une fonction continue et strictement
monotone sur un intervalle réalise une bijection sur son image), établi en
analyse. On l'admet ici et l'on s'en sert comme d'un socle.
| Indice \(n\) | Domaine de \(a\) dans \(\mathbb{R}\) | Exemples |
| impair | \(\mathbb{R}\) tout entier | \(\sqrt[3]{-8}=-2\), \ \(\sqrt[5]{32}=2\) |
| pair | \(a\geq 0\) seulement | \(\sqrt[4]{16}=2\), \ \(\sqrt[4]{-16}\) non défini |
Racine d'indice pair et valeur absolue. Comme pour la racine
carrée :
\[\sqrt[n]{a^{n}}=|a|\ (n\text{ pair}), \qquad \sqrt[n]{a^{n}}=a\ (n\text{ impair}).\]
Exemple : \(\sqrt[4]{(-3)^{4}}=\sqrt[4]{81}=3=|-3|\), mais
\(\sqrt[3]{(-3)^{3}}=\sqrt[3]{-27}=-3\).
V.2 Propriétés des radicaux
Proposition 4 — Règles de calcul sur les racines n-ièmesdémontré
Sous réserve d'existence (tout est licite si \(a,b\geq 0\) ; pour \(n,m\)
impairs, les identités valent sur \(\mathbb{R}\)) :
\[
\begin{array}{ll}
\sqrt[n]{a\,b}=\sqrt[n]{a}\,\sqrt[n]{b} & \text{(produit)}\\[6pt]
\sqrt[n]{\dfrac{a}{b}}=\dfrac{\sqrt[n]{a}}{\sqrt[n]{b}} & \text{(quotient, } b\neq 0)\\[6pt]
\sqrt[n]{\,\sqrt[m]{a}\,}=\sqrt[nm]{a} & \text{(racine d'une racine)}\\[6pt]
\bigl(\sqrt[n]{a}\bigr)^{m}=\sqrt[n]{a^{m}} & \text{(puissance d'une racine)}\\[6pt]
\sqrt[n]{a^{n}}=a\ (a\geq 0),\quad \bigl(\sqrt[n]{a}\bigr)^{n}=a & \text{(racine et puissance s'annulent)}
\end{array}
\]
De plus la racine se simplifie : \(\sqrt[np]{a^{mp}}=\sqrt[n]{a^{m}}\)
pour \(a\geq 0\) (on divise indice et exposant par un facteur commun).
Preuve (produit).
Posons \(u=\sqrt[n]{a}\,\sqrt[n]{b}\geq 0\). Alors
\(u^{n}=(\sqrt[n]{a})^{n}(\sqrt[n]{b})^{n}=ab\). Comme \(u\geq 0\) et \(u^{n}=ab\),
l'unicité de la racine n-ième donne \(u=\sqrt[n]{ab}\). Les autres identités
s'obtiennent de la même façon en élevant à la puissance \(n\) (ou \(nm\)) et en
invoquant l'unicité.
∎
Exemple — Simplifications typiques
\[
\begin{aligned}
\sqrt[3]{54} &= \sqrt[3]{27\cdot 2}=3\sqrt[3]{2}, &
\sqrt{50} &= \sqrt{25\cdot 2}=5\sqrt{2},\\
\sqrt[6]{8} &= \sqrt[6]{2^{3}}=2^{3/6}=2^{1/2}=\sqrt{2}, &
\sqrt{\sqrt[3]{a}} &= \sqrt[6]{a}\ (a\geq 0).
\end{aligned}
\]
VI — Exposants rationnels
Idée maîtresse : une racine est une puissance à exposant fractionnaire.
On unifie ainsi radicaux et puissances en une seule notation.
Définition 5 — Exposant rationnel
Pour \(a>0\) et \(p/q\in\mathbb{Q}\) (avec \(q\in\mathbb{N}^{*}\), \(p\in\mathbb{Z}\)) :
\[a^{1/q}=\sqrt[q]{a}, \qquad a^{p/q}=\bigl(\sqrt[q]{a}\bigr)^{p}=\sqrt[q]{a^{p}}.\]
Cette valeur ne dépend pas de la représentation de la fraction (si
\(p/q=p'/q'\), les deux coïncident) : la définition est bien posée.
Proposition 5 — Toutes les lois se transportentadmis
Pour \(a,b>0\) et \(r,s\in\mathbb{Q}\) :
\[
a^{r}a^{s}=a^{r+s},\quad \frac{a^{r}}{a^{s}}=a^{r-s},\quad (a^{r})^{s}=a^{rs},
\quad (ab)^{r}=a^{r}b^{r},\quad \left(\frac{a}{b}\right)^{r}=\frac{a^{r}}{b^{r}}.
\]
Les cinq lois de la section II restent vraies pour tout exposant rationnel, à
condition de travailler sur des bases strictement positives. (La vérification
se ramène aux propriétés des racines ; on l'admet ici, elle est reprise via
\(\exp/\ln\) en section VII.)
Pourquoi exiger \(a>0\) ? Sur base négative, \(a^{p/q}\) devient
ambigu et les lois tombent en défaut :
\[-2=\sqrt[3]{-8}=(-8)^{1/3}\ \overset{?}{=}\ (-8)^{2/6}=\sqrt[6]{(-8)^{2}}=\sqrt[6]{64}=2.\]
La contradiction \(-2=2\) vient de ce que la simplification \(2/6\to 1/3\) n'est
plus licite sur base négative. On réserve donc \(a^{p/q}\) aux bases \(a>0\) ;
pour les bases négatives, on repasse par \(\sqrt[n]{\ }\) avec \(n\) impair, sans
manipuler l'exposant comme une fraction.
Exemple — Conversions et calculs
\[
\begin{array}{ll}
8^{2/3}=(\sqrt[3]{8})^{2}=2^{2}=4, & 16^{-3/4}=\dfrac{1}{(\sqrt[4]{16})^{3}}=\dfrac{1}{2^{3}}=\dfrac{1}{8},\\[8pt]
27^{-1/3}=\dfrac{1}{\sqrt[3]{27}}=\dfrac{1}{3}, & \sqrt[4]{a^{6}}=a^{6/4}=a^{3/2}=a\sqrt{a}\ (a\geq 0).
\end{array}
\]
VII — Exposants réels
Comment donner un sens à \(2^{\sqrt{2}}\) ou \(a^{\pi}\), où l'exposant n'est pas
rationnel ? Deux approches équivalentes.
Définition 6 — Puissance à exposant réel
Pour \(a>0\) et \(x\in\mathbb{R}\) :
\[a^{x}=\exp\bigl(x\ln a\bigr)=e^{\,x\ln a}.\]
De façon équivalente, \(a^{x}\) est la limite commune des \(a^{r_{n}}\) pour
toute suite de rationnels \(r_{n}\to x\) : la fonction \(r\mapsto a^{r}\), continue
et monotone sur \(\mathbb{Q}\), se prolonge de manière unique en une fonction
continue sur \(\mathbb{R}\).
Proposition 6 — Les lois, via \(\exp/\ln\)démontré
Pour \(a>0\) et \(x,y\in\mathbb{R}\), les cinq lois restent valables. Elles se
ramènent aux propriétés de \(\exp\) et \(\ln\) :
\[a^{x}a^{y}=e^{x\ln a}e^{y\ln a}=e^{(x+y)\ln a}=a^{x+y},\]
\[(a^{x})^{y}=e^{y\ln(a^{x})}=e^{xy\ln a}=a^{xy}.\]
Preuve.
Les deux égalités affichées ci-dessus sont les démonstrations : on
utilise \(\ln(a^{x})=x\ln a\), la relation fonctionnelle
\(e^{u}e^{v}=e^{u+v}\), et la bijectivité de \(\exp\). Les trois autres lois
(produit, quotient de bases, puissance d'un produit) se traitent identiquement.
∎
Proposition 7 — Identités de passage \(\ln/\exp\)démontré
Pour \(a>0\), \(x\in\mathbb{R}\) :
\[\ln\!\bigl(a^{x}\bigr)=x\ln a, \qquad a^{x}=e^{x\ln a},
\qquad \sqrt[n]{a}=a^{1/n}=e^{\frac{1}{n}\ln a}.\]
C'est l'outil qui transforme toute équation à exposant inconnu en équation
linéaire, via le logarithme.
VII.1 Fonctions puissance et exponentielle
| Fonction puissance | Fonction exponentielle |
| Écriture | \(x\mapsto x^{\alpha}\), \(\alpha\) fixé | \(x\mapsto a^{x}\), \(a>0\) fixé |
| Variable | la base varie | l'exposant varie |
| Domaine | \(\mathbb{R}_{+}^{*}\) (ou plus, selon \(\alpha\)) | \(\mathbb{R}\) |
| Dérivée | \(\alpha\,x^{\alpha-1}\) | \(a^{x}\ln a\) |
Remarque — Ne pas confondre
\(x^{\alpha}\) (base variable, exposant constant) et \(a^{x}\) (base constante,
exposant variable) sont deux fonctions de natures très différentes, aux dérivées
et comportements asymptotiques distincts.
VIII — Techniques de manipulation
Méthode 1 — Rationaliser un dénominateur
Faire disparaître les racines du dénominateur en multipliant par une quantité
bien choisie.
- Racine simple : multiplier par la racine.
\[\frac{1}{\sqrt{2}}=\frac{\sqrt{2}}{2}, \qquad
\frac{5}{\sqrt[3]{2}}=\frac{5\sqrt[3]{4}}{\sqrt[3]{2}\,\sqrt[3]{4}}=\frac{5\sqrt[3]{4}}{2}.\]
- Somme de racines : multiplier par la quantité conjuguée,
en utilisant \((u-v)(u+v)=u^{2}-v^{2}\).
\[\frac{1}{\sqrt{3}-1}=\frac{\sqrt{3}+1}{(\sqrt{3}-1)(\sqrt{3}+1)}=\frac{\sqrt{3}+1}{3-1}=\frac{\sqrt{3}+1}{2}.\]
Méthode 2 — Extraire un facteur d'une racine
On isole les puissances n-ièmes parfaites.
\[\sqrt{72}=\sqrt{36\cdot 2}=6\sqrt{2}, \quad
\sqrt[3]{250}=\sqrt[3]{125\cdot 2}=5\sqrt[3]{2}, \quad
\sqrt{a^{5}}=a^{2}\sqrt{a}\ (a\geq 0).\]
Méthode 3 — Ramener à une base commune
Pour comparer ou résoudre, exprimer chaque terme comme puissance d'un même
nombre.
Exemple
Résoudre \(4^{x}=8\). On écrit \(4=2^{2}\), \(8=2^{3}\), d'où \(2^{2x}=2^{3}\),
donc \(2x=3\) et \(x=\tfrac{3}{2}\).
Méthode 4 — Passer au logarithme
Quand l'inconnue est en exposant sans base commune évidente :
\[a^{x}=b \iff x=\frac{\ln b}{\ln a}\qquad (a>0,\ a\neq 1,\ b>0).\]
Exemple
\(3^{x}=20 \implies x=\dfrac{\ln 20}{\ln 3}\approx 2{,}727.\)
IX — Pièges classiques (récapitulatif)
| Erreur fréquente | Correct |
| \((a+b)^{2}=a^{2}+b^{2}\) | \((a+b)^{2}=a^{2}+2ab+b^{2}\) |
| \(\sqrt{a^{2}}=a\) | \(\sqrt{a^{2}}=|a|\) |
| \(\sqrt{a+b}=\sqrt{a}+\sqrt{b}\) | Aucune simplification en général |
| \(a^{m}\cdot a^{n}=a^{mn}\) | \(a^{m}\cdot a^{n}=a^{m+n}\) |
| \((a^{m})^{n}=a^{m+n}\) | \((a^{m})^{n}=a^{mn}\) |
| \(a^{-n}=-a^{n}\) | \(a^{-n}=\dfrac{1}{a^{n}}\) |
| \(-3^{2}=9\) | \(-3^{2}=-(3^{2})=-9\) ; \((-3)^{2}=9\) |
| \(2^{3}+2^{3}=2^{6}\) | \(2^{3}+2^{3}=2\cdot 2^{3}=2^{4}=16\) |
| \((-8)^{1/3}\) traité comme \((-8)^{2/6}\) | Réserver \(a^{p/q}\) à \(a>0\) ; sinon \(\sqrt[3]{-8}=-2\) |
Priorité de \(-3^{2}\). Sans parenthèses, l'exponentiation est
prioritaire sur le signe : \(-3^{2}\) signifie \(-(3^{2})=-9\). Pour obtenir
\(9\), il faut écrire \((-3)^{2}\). Même vigilance avec calculatrices et tableurs.
X — Ouverture : racines de l'unité
Complément — Les racines n-ièmes dans \(\mathbb{C}\)admis
Dans \(\mathbb{R}\), \(\sqrt[n]{a}\) donne une valeur. Dans
\(\mathbb{C}\), l'équation \(z^{n}=1\) possède exactement \(n\) solutions, les
racines n-ièmes de l'unité :
\[z_{k}=e^{2i\pi k/n}=\cos\!\frac{2\pi k}{n}+i\sin\!\frac{2\pi k}{n}, \qquad k=0,1,\dots,n-1.\]
Elles se répartissent régulièrement sur le cercle unité (sommets d'un polygone
régulier à \(n\) côtés). Ce point de vue, développé dans le chapitre sur les
nombres complexes, éclaire a posteriori pourquoi \(x^{n}=a\) a un nombre
de solutions réelles qui dépend de la parité de \(n\) : les autres racines sont
simplement… complexes.
XI — Ponts vers la suite
🔗 Ponts vers la suite
- Maths — Logarithme & exponentielle. \(a^{x}=e^{x\ln a}\)
fait des puissances un cas particulier de l'exponentielle ; \(\ln\) est l'outil
de résolution des équations à exposant inconnu.
- Maths — Suites géométriques. \(u_{n}=u_{0}\,q^{n}\) :
le comportement (convergence, divergence) est entièrement gouverné par les
puissances de \(q\).
- Maths — Dérivation. \((x^{\alpha})'=\alpha x^{\alpha-1}\)
prolonge la formule des entiers à tout \(\alpha\) réel, via \(x^{\alpha}=e^{\alpha\ln x}\).
- Maths — Complexes. Racines n-ièmes de l'unité, formule de
Moivre \((e^{i\theta})^{n}=e^{in\theta}\).
- Physique. Lois de puissance et échelles logarithmiques :
décibels \(L=10\log_{10}(P/P_{0})\), pH \(=-\log_{10}[\mathrm{H_3O^+}]\),
décroissance radioactive \(N(t)=N_{0}\,2^{-t/T}\).
- Sciences de l'ingénieur. Notation scientifique et ordres de
grandeur, gains en \(\mathrm{dB}\), réponses en \(\omega^{n}\) des filtres
(diagrammes de Bode en \(\log\)–\(\log\)).
🔴 Synthèse — l'idée qui traverse tout le chapitre
Étendre l'exposant de \(\mathbb{N}\) à \(\mathbb{R}\) n'a jamais consisté à
« inventer » des règles, mais à choisir la seule définition qui
préserve les cinq lois déjà connues. \(a^{0}=1\), \(a^{-n}=1/a^{n}\),
\(a^{1/n}=\sqrt[n]{a}\), \(a^{x}=e^{x\ln a}\) : chacune est forcée par
la cohérence, non postulée. Comprendre ce fil, c'est ne plus jamais avoir à
mémoriser ces formules — on les reconstruit.
Formulaire de synthèse
Les lois, en un coup d'œil
Pour \(a,b>0\) et \(x,y\in\mathbb{R}\) (ou \(m,n\in\mathbb{Z}\) si les bases
sont seulement non nulles) :
\[
\begin{array}{llll}
a^{0}=1 & a^{1}=a & a^{-x}=\dfrac{1}{a^{x}} & a^{x}a^{y}=a^{x+y}\\[10pt]
\dfrac{a^{x}}{a^{y}}=a^{x-y} & (a^{x})^{y}=a^{xy} & (ab)^{x}=a^{x}b^{x} & \left(\dfrac{a}{b}\right)^{x}=\dfrac{a^{x}}{b^{x}}
\end{array}
\]
\[
\sqrt[n]{a}=a^{1/n}, \qquad a^{p/q}=\sqrt[q]{a^{p}}=\bigl(\sqrt[q]{a}\bigr)^{p},
\qquad a^{x}=e^{x\ln a}, \qquad \ln(a^{x})=x\ln a.
\]
Racines — mémo signes
\[
\sqrt[n]{a^{n}}=\begin{cases}|a| & n \text{ pair}\\ a & n \text{ impair}\end{cases}
\qquad
\begin{cases}
n \text{ impair} : & \sqrt[n]{\ }\ \text{définie sur } \mathbb{R},\\
n \text{ pair} : & \sqrt[n]{\ }\ \text{définie sur } \mathbb{R}_{+}\ \text{seulement.}
\end{cases}
\]
| \(n\) | \(2^{n}\) | \(3^{n}\) | \(5^{n}\) | \(10^{n}\) | \(\sqrt[n]{\ }\) notables |
| 1 | 2 | 3 | 5 | 10 | — |
| 2 | 4 | 9 | 25 | 100 | \(\sqrt{2}\approx 1{,}414\) |
| 3 | 8 | 27 | 125 | 1000 | \(\sqrt[3]{2}\approx 1{,}260\) |
| 4 | 16 | 81 | 625 | \(10^{4}\) | \(\sqrt[4]{2}\approx 1{,}189\) |
| 5 | 32 | 243 | 3125 | \(10^{5}\) | — |
| 6 | 64 | 729 | — | \(10^{6}\) | — |
Fin du chapitre — bon calcul.