Correction — DM nº 10

Mathématiques PTSI · Nombres réels & Matrices · à rendre le 22 juin 2026
Mode d'emploi
Chaque question s'ouvre sur une phase de réflexion (questions à se poser, sans réponse). Les coups de pouce et les solutions rédigées sont masqués : clique sur « ▶ Voir… » seulement après avoir cherché. Cherche d'abord, déplie ensuite.
TABLE DES MATIÈRES

Exercice 1 — Matrices

On note \(E\) l'ensemble des matrices \(M=\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix}\) vérifiant les deux conditions \[a+d=0 \qquad\text{et}\qquad ad-bc=0.\]

💭 D'abord : que disent ces deux conditions ?

Ne te jette pas sur les calculs. Ces deux égalités ne sont pas là par hasard — ce sont deux quantités très classiques attachées à une matrice \(2\times2\). Demande-toi :

Reformuler ces conditions avant de calculer rend tout l'exercice limpide.

Voir la traduction des conditions

Les deux quantités sont la trace et le déterminant :

\[\operatorname{tr}(M)=a+d=0,\qquad \det(M)=ad-bc=0.\]

Donc \(E\) est l'ensemble des matrices \(2\times2\) de trace nulle et de déterminant nul. La condition \(a+d=0\) permet d'écrire \(d=-a\), c'est-à-dire \(M=\begin{pmatrix} a & b \\ c & -a \end{pmatrix}\).

Un mot de vocabulaire : matrice nilpotente

Une matrice carrée \(N\) est dite nilpotente s'il existe un entier \(p\ge 1\) tel que \[N^{p}=0 \quad(\text{la matrice nulle}).\] Le plus petit tel \(p\) est l'indice de nilpotence. Quelques repères :

Garde ce mot en tête : on va voir que toutes les matrices de \(E\) sont nilpotentes.

🧭 Deux niveaux de méthode pour cet exercice

Prérequis : trace, déterminant, produit matriciel, matrices qui commutent, formule du binôme de Newton.

1.(a) — Les matrices de \(E\) sont-elles inversibles ?

💭 À toi
Une seule des deux conditions décide de l'inversibilité. Laquelle, et quel critère relie déterminant et inversibilité ?
Voir la solution 1.(a)
Toute \(M\in E\) vérifie \(\det(M)=ad-bc=0\). Or une matrice carrée est inversible si et seulement si son déterminant est non nul. Donc aucune matrice de \(E\) n'est inversible.

1.(b) — Deux exemples appartiennent-ils à \(E\) ?

💭 À toi
Il suffit de tester les deux conditions sur \(P=\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ -1 & -1 \end{pmatrix}\) et \(Q=\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}\). Calcule trace et déterminant de chacune.
Voir la solution 1.(b)
\(\operatorname{tr}(P)=1+(-1)=0\) et \(\det(P)=(1)(-1)-(1)(-1)=-1+1=0\) : donc \(P\in E\).
\(\operatorname{tr}(Q)=1+(-1)=0\) et \(\det(Q)=(1)(-1)-(-1)(1)=-1+1=0\) : donc \(Q\in E\).

1.(c) — La somme et le produit de deux matrices de \(E\) sont-ils dans \(E\) ?

💭 Comment s'y prendre (avant toute technique)

L'énoncé veut qu'on montre que la somme et le produit n'appartiennent pas nécessairement à \(E\). Avant de calculer quoi que ce soit, demande-toi :

Voir un coup de pouce
Réutilise \(P\) et \(Q\) de la question 1.(b), qui sont déjà dans \(E\). Calcule \(P+Q\) puis \(PQ\), et vérifie à chaque fois la trace et le déterminant : il suffit qu'une des deux conditions tombe pour conclure que le résultat n'est pas dans \(E\).
Voir la solution 1.(c)
Somme. \[P+Q=\begin{pmatrix} 2 & 0 \\ 0 & -2 \end{pmatrix}.\] La trace vaut \(0\), mais \(\det(P+Q)=(2)(-2)-0=-4\neq 0\). Donc \(P+Q\notin E\).
Produit. \[PQ=\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ -1 & -1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}=\begin{pmatrix} 2 & -2 \\ -2 & 2 \end{pmatrix}.\] Ici \(\operatorname{tr}(PQ)=2+2=4\neq 0\). Donc \(PQ\notin E\).
Ce n'est pas un accident : la condition «\(\operatorname{tr}=0\)» est linéaire (donc stable par somme), mais «\(\det=0\)» est quadratique et ne se conserve ni par somme ni par produit. \(E\) n'est ni un sous-espace vectoriel, ni stable par produit.

1.(d) — Calculer \(M^2\), puis \(M^n\) pour \(n\ge 2\)

💭 À toi
Écris \(M\) générique avec \(d=-a\). Calcule \(M^2\) : tu vas obtenir une matrice scalaire \(\lambda I\). Que vaut \(\lambda\) si tu utilises la condition \(ad-bc=0\) ? Une fois \(M^2\) connu, qu'en déduis-tu pour \(M^n\), \(n\ge2\) ?
Voir la solution 1.(d)
Avec \(d=-a\), \(M=\begin{pmatrix} a & b \\ c & -a \end{pmatrix}\) et \[M^2=\begin{pmatrix} a^2+bc & 0 \\ 0 & a^2+bc \end{pmatrix}=(a^2+bc)\,I.\] Or \(ad-bc=0\) s'écrit \(-a^2-bc=0\), soit \(bc=-a^2\), donc \(a^2+bc=0\). Ainsi \(\boxed{M^2=0}\) : \(M\) est nilpotente d'indice \(\le 2\). Par conséquent, pour tout \(n\ge 2\), \[M^n=M^2\,M^{\,n-2}=0.\]
Cayley–Hamilton donne le même résultat en une ligne : \(M^2-\operatorname{tr}(M)M+\det(M)I=0\) avec trace et déterminant nuls.

On pose désormais \(A=\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ -2 & 5 \end{pmatrix}\) et \(I\) la matrice identité d'ordre \(2\).

2.(a) — Justifier l'inversibilité de \(A\)

💭 À toi
Un seul nombre à calculer. Lequel, et que doit-il vérifier ?
Voir la solution 2.(a)
\(\det(A)=(1)(5)-(2)(-2)=5+4=9\neq 0\) : donc \(A\) est inversible.

2.(b) — \(K=A-3I\) appartient-elle à \(E\) ?

💭 À toi
Calcule \(K=A-3I\), puis teste les deux conditions (trace, déterminant). Que peux-tu alors affirmer sur \(K^2\) ?
Voir la solution 2.(b)
\[K=A-3I=\begin{pmatrix} -2 & 2 \\ -2 & 2 \end{pmatrix},\qquad \operatorname{tr}(K)=0,\quad \det(K)=(-2)(2)-(2)(-2)=0.\] Donc \(K\in E\), et d'après 1.(d) on a \(K^2=0\).

2.(c) — Montrer que \(A^n=3^nI+n\,3^{\,n-1}K\) pour tout \(n\in\mathbb{N}\)

💭 Comment trouver l'idée tout seul

On cherche \(A^n\). Le problème : \(A\) n'a rien de particulier pour les puissances. Mais la question 2.(b) vient de te fabriquer un objet en or :

Voir un coup de pouce

Inverse la relation \(K=A-3I\) : \[A=3I+K.\] Maintenant \(3I\) commute avec \(K\) (c'est un scalaire), donc la formule du binôme de Newton s'applique à \((3I+K)^n\). Et comme \(K^2=0\), tous les termes contenant \(K^2,K^3,\dots\) sont nuls : il n'en reste que deux.

Voir la solution 2.(c)
Démonstration (binôme de Newton). \(A=3I+K\), et \(3I\) commute avec \(K\). Pour tout \(n\in\mathbb{N}\) : \[A^n=(3I+K)^n=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}(3I)^{\,n-k}K^{k}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}3^{\,n-k}K^{k}.\] Comme \(K^2=0\), seuls les termes \(k=0\) et \(k=1\) subsistent : \[A^n=3^{n}I+n\,3^{\,n-1}K.\] (Vérifications : \(n=0\) donne \(I\) ; \(n=1\) donne \(3I+K=A\).)
Variante par récurrence
\(A^{n+1}=A^n A=(3^nI+n3^{n-1}K)(3I+K)=3^{n+1}I+(n+1)3^{n}K\) (en utilisant \(K^2=0\)) : l'hérédité est immédiate.
Les quatre coefficients. \[A^n=3^n I+n3^{\,n-1}\begin{pmatrix} -2 & 2 \\ -2 & 2 \end{pmatrix} =3^{\,n-1}\begin{pmatrix} 3-2n & 2n \\ -2n & 3+2n \end{pmatrix}.\] (Contrôle : \(n=1\) redonne \(A\).)

3.(a) — Unique couple \((\alpha,\beta)\) tel que \(A^2+\alpha A+\beta I=0\)

💭 À toi
Deux pistes : développer \(A^2=(3I+K)^2\) avec \(K^2=0\) (rapide), ou calculer \(A^2\) puis identifier coefficient par coefficient. Dans les deux cas, pourquoi le couple est-il unique ?
Voir la solution 3.(a)
Avec \(A=3I+K\) et \(K^2=0\) : \(A^2=9I+6K\). Donc \[A^2+\alpha A+\beta I=(9+3\alpha+\beta)\,I+(6+\alpha)\,K.\] Comme \(I\) et \(K\) ne sont pas proportionnelles, cette matrice est nulle ssi chaque coefficient l'est : \[\begin{cases} 6+\alpha=0 \\ 9+3\alpha+\beta=0 \end{cases}\Longleftrightarrow (\alpha,\beta)=(-6,\,9).\] Existence et unicité acquises : \(\boxed{(\alpha,\beta)=(-6,9)}\). On reconnaît \(\chi_A(X)=X^2-6X+9=(X-3)^2\).

3.(b) — \(A\) inversible et \(A^{-1}=\dfrac{2}{3}I-\dfrac{1}{9}A\)

💭 À toi
Pars de \(A^2-6A+9I=0\). Isole \(9I\), puis factorise par \(A\) : tu obtiens \(A\times(\text{quelque chose})=I\). Que dit cette égalité ?
Voir la solution 3.(b)
De \(A^2-6A+9I=0\) : \(9I=6A-A^2=A(6I-A)\), donc \[A\left(\tfrac{2}{3}I-\tfrac{1}{9}A\right)=I.\] Cette égalité prouve à la fois l'inversibilité de \(A\) et \(A^{-1}=\tfrac{2}{3}I-\tfrac{1}{9}A=\begin{pmatrix} 5/9 & -2/9 \\ 2/9 & 1/9 \end{pmatrix}\).
Un polynôme annulateur de terme constant non nul (ici \(9=\det A\)) donne toujours l'inverse. Terme constant non nul \(\Leftrightarrow\) matrice inversible.

3.(c) — \(A^{-1}=\dfrac{1}{3}I-\dfrac{1}{9}K\) et validité sur \(\mathbb{Z}\)

💭 À toi
Remplace \(A=3I+K\) dans l'expression de \(A^{-1}\). Puis teste la formule \(A^n=3^nI+n3^{n-1}K\) en \(n=-1\) : retombes-tu sur \(A^{-1}\) ? Pour conclure sur tout \(\mathbb{Z}\), cherche une relation du type \(B_nB_m=B_{n+m}\).
Voir la solution 3.(c)
Expression avec \(K\). \[A^{-1}=\tfrac{2}{3}I-\tfrac{1}{9}(3I+K)=\tfrac{1}{3}I-\tfrac{1}{9}K.\]
Validité pour \(n\in\mathbb{Z}\). En \(n=-1\), la formule prédit \(3^{-1}I+(-1)3^{-2}K=\tfrac{1}{3}I-\tfrac{1}{9}K=A^{-1}\) : elle marche.
Posons \(B_n=3^nI+n3^{\,n-1}K\) pour \(n\in\mathbb{Z}\). Grâce à \(K^2=0\) : \[B_n\,B_m=3^{\,n+m}I+(n+m)3^{\,n+m-1}K=B_{n+m}.\] Donc \(B_nB_{-n}=B_0=I\) : \(B_n\) est inversible, d'inverse \(B_{-n}\). Comme \(A^n=B_n\) pour \(n\ge 0\) et \(A^{-1}=B_{-1}\), pour \(n<0\) : \[A^n=(A^{-1})^{|n|}=(B_{-1})^{|n|}=B_{-|n|}=B_n.\] La formule vaut donc pour tout \(n\in\mathbb{Z}\).
\(n\mapsto A^n\) est un morphisme de groupes \((\mathbb{Z},+)\to(\mathrm{GL}_2(\mathbb{R}),\times)\) : c'est la version discrète de l'exponentielle, car \(A=3\!\left(I+\tfrac{K}{3}\right)\) avec \((K/3)^2=0\).

Exercice 2 — Nombres réels

\(A,B\) sont non vides et bornées ; \(x\in\mathbb{R}\). Comme \(\mathbb{R}\) vérifie la propriété de la borne supérieure, tous les \(\sup/\inf\) existent.

🧭 La boîte à outils du \(\sup\)

Pour prouver \(s=\sup(X)\), deux stratégies équivalentes :

Réflexes : \(-A\) retourne l'ordre (\(\sup\leftrightarrow\inf\)) ; \(x+A\) translate ; la multiplication ne respecte l'ordre que pour des facteurs positifs — d'où la question 4.

1. \(\sup(-A)=-\inf(A)\)

💭 À toi
Pose \(m=\inf(A)\). Montre que \(-m\) majore \(-A\), puis que c'est le plus petit majorant (en traduisant « \(M\) majore \(-A\) » sur les éléments de \(A\)).
Voir un coup de pouce
Tout repose sur la bascule \(a\ge m \iff -a\le -m\). Pour le « plus petit majorant » : prends un majorant \(M\) de \(-A\), réécris-le en une minoration de \(A\) (\(a\ge -M\)), puis sers-toi du fait que \(\inf(A)\) est le plus grand des minorants de \(A\).
Voir la solution
Soit \(m=\inf(A)\).
  • \(-m\) majore \(-A\) : \(\forall a\in A,\ a\ge m\Rightarrow -a\le -m\).
  • plus petit : si \(M\) majore \(-A\), alors \(\forall a,\ -a\le M\), soit \(a\ge -M\) ; donc \(-M\) minore \(A\), d'où \(-M\le m\), soit \(M\ge -m\).
Ainsi \(\sup(-A)=-m=-\inf(A)\).

2. \(\sup(A+B)=\sup(A)+\sup(B)\)

💭 À toi
Note \(s=\sup A,\ t=\sup B\). Montre d'abord que \(s+t\) majore \(A+B\). Puis, avec la méthode \(\varepsilon\), fabrique \(a+b\) aussi proche que voulu de \(s+t\) (coupe \(\varepsilon\) en deux).
Voir un coup de pouce
Pour l'étape \(\varepsilon\), il te faut un seul élément \(a+b\in A+B\) qui dépasse \(s+t-\varepsilon\). Par définition de \(\sup\), choisis \(a\gt s-\tfrac{\varepsilon}{2}\) et \(b\gt t-\tfrac{\varepsilon}{2}\) ; en additionnant, les deux \(\tfrac{\varepsilon}{2}\) se recollent en \(\varepsilon\).
Voir la solution
Majorant. \(\forall a\le s,\ \forall b\le t:\ a+b\le s+t\). Donc \(s+t\) majore \(A+B\).
Approche (\(\varepsilon\)). Soit \(\varepsilon\gt0\). Il existe \(a\gt s-\tfrac{\varepsilon}{2}\) et \(b\gt t-\tfrac{\varepsilon}{2}\), donc \(a+b\gt (s+t)-\varepsilon\) avec \(a+b\in A+B\). Aucun réel \(\lt s+t\) ne majore \(A+B\) : \(\sup(A+B)=s+t\).

3. \(\sup(x+A)=x+\sup(A)\)

💭 À toi
Peux-tu voir cette égalité comme un cas particulier de la question 2 ? (Que vaut \(\sup\) d'un singleton ?)
Voir un coup de pouce
Le singleton \(\{x\}\) est non vide et borné, avec \(\sup\{x\}=x\). Applique la question 2 à \(B=\{x\}\) : comme \(A+\{x\}=x+A\), le résultat tombe en une ligne, sans refaire d'argument \(\varepsilon\).
Voir la solution
Cas particulier de la question 2 avec \(B=\{x\}\) (et \(\sup\{x\}=x\)) : \(\sup(x+A)=x+\sup(A)\).
Direct : \(x+s\) majore \(x+A\) ; et pour \(\varepsilon\gt0\), \(\exists a\gt s-\varepsilon\Rightarrow x+a\gt(x+s)-\varepsilon\). D'où l'égalité.

4. A-t-on toujours \(\sup(AB)=\sup(A)\times\sup(B)\) ?

💭 À toi
Méfie-toi des signes. Teste sur un petit ensemble de nombres négatifs (deux suffisent) : que devient le produit de deux négatifs ? Puis devine quelle hypothèse de signe rétablirait l'égalité.
Voir un coup de pouce
Prends le plus petit cas possible : \(A=B=\{-2,-1\}\). Calcule \(\sup A\) et \(\sup B\), puis liste tous les produits \(ab\) et garde le plus grand — c'est le produit des deux éléments les plus négatifs qui l'emporte. Pour réparer : impose \(a,b\ge 0\), de sorte que \(0\le a\le s\) et \(0\le b\le t\) entraînent bien \(ab\le st\).
Voir la solution
Faux en général. Le produit de deux négatifs est positif et peut dépasser le produit des \(\sup\).
Contre-exemple
\(A=B=\{-2,-1\}\) : \(\sup A=\sup B=-1\), donc \(\sup A\cdot\sup B=1\) ; mais \(AB=\{4,2,1\}\), \(\sup(AB)=4\neq 1\).
Hypothèse réparatrice
Si \(A,B\subseteq\mathbb{R}_+=[0,+\infty[\) (tous éléments \(\ge0\)), alors \(\sup(AB)=\sup(A)\sup(B)\).
Preuve (cas \(A,B\subseteq\mathbb{R}_+\)). Posons \(s=\sup A\ge0,\ t=\sup B\ge0\). Majorant : \(0\le a\le s,\ 0\le b\le t\Rightarrow ab\le sb\le st\). Approche : si \(s\) ou \(t\) est nul, l'ensemble vaut \(\{0\}\) et l'égalité est claire ; sinon, pour \(\delta\) petit, \(\exists a\gt s-\delta,\ b\gt t-\delta\) (positifs), d'où \(ab\gt(s-\delta)(t-\delta)\to st\). Donc \(\sup(AB)=st\).

Exercice 3 — Facultatif

🧭 Dompter une inégalité

1. Résoudre \((I):\ \dfrac{2x+5}{x-2}-\dfrac{3x-6}{x+4}\lt 2\)

💭 À toi
Domaine d'abord (\(x\neq2,\ x\neq-4\)). Passe \(2\) à gauche, réduis au dénominateur \((x-2)(x+4)\), simplifie \(3x-6=3(x-2)\), factorise le numérateur, puis tableau de signes. Attention au sens de l'inégalité si tu divises par un nombre négatif.
Voir la solution (I)
Le numérateur après réduction est \[N=(2x+5)(x+4)-3(x-2)^2-2(x-2)(x+4)=-3x^2+21x+24=-3(x-8)(x+1).\] L'inéquation devient \(\dfrac{-3(x-8)(x+1)}{(x-2)(x+4)}\lt0\), soit (en divisant par \(-3\lt0\)) \[\frac{(x-8)(x+1)}{(x-2)(x+4)}\gt0.\]
\(x\)\(-\infty\)\(-4\)\(-1\)\(2\)\(8\)\(+\infty\)
\(x+4\)\(-\ \|\ +\)\(+\)\(+\)\(+\)
\(x+1\)\(-\)\(-\ 0\ +\)\(+\)\(+\)
\(x-2\)\(-\)\(-\)\(-\ \|\ +\)\(+\)
\(x-8\)\(-\)\(-\)\(-\)\(-\ 0\ +\)
quotient\(+\)\(\|\ -\)\(0\ +\)\(\|\ -\)\(0\ +\)
On veut le quotient \(\gt0\) (strict : \(-1\) et \(8\) exclus ; \(-4,2\) déjà exclus) : \[\boxed{S_{(I)}=\;]-\infty,-4[\;\cup\;]-1,2[\;\cup\;]8,+\infty[}.\] (Contrôle : \(x=0\Rightarrow -1\lt2\) ✓ ; \(x=5\Rightarrow 4\not\lt2\) ✓.)

2. Résoudre \((J):\ |3-x|+2x+3\lt\bigl|x^2-x-2\bigr|+2\)

💭 À toi
\(|3-x|\) change en \(x=3\) ; \(x^2-x-2=(x-2)(x+1)\) change de signe en \(-1\) et \(2\). Découpe selon \(-1,2,3\) et résous une inéquation polynomiale sur chaque morceau, sans valeur absolue.
Voir la solution (J)
Cas \(x\le-1\). \(|3-x|=3-x,\ |x^2-x-2|=x^2-x-2\) : \(x+6\lt x^2-x\Leftrightarrow x^2-2x-6\gt0\), racines \(1\pm\sqrt7\). Ici : \(x\lt 1-\sqrt7\).
Cas \(-1\le x\le2\). \(|x^2-x-2|=-(x^2-x-2)\) : \(x+6\lt -x^2+x+4\Leftrightarrow x^2\lt-2\), impossible. Aucune solution.
Cas \(2\le x\le3\). Même calcul que le 1ᵉʳ cas : \(x^2-2x-6\gt0\) ; or \(1+\sqrt7\approx3{,}65\gt3\), donc rien dans \([2,3]\).
Cas \(x\ge3\). \(|3-x|=x-3\) : \(3x\lt x^2-x\Leftrightarrow x(x-4)\gt0\), d'où \(x\gt4\).
Recollement. \[\boxed{S_{(J)}=\;]-\infty,\ 1-\sqrt7[\;\cup\;]4,+\infty[}.\] (Contrôle : \(x=-2\Rightarrow5\lt6\) ✓ ; \(x=0\Rightarrow6\not\lt4\) ✓ ; \(x=5\Rightarrow15\lt20\) ✓ ; \(x=3{,}5\Rightarrow10{,}5\not\lt8{,}75\) ✓.)

🔗 Ponts vers la suite

Exercice 1 → réduction, exponentielle de matrices, systèmes dynamiques
Exercice 2 → complétude de \(\mathbb{R}\), analyse, optimisation
Exercice 3 → distance, fonctions par morceaux, topologie
🔴 Le fil conducteur du DM

Traduire avant de calculer. « Trace et déterminant nuls » → nilpotence ; « plus petit majorant » → caractérisation \(\varepsilon\) ; « valeur absolue » → distance et disjonction de cas. La bonne reformulation transforme un calcul pénible en raisonnement court.

Correction — DM nº 10, PTSI · Nombres réels & Matrices.