Fonctions Circulaires

CPGE PTSI — Mathématiques · Cours provisoire en attente du cours du Prof. Ivarra
🔴 Fil rouge — DM 5 (à rendre le 20 avril 2026)

Ce cours est calibré sur les deux exercices du DM 5. Exercice 1 : valeurs de \(\cos(\pi/8)\) et \(\cos(3\pi/8)\), formule \(\cos(3\theta)=4\cos^3\theta-3\cos\theta\), résolution d'une équation du 3ᵉ degré par substitution trigonométrique. Exercice 2 : étude de \(g_p(x)=\arctan(px)-x\), bijectivité, dérivée d'une réciproque. Les encadrés marqués ⟶ DM5 signalent les résultats directement mobilisés dans le devoir.

TABLE DES MATIÈRES
  1. Le cercle trigonométrique
    1. I.1 — Enroulement de l'axe des réels sur le cercle
    2. I.2 — Le radian
    3. I.3 — Repérage dans le premier quadrant
  2. Cosinus et sinus — propriétés générales
    1. II.1 — Encadrement
    2. II.2 — Périodicité et parité
    3. II.3 — Formules de symétrie
    4. II.4 — Continuité et dérivabilité
    5. II.5 — Variations et représentation graphique
  3. Formules fondamentales
    1. III.1 — Formules d'addition
    2. III.2 — Duplication et demi-angle
    3. III.3 — Formule de triplication
    4. III.4 — Formules de Simpson
  4. Trigonométrie et triangle rectangle
  5. La fonction tangente
  6. Équations trigonométriques
  7. Fonctions circulaires réciproques
    1. VII.1 — arccos
    2. VII.2 — arcsin
    3. VII.3 — arctan
  8. Dérivées des fonctions circulaires
    1. VIII.1 — Tableau des dérivées
    2. VIII.2 — Dérivée d'une fonction réciproque
Index des exercices
Titre Chapitre Astuce / intérêt
1 Période de \(\sin(6x-3)\) II.2 Identifier la période d'une fonction composée via \(T = 2\pi/|a|\).
2 Périodicité par récurrence II.2 Calculer \(f(x+1)\), \(f(x+2)\)... jusqu'à retomber sur \(f(x)\) — la période émerge du calcul.
3 Formules de symétrie II.3 Traiter terme par terme avec le tableau des symétries — regrouper cos et sin séparément.
4 Variations de \(\sin^2 x + \cos x\) II.5 Factoriser \(f'(x) = \sin x(2\cos x - 1)\) — le signe de sin est constant sur \([0;\pi]\).
5 Substitution \(t = \tan(x/2)\) V Formules de l'arc moitié : cos et sin s'expriment rationnellement en \(t\) — fraction se simplifie en \((1-t)/(1+t)\).
6 Équations et inéquation trigonométriques VI Appliquer les solutions générales, gérer les multiples d'angles, résoudre une inéquation sur le cercle.
7 Encadrement de arctan VII.3 arctan = intégrale de \(1/(1+t^2)\) — comparer à deux rectangles (hauteur min et max) par monotonie.
8 Courbe de \(\arctan\!\sqrt{(1-\cos x)/(1+\cos x)}\) VII.3 Reconnaître \(1\pm\cos x\) → demi-angle → \(\tan^2(x/2)\) → cascade de simplifications → \(|x|/2\).
9 \(\arctan\tfrac12 + \arctan\tfrac13 = \tfrac\pi4\) VII.3 Appliquer tan des deux membres + formule d'addition. Géométriquement : triangle rectangle isocèle dans un rectangle \(3a\times 2a\).

I.1 — Enroulement de l'axe des réels sur le cercle trigonométrique

Définition — Cercle trigonométrique

Dans le plan muni d'un repère orthonormé direct \((O,\vec\imath,\vec\jmath)\), le cercle trigonométrique \((\mathcal{T})\) est le cercle de centre \(O\) et de rayon \(1\). Son équation est \(x^2 + y^2 = 1\).

On note \(I = (1,0)\) le point de départ, situé sur la droite \((T)\) tangente à \((\mathcal{T})\) en \(I\). Le sens de parcours direct est le sens antihoraire ; le sens indirect est le sens des aiguilles d'une montre.

Définition — Enroulement et point associé

À tout réel \(t\) on associe l'unique point \(J\) de \((\mathcal{T})\) obtenu en enroulant la droite \((T)\) sur le cercle \((\mathcal{T})\) : l'arc \(\overset{\frown}{IJ}\) a pour mesure algébrique \(t\) radians.

Réciproquement, tout point du cercle trigonométrique est associé à une infinité de réels.

(T) 0 π/2 x y I J arc = π/2 enroulement O I ∈ (T)
Remarque — Périodicité géométrique

Au réel \(\tfrac\pi2\) sur la droite \((T)\), on associe par enroulement le point \(J\) tel que l'arc \(\overset{\frown}{IJ}\) a pour mesure \(\tfrac\pi2\) radians.

Plus généralement, le même point \(J\) est associé par enroulement aux réels \(\tfrac\pi2 + 2k\pi\), avec \(k\in\mathbb{Z}\).

Nous en concluons que le point \(J\) est repéré sur \((\mathcal{T})\) par le réel \(\tfrac\pi2\) et plus généralement par tout réel de la forme \(\tfrac\pi2 + k(2\pi)\), avec \(k\in\mathbb{Z}\).

Généralisation à tous les réels. Si le point \(M\) du cercle est associé à un réel \(t_0\), alors tous les réels de la forme \[t_1 = t_0 + 2k\pi, \quad k\in\mathbb{Z},\] lui sont également associés. On dit alors que \(t_0\) et \(t_1\) sont égaux modulo \(2\pi\), ce que l'on note \(t_1 \equiv t_0 \pmod{2\pi}\) ou encore \(t_1 \equiv t_0 \ [2\pi]\).

Définition — Mesure principale

Parmi tous les réels associés à un point \(M\) du cercle, il en existe un unique appartenant à \(]-\pi;\pi]\). On l'appelle la mesure principale de l'angle associé à \(M\).

Autrement dit, \(t_1\in]-\pi;\pi]\) est la mesure principale si et seulement si \(t_1 \equiv t_0 \pmod{2\pi}\) pour un certain \(t_0\), avec \(t_1\) l'unique représentant dans \(]-\pi;\pi]\).

Définition — cos et sin d'un réel

Soit \(J\) le point de \((\mathcal{T})\) associé au réel \(t\) par enroulement. On pose :

Ainsi \(J = (\cos t,\; \sin t)\).

Proposition — Relation fondamentale
\[\cos^2 t + \sin^2 t = 1 \qquad \forall\,t\in\mathbb{R}.\]

J est sur le cercle unité, donc \(\|\overrightarrow{OJ}\|^2 = \cos^2 t + \sin^2 t = 1\).

I.2 — Le radian

Définition — Radian

Le radian est l'unité d'angle du Système International. Un angle de \(1\) radian correspond à un arc de longueur \(1\) sur le cercle de rayon \(1\), soit un arc dont la longueur est égale au rayon.

Pour un cercle de rayon \(r\), un angle \(\alpha\) en radians sous-tend un arc de longueur \(l = r\alpha\).

Proposition — Conversion degrés ↔ radians

Un tour complet vaut \(360°\) en degrés et \(2\pi\) radians, donc :

\[360° = 2\pi \text{ rad} \qquad\Longleftrightarrow\qquad 1° = \frac{\pi}{180} \text{ rad}.\]
Degrés \(0°\) \(30°\) \(45°\) \(60°\) \(90°\) \(120°\) \(180°\) \(360°\)
Radians \(0\) \(\dfrac{\pi}{6}\) \(\dfrac{\pi}{4}\) \(\dfrac{\pi}{3}\) \(\dfrac{\pi}{2}\) \(\dfrac{2\pi}{3}\) \(\pi\) \(2\pi\)
Méthode — Retrouver la conversion par proportionnalité

La conversion repose sur une simple règle de proportionnalité : le rapport degrés / radians est constant, égal à \(\dfrac{180}{\pi}\). On peut l'écrire comme une chaîne d'égalités :

\[\frac{30°}{\pi/6} = \frac{45°}{\pi/4} = \frac{60°}{\pi/3} = \frac{90°}{\pi/2} = \frac{180°}{\pi} = \frac{360°}{2\pi} = \frac{180}{\pi}.\]

Ainsi, pour toute mesure \(\alpha\) en degrés et \(r\) en radians représentant le même angle :

\[\frac{\alpha}{r} = \frac{180}{\pi} \qquad\Longleftrightarrow\qquad r = \alpha \times \frac{\pi}{180} \qquad\Longleftrightarrow\qquad \alpha = r \times \frac{180}{\pi}.\]
Exemples — Degrés → Radians
Exemples — Radians → Degrés
Remarque

En mathématiques de CPGE, tous les angles sont exprimés en radians par défaut. Le degré n'apparaît plus sauf mention explicite.

I.3 — Repérage dans le premier quadrant

Dans le premier quadrant \(\bigl[0;\tfrac\pi2\bigr]\), le cercle trigonométrique permet de lire directement les valeurs de cosinus et sinus à partir des angles remarquables.

x y I (1,0) π/6 π/4 π/3 J (0,1) cos(π/3)=1/2 sin(π/3)=√3/2 sin(π/6)=1/2 O
Proposition — Valeurs remarquables dans le premier quadrant

À connaître par cœur. Moyen mémo : pour \(\theta\in\{0,\,\tfrac\pi6,\,\tfrac\pi4,\,\tfrac\pi3,\,\tfrac\pi2\}\), les valeurs de cos sont \(\tfrac{\sqrt{4}}{2},\;\tfrac{\sqrt{3}}{2},\;\tfrac{\sqrt{2}}{2},\;\tfrac{\sqrt{1}}{2},\;\tfrac{\sqrt{0}}{2}\) — et sin lit la même liste à l'envers.

\(\theta\) \(0\) \(\dfrac{\pi}{6}\) \(\dfrac{\pi}{4}\) \(\dfrac{\pi}{3}\) \(\dfrac{\pi}{2}\)
\(\cos\theta\) \(1\) \(\dfrac{\sqrt{3}}{2}\) \(\dfrac{\sqrt{2}}{2}\) \(\dfrac{1}{2}\) \(0\)
\(\sin\theta\) \(0\) \(\dfrac{1}{2}\) \(\dfrac{\sqrt{2}}{2}\) \(\dfrac{\sqrt{3}}{2}\) \(1\)
\(\tan\theta\) \(0\) \(\dfrac{1}{\sqrt{3}}\) \(1\) \(\sqrt{3}\)
🔍 Pourquoi cos(π/3) = 1/2 ? — Démonstration géométrique

Soit P le point du cercle unité associé à \(\pi/3\), et H le pied de la perpendiculaire issue de P sur OI. On a \(\cos(\pi/3) = OH\). Montrons que \(OH = \tfrac{1}{2}\).

arc = π/3 O I P H π/3 π/3 π/3 OH HI Démonstration OI = OP = 1 (rayons du cercle) angle en O = π/3 → isocèle en O → angles en I et P = π/3 → triangle équilatéral → IP = 1 PH ⊥ OI → deux triangles rectangles OPH et IPH partagent PH Pythagore dans OPH : OH² + PH² = OP² = 1 Pythagore dans IPH : HI² + PH² = IP² = 1 Donc OH² = HI² OH, HI ≥ 0 (car dimensions) → OH = HI OH + HI = OI = 1 → OH = HI = 1/2 soit cos(π/3) = 1/2

Enfin, \(\sin(\pi/3) = PH = \sqrt{OP^2 - OH^2} = \sqrt{1 - \tfrac14} = \dfrac{\sqrt{3}}{2}\).

🔍 Pourquoi sin(π/6) = 1/2 ? — Congruence ACA

Soit Q le point du cercle unité associé à \(\pi/6\), et K le pied de la perpendiculaire issue de Q sur l'axe des x. On a \(\sin(\pi/6) = QK\). Montrons que \(QK = \tfrac{1}{2}\) en comparant le triangle OQK au triangle OPH déjà étudié.

π/6 π/3 π/6 π/6 π/3 π/3 O I P H Q K P ↔ O Démonstration (ACA) Triangle OPH (orange) : angle en P = π/6, OP = 1, angle en O = π/3 Triangle OQK (rouge) : OQ = 1 (rayon), angle en O = π/6 angle en Q = π − π/6 − π/2 = π/3 Critère ACA : angle π/6 en P = angle π/6 en O côté OP = OQ = 1 (entre ces deux angles) angle π/3 en O = angle π/3 en Q → triangles congruents correspondance P↔O, O↔Q, H↔K → QK = OH = 1/2 sin(π/6) = QK = 1/2 ■
\(\theta\) \(\dfrac{2\pi}{3}\) \(\dfrac{3\pi}{4}\) \(\pi\)
\(\cos\theta\) \(-\dfrac{1}{2}\) \(-\dfrac{\sqrt{2}}{2}\) \(-1\)
\(\sin\theta\) \(\dfrac{\sqrt{3}}{2}\) \(\dfrac{\sqrt{2}}{2}\) \(0\)

Ces valeurs s'obtiennent par les formules de symétrie : \(\cos(\pi-\theta)=-\cos\theta\), \(\sin(\pi-\theta)=\sin\theta\). Voir section II.2.

Complément — Valeurs issues du DM5 (par formule de demi-angle)  ⟶ DM5 Q1–Q2
\(\theta\) \(\dfrac{\pi}{8}\) \(\dfrac{3\pi}{8}\)
\(\cos\theta\) \(\dfrac{\sqrt{2+\sqrt{2}}}{2}\) \(\dfrac{\sqrt{2-\sqrt{2}}}{2}\)
\(\sin\theta\) \(\dfrac{\sqrt{2-\sqrt{2}}}{2}\) \(\dfrac{\sqrt{2+\sqrt{2}}}{2}\)

\(\sin(\pi/8) = \cos(3\pi/8)\) et \(\sin(3\pi/8)=\cos(\pi/8)\) car \(\tfrac\pi8 + \tfrac{3\pi}8 = \tfrac\pi2\) (angles complémentaires : \(\sin\theta = \cos(\tfrac\pi2-\theta)\)).

II — Cosinus et sinus : propriétés générales

II.1 — Encadrement

Proposition

Pour tout \(x\in\mathbb{R}\) :

\[-1 \leq \cos x \leq 1 \qquad\text{équivalent à}\qquad |\cos x| \leq 1\] \[-1 \leq \sin x \leq 1 \qquad\text{équivalent à}\qquad |\sin x| \leq 1\]

Le point associé à \(x\) est sur le cercle unité : son abscisse et son ordonnée sont toutes deux dans \([-1;1]\).

Remarque — Utilité

Ces encadrements sont utiles pour majorer des expressions trigonométriques, établir des limites par le théorème des gendarmes, ou vérifier qu'une expression est dans le domaine de définition d'arccos ou arcsin.

Exemples : \(\bigl|\sin x\bigr| \leq 1\) donc \(\dfrac{|\sin x|}{x} \leq \dfrac{1}{|x|} \to 0\) quand \(x\to\pm\infty\) ; ou encore \(|n\sin(1/n)|\leq 1\) pour tout \(n\).

II.2 — Périodicité et parité

Définition — Fonction périodique

On dit qu'une fonction \(f\) est périodique de période \(T\) (ou \(T\)-périodique) s'il existe un réel \(T > 0\) tel que :

\[\forall x \in \mathcal{D}_f,\quad x + T \in \mathcal{D}_f \quad\text{et}\quad f(x+T) = f(x).\]

Les fonctions \(\cos\) et \(\sin\) sont \(2\pi\)-périodiques : pour tout \(x\in\mathbb{R}\), \(\cos(x+2\pi)=\cos x\) et \(\sin(x+2\pi)=\sin x\).

Remarque — Multiples de la période

Si \(f\) est \(T\)-périodique, elle est aussi \(kT\)-périodique pour tout \(k\in\mathbb{Z}^*\) (appliquer la relation de périodicité \(|k|\) fois). En particulier, une fonction \(2\pi\)-périodique est aussi \(4\pi\)-périodique, \(6\pi\)-périodique, etc.

Définition — Période fondamentale (période minimale)

On appelle période fondamentale de \(f\) le plus petit réel strictement positif vérifiant la relation de périodicité :

\[T_0 = \inf\Bigl\{T \in \mathbb{R}^{+*} \;\Big|\; \forall x\in\mathcal{D}_f,\; x+T\in\mathcal{D}_f \text{ et } f(x+T)=f(x)\Bigr\}.\]

La période fondamentale de \(\cos\) et \(\sin\) est \(2\pi\) ; celle de \(\tan\) est \(\pi\). Cette notion est utile pour identifier la plus courte "unité répétitive" du graphe.

Remarque — Interprétation graphique

Une fonction \(f\) est \(T\)-périodique si et seulement si sa courbe représentative \(\mathcal{C}_f\) est invariante par la translation de vecteur \(T\vec\imath\) (translation horizontale de longueur \(T\)).

Autrement dit, déplacer la courbe de \(T\) vers la droite (ou vers la gauche) la superpose exactement à elle-même.

Proposition
Remarque — Périodicité par \(\pi\)

Pour tout \(x\in\mathbb{R}\) et tout \(k\in\mathbb{Z}\) :

\[\cos(x + k\pi) = (-1)^k\cos x \qquad\text{et}\qquad \sin(x + k\pi) = (-1)^k\sin x.\]

En particulier, pour \(x = 0\) :

\[\sin(k\pi) = 0 \qquad\text{et}\qquad \cos(k\pi) = (-1)^k.\]

Ces formules se déduisent de l'application répétée des formules de symétrie \(\cos(\theta+\pi)=-\cos\theta\) et \(\sin(\theta+\pi)=-\sin\theta\).

Complément — Fonction périodique sans période minimale : \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\)  (cours Ivarra)

La définition de la période fondamentale utilise un inf, pas un min. Il existe des fonctions périodiques pour lesquelles cet inf vaut 0 — elles n'ont donc pas de période minimale. L'exemple le plus célèbre est la fonction indicatrice de \(\mathbb{Q}\), notée \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) (ou \(\chi_{\mathbb{Q}}\)) :

\[\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}(x) = \begin{cases} 1 & \text{si } x \in \mathbb{Q} \\ 0 & \text{si } x \in \mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}. \end{cases}\]

Prérequis — nombres rationnels et irrationnels.

Remarque — Pas de notation standard pour \(\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}\)

Contrairement à \(\mathbb{N}, \mathbb{Z}, \mathbb{Q}, \mathbb{R}, \mathbb{C}\), l'ensemble des irrationnels \(\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}\) n'a pas de symbole universellement normalisé. On croise parfois \(\mathbb{I}\) dans certains ouvrages, mais c'est rare et source de confusion. La raison profonde : \(\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}\) n'est pas stable par ses propres opérations internes — c'est un ensemble sans bonne structure algébrique, donc moins naturel à nommer.

OpérationRésultatExemple
irrationnel + rationnel irrationnel ✓ \(e + 1 \notin \mathbb{Q}\)
irrationnel × rationnel non nul irrationnel ✓ \(2e \notin \mathbb{Q}\)
irrationnel + irrationnel peut être rationnel ✗ \(\sqrt{2} + (-\sqrt{2}) = 0 \in \mathbb{Q}\)
irrationnel × irrationnel peut être rationnel ✗ \(\sqrt{2} \times \sqrt{2} = 2 \in \mathbb{Q}\)

Pour obtenir un rationnel à partir d'un irrationnel \(x\) par multiplication, il faut multiplier par \(0\) (le seul rationnel qui fonctionne), ou par un autre irrationnel bien choisi (\(x \times \tfrac{1}{x} = 1\), mais \(\tfrac{1}{x}\) est lui-même irrationnel).

Démonstration que \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) est \(T\)-périodique pour tout \(T\in\mathbb{Q}^{+*}\).

Soit \(T\in\mathbb{Q}^{+*}\) et \(x\in\mathbb{R}\).

L'ensemble des périodes contient \(\mathbb{Q}^{+*}\), dont l'inf est \(0 \notin \mathbb{Q}^{+*}\). La période fondamentale n'existe donc pas — le min n'est pas atteint.

Ce phénomène est spécifique aux fonctions "pathologiques" : toute fonction continue et périodique admet une période fondamentale.

Exercice 1 — Période de \(\sin(6x-3)\)

Quelle est la période de la fonction \(f : x \mapsto \sin(6x - 3)\) ?

Solution

La fonction \(\sin\) est \(2\pi\)-périodique. Ici l'argument est \(6x-3\), donc augmenter \(x\) de \(T\) augmente l'argument de \(6T\). Pour que l'argument ait fait un tour complet, il faut \(6T = 2\pi\), soit :

\[T = \frac{2\pi}{6} = \frac\pi3.\]

La fonction \(f\) est \(\dfrac\pi3\)-périodique.

Exercice 2 — Périodicité d'une fonction définie par récurrence

Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\) vérifiant, pour tout \(x\in\mathbb{R}\) : \[f(x) \neq 3 \qquad\text{et}\qquad f(x+1) = \frac{f(x)-5}{f(x)-3}.\] Montrer que \(f\) est périodique de période 4.

Solution

On calcule successivement \(f(x+1)\), \(f(x+2)\), \(f(x+3)\), \(f(x+4)\) en posant \(a = f(x)\).

Étape 1 — Calcul de \(f(x+1)\)
\[f(x+1) = \frac{a-5}{a-3}.\]
Étape 2 — Calcul de \(f(x+2)\)
\[f(x+2) = \frac{f(x+1)-5}{f(x+1)-3} = \frac{\dfrac{a-5}{a-3}-5}{\dfrac{a-5}{a-3}-3} = \frac{(a-5)-5(a-3)}{(a-5)-3(a-3)} = \frac{a-5-5a+15}{a-5-3a+9} = \frac{-4a+10}{-2a+4} = \frac{-2(2a-5)}{-2(a-2)} = \frac{2a-5}{a-2}.\]
Étape 3 — Calcul de \(f(x+3)\)
\[f(x+3) = \frac{f(x+2)-5}{f(x+2)-3} = \frac{\dfrac{2a-5}{a-2}-5}{\dfrac{2a-5}{a-2}-3} = \frac{(2a-5)-5(a-2)}{(2a-5)-3(a-2)} = \frac{2a-5-5a+10}{2a-5-3a+6} = \frac{-3a+5}{-a+1} = \frac{3a-5}{a-1}.\]
Étape 4 — Calcul de \(f(x+4)\)
\[f(x+4) = \frac{f(x+3)-5}{f(x+3)-3} = \frac{\dfrac{3a-5}{a-1}-5}{\dfrac{3a-5}{a-1}-3} = \frac{(3a-5)-5(a-1)}{(3a-5)-3(a-1)} = \frac{3a-5-5a+5}{3a-5-3a+3} = \frac{-2a}{-2} = a = f(x).\]

On a donc \(f(x+4) = f(x)\) pour tout \(x\in\mathbb{R}\) : \(f\) est périodique de période 4.

\(f(x+4) = f(x)\) — \(f\) est \(4\)-périodique.
Proposition — Opérations sur les fonctions périodiques

Le troisième point utilise le fait que si \(T_1/T_2 = p/q\) (fraction irréductible), alors \(T = qT_1 = pT_2\) est une période commune à \(f\) et \(g\), donc aussi de \(f+g\).

II.3 — Formules de symétrie

Proposition — Tableau des symétries (à connaître)
Transformation \(\cos(\,\cdot\,)\) devient \(\sin(\,\cdot\,)\) devient
\(-\theta\) \(+\cos\theta\) \(-\sin\theta\)
\(\pi - \theta\) \(-\cos\theta\) \(+\sin\theta\)
\(\pi + \theta\) \(-\cos\theta\) \(-\sin\theta\)
\(\dfrac{\pi}{2} - \theta\) \(+\sin\theta\) \(+\cos\theta\)
\(\dfrac{\pi}{2} + \theta\) \(-\sin\theta\) \(+\cos\theta\)
Remarque mnémotechnique
Exemple — Lecture des symétries sur le cercle

Les figures ci-dessous illustrent les symétries pour \(\pi - x\), \(\pi + x\) et \(\tfrac\pi2 \pm x\). Le point repéré par \(x\) est \(M\) ; les autres points s'en déduisent par symétrie géométrique.

Symétries \(-x\), \(\pi-x\), \(\pi+x\)
M (x) -x π-x π+x O I J
\(\cos(-x) = \cos x\)
\(\sin(-x) = -\sin x\)
\(\cos(\pi - x) = -\cos x\)
\(\sin(\pi - x) = \sin x\)
\(\cos(\pi + x) = -\cos x\)
\(\sin(\pi + x) = -\sin x\)
Symétrie \(\tfrac\pi2 - x\) (axe \(y=x\))
y=x M (x) π/2-x O I J
\(\cos\!\left(\tfrac\pi2 - x\right) = \sin x\)
\(\sin\!\left(\tfrac\pi2 - x\right) = \cos x\)
Symétrie \(\tfrac\pi2 + x\)
M (x) π/2+x O I J
\(\cos\!\left(\tfrac\pi2 + x\right) = -\sin x\)
\(\sin\!\left(\tfrac\pi2 + x\right) = \cos x\)
Exemple — Calcul de \(\cos\!\left(\tfrac{5\pi}{6}\right)\) et \(\sin\!\left(\tfrac{5\pi}{6}\right)\)

On écrit \(\tfrac{5\pi}{6} = \pi - \tfrac{\pi}{6}\) et on applique les formules de symétrie :

\[\cos\!\left(\frac{5\pi}{6}\right) = \cos\!\left(\pi - \frac{\pi}{6}\right) = -\cos\frac{\pi}{6} = -\frac{\sqrt{3}}{2}.\] \[\sin\!\left(\frac{5\pi}{6}\right) = \sin\!\left(\pi - \frac{\pi}{6}\right) = +\sin\frac{\pi}{6} = \frac{1}{2}.\]

On contrôle sur le cercle : le point associé à \(\tfrac{5\pi}{6}\) est le symétrique par rapport à l'axe des ordonnées du point associé à \(\tfrac{\pi}{6}\) — même hauteur, abscisse opposée.

Exercice 3 — Application des formules de symétrie

Simplifier l'expression suivante :

\[E = \cos(\pi - x) + 2\sin\!\left(x + \frac\pi2\right) - 7\sin\!\left(\frac\pi2 - x\right) + \sin(x + 3\pi) + 3\sin(-x).\]
Solution — Exercice sur les formules de symétrie

On traite chaque terme en appliquant les formules de symétrie.

Terme 1 : \(\cos(\pi - x)\)
\[\cos(\pi - x) = -\cos x.\]
Terme 2 : \(2\sin\!\left(x + \tfrac\pi2\right)\)
\[2\sin\!\left(x + \frac\pi2\right) = 2\cos x.\]
Terme 3 : \(-7\sin\!\left(\tfrac\pi2 - x\right)\)
\[-7\sin\!\left(\frac\pi2 - x\right) = -7\cos x.\]
Terme 4 : \(\sin(x + 3\pi)\)

On écrit \(x + 3\pi = x + \pi + 2\pi\), puis on utilise la période \(2\pi\) puis \(\sin(\theta+\pi) = -\sin\theta\) :

\[\sin(x + 3\pi) = \sin(x + \pi) = -\sin x.\]
Terme 5 : \(3\sin(-x)\)
\[3\sin(-x) = -3\sin x.\]
Regroupement
\[E = (-\cos x) + (2\cos x) + (-7\cos x) + (-\sin x) + (-3\sin x)\] \[E = (-1 + 2 - 7)\cos x + (-1 - 3)\sin x\]
\(E = -6\cos x - 4\sin x\)

II.4 — Continuité et dérivabilité

Proposition — \(\cos\) et \(\sin\) sont continues sur \(\mathbb{R}\)

Pour démontrer ce résultat, on utilise la définition de la continuité :

Rappel — Définition de la continuité en \(a\)

\(f\) est continue en \(a\) si les trois formulations équivalentes suivantes sont vérifiées :

\[\lim_{x\to a} f(x) = f(a) \quad\iff\quad \lim_{h\to 0} f(a+h) = f(a) \quad\iff\quad \forall\varepsilon>0,\;\exists\eta>0,\;|h|<\eta\;\Longrightarrow\;|f(a+h)-f(a)|<\varepsilon.\]

La dernière formulation dit : aussi petite que soit la tolérance \(\varepsilon\) sur les valeurs, on peut trouver un voisinage \(\eta\) autour de \(a\) tel que \(f\) reste dans cette tolérance.

Pour tout \(x\in\mathbb{R}\) et tout \(h\in\mathbb{R}\), on a :

\[\sin(x+h) - \sin x = 2\cos\!\left(x+\frac{h}{2}\right)\sin\!\left(\frac{h}{2}\right).\]

On majore le membre gauche par paliers :

Étape 1 — valeur absolue du produit
\[\bigl|\sin(x+h)-\sin x\bigr| = 2\cdot\bigl|\cos\!\bigl(x+\tfrac{h}{2}\bigr)\bigr|\cdot\bigl|\sin\!\bigl(\tfrac{h}{2}\bigr)\bigr|.\]
Étape 2 — on majore \(\bigl|\cos(x+\tfrac{h}{2})\bigr|\) par 1

Puisque \(\bigl|\cos(x+\tfrac{h}{2})\bigr| \leq 1\) (encadrement II.1), on peut remplacer ce facteur par 1 — on perd en précision mais on gagne en simplicité :

\[2\cdot\bigl|\cos\!\bigl(x+\tfrac{h}{2}\bigr)\bigr|\cdot\bigl|\sin\!\bigl(\tfrac{h}{2}\bigr)\bigr| \;\leq\; 2\cdot 1 \cdot\bigl|\sin\!\bigl(\tfrac{h}{2}\bigr)\bigr| \;=\; 2\bigl|\sin\!\bigl(\tfrac{h}{2}\bigr)\bigr|.\]
Étape 3 — on majore \(\bigl|\sin(\tfrac{h}{2})\bigr|\) par \(\bigl|\tfrac{h}{2}\bigr|\)

Par l'inégalité \(|\sin u| \leq |u|\) (démontrée ci-dessous) :

\[2\bigl|\sin\!\bigl(\tfrac{h}{2}\bigr)\bigr| \leq 2\cdot\bigl|\tfrac{h}{2}\bigr| = |h|.\]
Bilan
\[0 \;\leq\; \bigl|\sin(x+h)-\sin x\bigr| \;\leq\; |h| \xrightarrow[h\to 0]{} 0.\]

Par le théorème des gendarmes, \(\bigl|\sin(x+h)-\sin x\bigr| \to 0\) quand \(h\to 0\) : \(\sin\) est continue en tout \(x\). De même pour \(\cos\).

Remarque — Sur quoi repose ce bilan ?

Deux piliers :

Formule utilisée : \(\sin p - \sin q = 2\cos\!\bigl(\tfrac{p+q}{2}\bigr)\sin\!\bigl(\tfrac{p-q}{2}\bigr)\). L'inégalité \(|\sin u| \leq |u|\) est démontrée ci-dessous.

🔍 Comprendre les majorations par paliers

Majorer, c'est trouver quelque chose de plus grand mais plus simple. On monte une échelle par paliers : à chaque étape, on remplace une expression compliquée par une borne connue, en acceptant de perdre un peu de précision.

La règle clé : \(|A \cdot B| = |A| \cdot |B|\). Donc si \(|A| \leq 1\) : \[|A \cdot B| = |A| \cdot |B| \leq 1 \cdot |B| = |B|.\] Le facteur \(A\) "disparaît" parce qu'on le remplace par sa borne supérieure 1. Si \(|A| \geq 1\), l'inégalité serait dans l'autre sens — c'est pourquoi il est crucial que ce soit \(|\cos| \leq 1\).

Analogie : vous estimez le prix d'un repas sans calculer exactement. Entrée ≤ 10€, plat ≤ 20€, dessert ≤ 8€ → total ≤ 38€. Vous avez majoré — le vrai prix est peut-être 25€, mais vous savez qu'il ne dépasse pas 38€. En analyse, une borne supérieure qui tend vers 0 suffit pour conclure à la convergence.

Proposition — Inégalité fondamentale : \(|\sin x| \leq |x|\)
\[|\sin x| \leq |x| \qquad \forall x\in\mathbb{R}.\]
Démonstration géométrique (pour \(x > 0\))
Cas \(x \in\, ]0\,;\,\tfrac\pi2]\) — argument géométrique

Sur le cercle unité, le point \(M\) associé à \(x\) a pour ordonnée \(\sin x \geq 0\). La longueur de l'arc \(\widehat{IM}\) vaut \(x\) (définition du radian). La corde verticale \(MH\) (où \(H\) est le pied de la perpendiculaire de \(M\) sur l'axe des \(x\)) vaut \(\sin x\). Une corde est toujours inférieure ou égale à l'arc :

I (1,0) O M H x arc = x corde = sin x (sin x ≥ 0 ici) Argument La corde MH relie deux points du cercle. L'arc IM passe par les mêmes points en "faisant le tour". Corde ≤ arc : sin x ≤ x
\[\sin x \leq x \quad\text{pour }x\in\,]0\,;\,\tfrac\pi2].\]
Cas \(x > \tfrac\pi2\) — inégalité triviale

Sur \(]\tfrac\pi2\,;+\infty[\), on a \(\sin x \leq 1\) et \(1 \leq \tfrac\pi2 < x\), donc \(\sin x \leq 1 < x\). A fortiori \(|\sin x| \leq x\).

Cas \(x \leq 0\) — par imparité

\(|\sin x| = |\sin(-x)| \leq |-x| = |x|\) (en appliquant le résultat à \(-x > 0\)).

Méthode — par le théorème des accroissements finis

\(\sin\) est dérivable et \(|\sin'| = |\cos| \leq 1\), donc \(|\sin x - \sin 0| \leq 1 \cdot |x - 0|\), soit \(|\sin x| \leq |x|\).

Proposition — Limites usuelles en 0
\[\lim_{x\to 0}\frac{\sin x}{x} = 1 \qquad\qquad \lim_{x\to 0}\frac{\cos x - 1}{x} = 0\]
Démonstration de \(\lim_{x\to 0}\dfrac{\sin x}{x} = 1\)

Pour \(x\in\bigl]0\,;\,\tfrac\pi2\bigr[\), on compare les aires de trois figures inscrites dans le cercle unité :

Le triangle est inclus dans le secteur, lui-même inclus dans le grand triangle :

\[\frac12\sin x \leq \frac12 x \leq \frac12\tan x.\]

On divise par \(\tfrac12\sin x > 0\) :

\[1 \leq \frac{x}{\sin x} \leq \frac{1}{\cos x}.\]

Comme \(\cos x \to 1\) quand \(x\to 0^+\), par le théorème des gendarmes : \(\dfrac{x}{\sin x} \to 1\), donc \(\dfrac{\sin x}{x} \to 1\). Pour \(x < 0\) : par imparité, \(\dfrac{\sin x}{x} = \dfrac{\sin(-x)}{-x} \to 1\).

Démonstration de \(\lim_{x\to 0}\dfrac{\cos x - 1}{x} = 0\)

On utilise la limite précédente par un calcul algébrique :

\[\frac{\cos x - 1}{x} = \frac{\cos^2 x - 1}{x(\cos x + 1)} = \frac{-\sin^2 x}{x(\cos x + 1)} = -\frac{\sin x}{x} \cdot \frac{\sin x}{\cos x + 1}.\]

Quand \(x\to 0\) : \(\dfrac{\sin x}{x} \to 1\), \(\sin x \to 0\) et \(\cos x + 1 \to 2\), donc :

\[\frac{\cos x - 1}{x} \to -1 \times \frac{0}{2} = 0.\]
Méthode — Utilisation des limites usuelles

Ces limites permettent de calculer par substitution \(u = ax\) :

\[\lim_{x\to 0}\frac{\sin(ax)}{x} = a \qquad \lim_{x\to 0}\frac{\sin(ax)}{bx} = \frac{a}{b} \qquad (b\neq 0).\]

Exemple : \(\displaystyle\lim_{x\to 0}\frac{\tan x}{x} = \lim_{x\to 0}\frac{\sin x}{x}\cdot\frac{1}{\cos x} = 1\times 1 = 1\).

II.5 — Variations et représentation graphique

Proposition — Variations de cos sur \([-\pi\,;\,\pi]\)

La dérivée de \(\cos\) est \(\cos' = -\sin\). On en déduit le tableau de variation :

\(x\) \(-\pi\) \(-\dfrac\pi2\) \(0\) \(\dfrac\pi2\) \(\pi\)
\(\cos'(x) = -\sin x\) \(+\) \(0\) \(+\) \(0\) \(-\) \(0\) \(-\)
\(\cos x\) \(-1\) \(0\) \(1\) \(0\) \(-1\)
Proposition — Variations de sin sur \(\bigl[-\tfrac\pi2\,;\,\tfrac{3\pi}2\bigr]\)

La dérivée de \(\sin\) est \(\sin' = \cos\). On en déduit le tableau de variation :

\(x\) \(-\dfrac\pi2\) \(0\) \(\dfrac\pi2\) \(\pi\) \(\dfrac{3\pi}2\)
\(\sin'(x) = \cos x\) \(0\) \(+\) \(1\) \(+\) \(0\) \(-\) \(-1\) \(-\) \(0\)
\(\sin x\) \(-1\) \(0\) \(1\) \(0\) \(-1\)

La monotonie stricte de \(\cos\) sur \([0;\pi]\) est fondamentale : elle garantit la bijectivité de la restriction qui définit arccos, et donc l'unicité du \(\theta\in[0;\pi]\) vérifiant \(\cos\theta = x\).

Exercice 4 — Étude des variations de \(f(x) = \sin^2 x + \cos x\)

Étudier les variations de \(f : x \mapsto \sin^2 x + \cos x\) sur \([0\,;\,\pi]\). Déterminer ses extrema.

Solution
Étape 1 — Dérivée

On dérive en utilisant \((\sin^2 x)' = 2\sin x \cos x = \sin(2x)\) :

\[f'(x) = 2\sin x\cos x - \sin x = \sin x\,(2\cos x - 1).\]
Étape 2 — Signe de \(f'\) sur \([0\,;\,\pi]\)

Sur \([0\,;\,\pi]\), \(\sin x \geq 0\). Le signe de \(f'\) est donc celui de \((2\cos x - 1)\).

\[2\cos x - 1 = 0 \iff \cos x = \frac12 \iff x = \frac\pi3 \quad\text{(sur }[0\,;\,\pi]\text{)}.\]
Étape 3 — Tableau de variation
\(x\) \(0\) \(\dfrac\pi3\) \(\pi\)
\(f'(x)\) \(0\) \(+\) \(0\) \(-\) \(0\)
\(f(x)\) \(1\) \(\dfrac54\) \(-1\)
Étape 4 — Valeurs aux bornes et en π/3
\[f(0) = 0 + 1 = 1.\] \[f\!\left(\frac\pi3\right) = \sin^2\!\left(\frac\pi3\right) + \cos\!\left(\frac\pi3\right) = \frac34 + \frac12 = \frac54.\] \[f(\pi) = 0 + (-1) = -1.\]
Maximum en \(x = \dfrac\pi3\) : \(f\!\left(\dfrac\pi3\right) = \dfrac54\). \quad Minimum en \(x = \pi\) : \(f(\pi) = -1\).

III — Formules fondamentales

Proposition — Relation fondamentale de la trigonométrie
\[\cos^2\theta + \sin^2\theta = 1 \qquad \forall\,\theta\in\mathbb{R}.\]

Déjà établie en I.1 (M est sur le cercle unité). On la rappelle ici car elle est utilisée dans toutes les démonstrations de cette section.

Méthode — Quand utiliser \(\cos^2\theta + \sin^2\theta = 1\) ?

III.1 — Formules d'addition

Théorème — Formules d'addition

Pour tous réels \(a, b\) :

\[\cos(a+b) = \cos a\cos b - \sin a\sin b\] \[\cos(a-b) = \cos a\cos b + \sin a\sin b\] \[\sin(a+b) = \sin a\cos b + \cos a\sin b\] \[\sin(a-b) = \sin a\cos b - \cos a\sin b\]

III.2 — Duplication et demi-angle

Proposition — Formules de duplication (cas \(a = b\))
\[\cos(2\theta) = \cos^2\theta - \sin^2\theta = 2\cos^2\theta - 1 = 1 - 2\sin^2\theta\] \[\sin(2\theta) = 2\sin\theta\cos\theta\]
Corollaire — Formules de demi-angle (Formule de linéarisation)
\[\cos^2\theta = \frac{1+\cos(2\theta)}{2} \qquad\qquad \sin^2\theta = \frac{1-\cos(2\theta)}{2}\]

Utiles pour calculer \(\cos(\pi/8)\), \(\sin(\pi/8)\), etc.  ⟶ DM5 Q1–Q2

Méthode — Calcul de \(\cos(\pi/8)\) et \(\cos(3\pi/8)\)  ⟶ DM5 Q1
Calcul de \(\cos(\pi/8)\)

On pose \(\theta = \pi/8\), soit \(2\theta = \pi/4\). La formule de demi-angle donne :

\[\cos^2\!\left(\frac\pi8\right) = \frac{1+\cos(\pi/4)}{2} = \frac{1+\frac{\sqrt{2}}{2}}{2} = \frac{2+\sqrt{2}}{4}.\]

Comme \(\pi/8\in\bigl[0;\pi/2\bigr]\), on a \(\cos(\pi/8)>0\), donc :

\(\cos\!\left(\dfrac\pi8\right) = \dfrac{\sqrt{2+\sqrt{2}}}{2}\)
Calcul de \(\cos(3\pi/8)\)

On pose \(\theta = 3\pi/8\), soit \(2\theta = 3\pi/4\). On a \(\cos(3\pi/4) = -\sqrt{2}/2\) :

\[\cos^2\!\left(\frac{3\pi}{8}\right) = \frac{1+\cos(3\pi/4)}{2} = \frac{1-\frac{\sqrt{2}}{2}}{2} = \frac{2-\sqrt{2}}{4}.\]

Comme \(3\pi/8\in\bigl[0;\pi/2\bigr]\), on a \(\cos(3\pi/8)>0\), donc :

\(\cos\!\left(\dfrac{3\pi}{8}\right) = \dfrac{\sqrt{2-\sqrt{2}}}{2}\)

Pour Q2 : \(\sin(\pi/8) = \cos(\pi/2 - \pi/8) = \cos(3\pi/8)\) et \(\sin(3\pi/8) = \cos(\pi/8)\) (angles complémentaires).

III.3 — Formule de triplication  ⟶ DM5 Q3 et Q4

Théorème — Formules de triplication
\[\cos(3\theta) = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta\] \[\sin(3\theta) = 3\sin\theta - 4\sin^3\theta\]
Démonstration de \(\cos(3\theta) = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta\)

On développe via la formule d'addition : \(\cos(3\theta) = \cos(2\theta + \theta)\) :

\[\cos(3\theta) = \cos(2\theta)\cos\theta - \sin(2\theta)\sin\theta.\]

On substitue \(\cos(2\theta) = 2\cos^2\theta-1\) et \(\sin(2\theta)=2\sin\theta\cos\theta\) :

\[= (2\cos^2\theta-1)\cos\theta - 2\sin^2\theta\cos\theta = 2\cos^3\theta - \cos\theta - 2(1-\cos^2\theta)\cos\theta = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta.\]
Exemple — Lien avec l'équation du DM5  ⟶ DM5 Q4(a)

Pour \(x\in[-1;1]\), poser \(x=\cos\theta\) avec \(\theta\in[0;\pi]\). Alors :

\[8x^3 - 6x = \sqrt{2-\sqrt{2}} \iff 2\underbrace{(4\cos^3\theta - 3\cos\theta)}_{=\;\cos(3\theta)} = \sqrt{2-\sqrt{2}} \iff \cos(3\theta) = \frac{\sqrt{2-\sqrt{2}}}{2} = \cos\!\left(\frac{3\pi}{8}\right).\]

III.4 — Formules de Simpson (produit → somme)

Proposition
\[\cos a\cos b = \tfrac12\bigl[\cos(a-b) + \cos(a+b)\bigr]\] \[\sin a\sin b = \tfrac12\bigl[\cos(a-b) - \cos(a+b)\bigr]\] \[\sin a\cos b = \tfrac12\bigl[\sin(a+b) + \sin(a-b)\bigr]\]

S'obtiennent en additionnant ou soustrayant deux formules d'addition pour cos ou sin.

IV — Trigonométrie et triangle rectangle

Dans un triangle rectangle, les fonctions cos et sin ont une interprétation géométrique directe en termes de rapports de longueurs. Cette section établit le lien entre la définition par le cercle unité et la définition classique par les côtés du triangle.

Définition — Sinus, cosinus et tangente dans un triangle rectangle

Soit un triangle rectangle en \(A\), d'angle \(x\) en \(O\) avec \(x\in\left]0;\tfrac\pi2\right[\). On note \(OB\) l'hypoténuse, \(OA\) le côté adjacent à \(x\) et \(AB\) le côté opposé à \(x\).

x O A B adjacent = OA opposé = AB hypoténuse = OB
\[\cos x = \frac{\text{côté adjacent}}{\text{hypoténuse}} = \frac{OA}{OB} \qquad \sin x = \frac{\text{côté opposé}}{\text{hypoténuse}} = \frac{AB}{OB} \qquad \tan x = \frac{\text{côté opposé}}{\text{côté adjacent}} = \frac{AB}{OA}\]
Méthode — Moyen mnémotechnique : SOH-CAH-TOA

SOH  ·  CAH  ·  TOA

Théorème — Al-Kashi (généralisation de Pythagore)

Dans un triangle \(ABC\) quelconque, en notant \(a = BC\), \(b = CA\), \(c = AB\) et \(\hat A\), \(\hat B\), \(\hat C\) les angles aux sommets correspondants :

\[a^2 = b^2 + c^2 - 2bc\cos\hat A\] \[b^2 = a^2 + c^2 - 2ac\cos\hat B\] \[c^2 = a^2 + b^2 - 2ab\cos\hat C\]

Pour \(\hat A = \pi/2\), on retrouve le théorème de Pythagore : \(a^2 = b^2 + c^2\).

Démonstration de \(a^2 = b^2 + c^2 - 2bc\cos\hat A\)
Construction — abaisser la hauteur depuis C

On abaisse la hauteur \(h\) depuis \(C\) sur la droite \((AB)\), de pied \(H\). Cela crée deux triangles rectangles \(CHA\) et \(CHB\).

A B C H b a c h b·cos A c − b·cos A Triangle CHA AH = b·cos  h² = b² − b²cos²Â Triangle CHB HB = c − b·cos  a² = h² + HB²
Dans le triangle CHA rectangle en H

Par Pythagore et trigonométrie :

\[AH = b\cos\hat A \qquad h^2 = b^2 - b^2\cos^2\hat A.\]
Dans le triangle CHB rectangle en H

On a \(HB = AB - AH = c - b\cos\hat A\). Par Pythagore :

\[a^2 = h^2 + HB^2 = \bigl(b^2 - b^2\cos^2\hat A\bigr) + \bigl(c - b\cos\hat A\bigr)^2.\]
Développement
\[a^2 = b^2 - b^2\cos^2\hat A + c^2 - 2bc\cos\hat A + b^2\cos^2\hat A\] \[a^2 = b^2 + c^2 - 2bc\cos\hat A.\]
Remarque — Cas obtusangle

Si \(\hat A\) est obtus, le pied \(H\) tombe à l'extérieur de \([AB]\). Mais \(\cos\hat A < 0\), donc \(b\cos\hat A < 0\), et le calcul algébrique reste identique — le signe de \(\cos\hat A\) gère automatiquement les deux cas.

Théorème — Loi des sinus

Dans un triangle \(ABC\) :

\[\frac{a}{\sin\hat A} = \frac{b}{\sin\hat B} = \frac{c}{\sin\hat C}\]
Démonstration (cas acutangle)

On trace la hauteur \(h\) issue de \(C\), de pied \(H\) sur \([AB]\).

h  A B C H a b c AH HB

Dans le triangle CHA, rectangle en \(H\) :

\[\sin\hat A = \frac{h}{b} \quad\Longrightarrow\quad h = b\sin\hat A.\]

Dans le triangle CHB, rectangle en \(H\) :

\[\sin\hat B = \frac{h}{a} \quad\Longrightarrow\quad h = a\sin\hat B.\]

En égalisant les deux expressions de \(h\) :

\[b\sin\hat A = a\sin\hat B \quad\Longrightarrow\quad \frac{a}{\sin\hat A} = \frac{b}{\sin\hat B}.\]

Par le même raisonnement en traçant la hauteur issue de \(B\), on obtient \(\dfrac{b}{\sin\hat B} = \dfrac{c}{\sin\hat C}\), d'où :

\[\frac{a}{\sin\hat A} = \frac{b}{\sin\hat B} = \frac{c}{\sin\hat C}.\]
Remarque — Cas obtusangle

Si le triangle est obtusangle en \(B\), le pied \(H\) tombe à l'extérieur de \([AB]\). On a alors \(\sin(\pi - \hat B) = \sin\hat B\), donc le résultat reste valide.

Théorème — Loi des sinus et cercle circonscrit

Dans un triangle \(ABC\) de rayon du cercle circonscrit \(R\) :

\[\frac{a}{\sin\hat A} = \frac{b}{\sin\hat B} = \frac{c}{\sin\hat C} = 2R\]
Démonstration loi des sinus et cercle circonscrit
Démonstration de \(a/\sin\hat A = 2R\)

Soit \(O\) le centre du cercle circonscrit de rayon \(R\), et \(\hat A = \alpha\).

Étape 1 — Théorème de l'angle au centre

L'angle \(\widehat{BOC}\) est un angle au centre qui intercepte le même arc \(BC\) que l'angle inscrit \(\hat A = \alpha\). Par le théorème de l'angle au centre :

\[\widehat{BOC} = 2\alpha.\]
Étape 2 — Triangle BOC isocèle en O

Le triangle \(BOC\) est isocèle en \(O\) car \(OB = OC = R\). Dans un triangle isocèle, la bissectrice issue du sommet (ici \(O\)) est aussi la hauteur et la médiane : elle coupe la base \(BC\) en son milieu \(H\) à angle droit.

Étape 3 — Calcul dans le triangle rectangle BOH

La bissectrice issue de \(O\) divise l'angle \(\widehat{BOC} = 2\alpha\) en deux angles égaux, donc \(\widehat{BOH} = \alpha\). Dans le triangle rectangle \(BOH\) :

\[\sin\alpha = \frac{BH}{OB} = \frac{a/2}{R}\]

donc \(a = 2R\sin\alpha\), ce qui donne bien :

\[\frac{a}{\sin\hat A} = 2R.\]

Par symétrie, le même raisonnement s'applique aux côtés \(b\) et \(c\).

Théorème — Formule de Héron

L'aire d'un triangle de côtés \(a\), \(b\), \(c\) est :

\[\mathcal{A} = \sqrt{s(s-a)(s-b)(s-c)} \qquad \text{où} \quad s = \frac{a+b+c}{2}\]

\(s\) est le demi-périmètre du triangle.

Démonstration

Appelons \(E\) le pied de la hauteur issue de \(A\) sur \([BC]\), \(x = EC\) et \(h = AE\). L'aire vaut \(\mathcal{A} = \tfrac12 ah\).

Triangle pour la démonstration de la formule de Héron
Étape 1 — Exprimer h en fonction de a, b, c

Le théorème de Pythagore dans les deux triangles rectangles \(AEB\) et \(AEC\) donne :

\[c^2 = h^2 + x^2 \qquad\text{et}\qquad b^2 = h^2 + (a-x)^2.\]

En soustrayant : \(b^2 - c^2 = (a-x)^2 - x^2 = a^2 - 2ax\), donc :

\[x = \frac{a^2 + c^2 - b^2}{2a} \qquad\text{puis}\qquad h^2 = c^2 - x^2 = c^2 - \left(\frac{a^2+c^2-b^2}{2a}\right)^2.\]
Étape 2 — Calculer A²
\[\mathcal{A}^2 = \frac{1}{4}a^2 h^2 = \frac{1}{4}a^2c^2 - \frac{1}{16}(a^2+c^2-b^2)^2 = \frac{1}{16}\bigl(4a^2c^2 - (a^2+c^2-b^2)^2\bigr).\]
Étape 3 — Factoriser par différence de carrés
\[\mathcal{A}^2 = \frac{1}{16}(2ac - a^2 - c^2 + b^2)(2ac + a^2 + c^2 - b^2) = \frac{1}{16}\bigl(b^2-(a-c)^2\bigr)\bigl((a+c)^2-b^2\bigr)\] \[= \frac{1}{16}(b-a+c)(b+a-c)(a+c-b)(a+b+c).\]
Étape 4 — Introduire le demi-périmètre \(s = (a+b+c)/2\)

On a \(a+b+c = 2s\), \(b+c-a = 2(s-a)\), \(a+c-b = 2(s-b)\), \(a+b-c = 2(s-c)\), donc :

\[\mathcal{A}^2 = \frac{1}{16} \cdot 2(s-c)\cdot 2(s-a)\cdot 2(s-b)\cdot 2s = s(s-a)(s-b)(s-c).\]

En prenant la racine (aire positive) :

\[\mathcal{A} = \sqrt{s(s-a)(s-b)(s-c)}.\]
Remarque — Aire via le sinus

On dispose aussi de la formule directe :

\[\mathcal{A} = \frac{1}{2}\,bc\sin\hat A = \frac{1}{2}\,ac\sin\hat B = \frac{1}{2}\,ab\sin\hat C.\]
Démonstration

On prend la base \(a = BC\) et la hauteur \(h\) issue de \(A\). Dans le triangle rectangle \(AEB\) (où \(E\) est le pied de la hauteur) :

 B C A E h c b a

Dans le triangle rectangle \(AEB\) :

\[\sin\hat A = \frac{h}{c} \quad\Longrightarrow\quad h = c\sin\hat A.\]

L'aire du triangle vaut alors :

\[\mathcal{A} = \frac{1}{2} \times a \times h = \frac{1}{2} \times a \times c\sin\hat A = \frac{1}{2}\,ac\sin\hat B.\]

Par symétrie en choisissant successivement les bases \(b\) et \(c\), on obtient les deux autres formes.

V — La fonction tangente

Définition

Pour tout \(\theta \notin \frac\pi2 + \mathbb{Z}\pi\) :

\[\tan\theta = \frac{\sin\theta}{\cos\theta}.\]
🔍 Pourquoi tan = sin / cos ?

Trois lectures géométriques convergent vers la même définition.

1. Tan = pente d'une droite
x y O B θ Δx (adj. = cos) Δy (opp. = sin) pente = sin/cos = tan θ
2. Lecture sur le cercle
O tangente I M T IT = tan θ θ La "tangente" au cercle donne son nom
3. Dans un triangle rectangle
θ O A B adj = OA opp = AB hyp = OB tan θ = AB/OA = (AB/OB)÷(OA/OB) = sin θ/cos θ
Remarque — Théorème de Thalès et ordonnée T

Sur la figure 2, le triangle \(OIT\) et le triangle \(OMH\) (où \(H\) est le pied de la perpendiculaire de \(M\) sur \(OI\)) sont semblables par le théorème de Thalès (droites \(MH\) et \(IT\) parallèles). On obtient :

\[\frac{IT}{OI} = \frac{MH}{OH} \quad\Longrightarrow\quad IT = \frac{MH}{OH} = \frac{\sin x}{\cos x}.\]

L'ordonnée du point \(T\) sur la droite tangente en \(I\) s'appelle la tangente de \(x\) — c'est l'origine historique du nom.

Cercle trigonométrique
Proposition — Propriétés de tan
Remarque — Condition sur le domaine

Pour tout \(x\in\mathbb{R}\) :

\[\cos x \neq 0 \quad\Longleftrightarrow\quad x \neq \frac\pi2 + k\pi,\; k\in\mathbb{Z}.\]

En effet, \(\cos x = 0\) si et seulement si le point associé à \(x\) a pour abscisse \(0\), c'est-à-dire se trouve sur l'axe des ordonnées, ce qui se produit exactement pour \(x = \tfrac\pi2 + k\pi\), \(k\in\mathbb{Z}\).

Proposition — Dérivabilité et dérivée de tan

La fonction \(\tan\) est dérivable sur son domaine \(\mathbb{R}\setminus\bigl\{\tfrac\pi2 + k\pi,\; k\in\mathbb{Z}\bigr\}\) et :

\[\tan'(x) = 1 + \tan^2(x) = \frac{1}{\cos^2 x}.\]

En particulier, \(\tan'(x) = \dfrac{1}{\cos^2 x} > 0\) sur tout son domaine, donc \(\tan\) est strictement croissante sur chaque intervalle \(\left]-\tfrac\pi2 + k\pi\,;\,\tfrac\pi2 + k\pi\right[\), \(k\in\mathbb{Z}\).

Remarque — Pourquoi tan est \(\pi\)-périodique et non \(2\pi\)-périodique

Preuve directe depuis la définition :

\[\tan(x+\pi) = \frac{\sin(x+\pi)}{\cos(x+\pi)} = \frac{-\sin x}{-\cos x} = \tan x.\]

Donc \(\pi\) est bien une période. Et \(2\pi\) est aussi une période (tout multiple d'une période l'est), mais ce n'est pas la période minimale.

Pourquoi 2π ne suffit pas à décrire le comportement :

Sur \([0\,;2\pi[\), tan a deux branches — elle diverge en \(\tfrac\pi2\) et repart de \(-\infty\). Elle complète donc deux cycles en \(2\pi\), pas un seul. La période fondamentale est bien \(\pi\).

Argument géométrique :

Sur le cercle, \(M(x)\) et \(M(x+\pi)\) sont symétriques par rapport à O : \[(\cos(x+\pi),\;\sin(x+\pi)) = (-\cos x,\;-\sin x).\] Le rapport \(\sin/\cos\) donne le même résultat car les deux signes se compensent. Un demi-tour suffit à retrouver la même valeur de tan — contrairement à sin et cos qui nécessitent un tour complet pour revenir au même point.

Fonction Un demi-tour restitue la même valeur ? Période fondamentale
\(\sin,\;\cos\) Non — il faut revenir au même point \(2\pi\)
\(\tan\) Oui — sin et cos changent de signe ensemble, le rapport est invariant \(\pi\)

C'est la différence entre l'invariance du point (sin, cos) et l'invariance du rapport (tan). Écrire \(+2k\pi\) ne décrirait qu'un intervalle sur deux — on raterait par exemple \(]\tfrac\pi2\,;\,\tfrac{3\pi}2[\).

Proposition — Tableau de variation de tan sur \(\left]-\tfrac\pi2\,;\,\tfrac\pi2\right[\)
\(x\) \(-\dfrac\pi2\) \(0\) \(\dfrac\pi2\)
\(\tan'(x) = \dfrac{1}{\cos^2 x}\) \(+\) \(1\) \(+\)
\(\tan x\) \(-\infty\) \(0\) \(+\infty\)
Démonstration

On dérive \(\tan x = \dfrac{\sin x}{\cos x}\) par la règle du quotient \(\left(\dfrac{u}{v}\right)' = \dfrac{u'v - uv'}{v^2}\) avec \(u = \sin x\), \(v = \cos x\) :

\[\tan'(x) = \frac{\cos x \cdot \cos x - \sin x \cdot (-\sin x)}{\cos^2 x} = \frac{\cos^2 x + \sin^2 x}{\cos^2 x} = \frac{1}{\cos^2 x}.\]

On reconnaît \(1 + \tan^2 x = 1 + \dfrac{\sin^2 x}{\cos^2 x} = \dfrac{\cos^2 x + \sin^2 x}{\cos^2 x} = \dfrac{1}{\cos^2 x}\), d'où les deux formes équivalentes.

Remarque — Tangente à la courbe de tan en 0

En \(x = 0\) : \(\tan'(0) = \dfrac{1}{\cos^2 0} = \dfrac{1}{1} = 1\).

La tangente à la courbe de \(\tan\) au point \((0, \tan(0)) = (0, 0)\) a pour pente \(\tan'(0) = 1\) et passe par l'origine, donc son équation est :

\[(T_{\tan})_0 \;:\; y = x.\]

Ceci est cohérent avec la limite usuelle \(\displaystyle\lim_{x\to 0}\frac{\tan x}{x} = 1\) (établie en II.4) : au voisinage de 0, \(\tan x \approx x\). La droite \(y = x\) est aussi la bissectrice des axes — ce qui explique géométriquement pourquoi arctan et tan sont "proches" de l'identité près de l'origine, et pourquoi leurs courbes se coupent à 45° en O.

Remarque — Formules de symétrie de tan et lecture géométrique

Sur le cercle trigonométrique, tan se lit sur deux droites verticales de directions opposées :

On en déduit les formules de symétrie :

Formule Lecture géométrique Calcul algébrique
\(\tan(\pi - x) = -\tan x\) M' symétrique de M / axe des y → rayon coupe \(x=-1\) à la même hauteur que T sur \(x=1\), mais orientation inversée → valeur opposée. \(\dfrac{\sin(\pi-x)}{\cos(\pi-x)} = \dfrac{\sin x}{-\cos x} = -\tan x\)
\(\tan(\pi + x) = \tan x\) M'' symétrique de M / O → rayon coupe \(x=1\) au même point T (même droite, même sens). C'est la périodicité \(\pi\). \(\dfrac{\sin(\pi+x)}{\cos(\pi+x)} = \dfrac{-\sin x}{-\cos x} = \tan x\)
\(\tan\!\left(\tfrac\pi2 - x\right) = \dfrac{1}{\tan x}\) Le rayon devient quasi-vertical quand \(x\to\tfrac\pi2\) : T monte vers \(\pm\infty\). On ne peut plus lire sur les droites verticales → on passe par le calcul. \(\dfrac{\sin(\frac\pi2-x)}{\cos(\frac\pi2-x)} = \dfrac{\cos x}{\sin x} = \dfrac{1}{\tan x}\)
\(\tan\!\left(\tfrac\pi2 + x\right) = -\dfrac{1}{\tan x}\) Même raison : T tend vers \(\pm\infty\) → lecture géométrique impossible → calcul algébrique. \(\dfrac{\sin(\frac\pi2+x)}{\cos(\frac\pi2+x)} = \dfrac{\cos x}{-\sin x} = -\dfrac{1}{\tan x}\)

Les formules \(\tan(\tfrac\pi2\pm x)\) font apparaître la cotangente \(\cotan x = \dfrac{1}{\tan x} = \dfrac{\cos x}{\sin x}\), définie pour \(x\notin\mathbb{Z}\pi\). Ces formules montrent que tan et cotan sont "duales" par translation de \(\tfrac\pi2\).

Proposition — Formules d'addition avec tan
\[\tan(a+b) = \frac{\tan a + \tan b}{1 - \tan a\tan b} \qquad\qquad 1 + \tan^2\theta = \frac{1}{\cos^2\theta}\]

Et le cas particulier \(b = a\) :

\[\tan(2a) = \frac{2\tan a}{1 - \tan^2 a} \qquad\text{pour } a \notin \left\{\frac\pi4 + \frac{k\pi}{2},\; k\in\mathbb{Z}\right\}.\]
Démonstration à partir des formules d'addition
Formule \(1+\tan^2\theta\)

On divise la relation fondamentale \(\cos^2\theta+\sin^2\theta=1\) par \(\cos^2\theta \neq 0\) :

\[1 + \frac{\sin^2\theta}{\cos^2\theta} = \frac{1}{\cos^2\theta} \quad\Longrightarrow\quad 1+\tan^2\theta = \frac{1}{\cos^2\theta}.\]
Formule \(\tan(a+b)\)

On part de la définition et des formules d'addition :

\[\tan(a+b) = \frac{\sin(a+b)}{\cos(a+b)} = \frac{\sin a\cos b + \cos a\sin b}{\cos a\cos b - \sin a\sin b}.\]

On divise numérateur et dénominateur par \(\cos a\cos b \neq 0\) :

\[= \frac{\dfrac{\sin a}{\cos a} + \dfrac{\sin b}{\cos b}}{1 - \dfrac{\sin a}{\cos a}\cdot\dfrac{\sin b}{\cos b}} = \frac{\tan a + \tan b}{1 - \tan a\tan b}.\]
Formule \(\tan(2a)\) — cas \(b = a\)

On pose \(b = a\) dans la formule précédente :

\[\tan(2a) = \frac{\tan a + \tan a}{1 - \tan a \cdot \tan a} = \frac{2\tan a}{1 - \tan^2 a}.\]
Conditions d'existence

Deux conditions sont nécessaires :

Cette deuxième condition s'interprète directement : \(\tan(2a)\) est défini ssi \(2a \neq \dfrac\pi2 + k\pi\), soit \(a \neq \dfrac\pi4 + \dfrac{k\pi}{2}\) — ce qui regroupe les deux conditions. En effet :

\[a \notin \left\{\frac\pi4 + \frac{k\pi}{2},\; k\in\mathbb{Z}\right\} = \left\{\ldots,\; -\frac{3\pi}4,\; -\frac\pi4,\; \frac\pi4,\; \frac{3\pi}4,\; \frac{5\pi}4,\;\ldots\right\}.\]

Ce sont exactement les valeurs où soit \(\tan a\) n'est pas défini (\(a = \tfrac\pi2 + k\pi\)), soit le dénominateur s'annule (\(a = \tfrac\pi4 + k\pi\) ou \(a = -\tfrac\pi4 + k\pi\)).

Proposition — Limites et croissances comparées de tan
\[\lim_{x\to\left(\frac\pi2\right)^-} \tan x = +\infty \qquad\qquad \lim_{x\to\left(\frac\pi2\right)^+} \tan x = -\infty\]

La droite \(x = \tfrac\pi2\) est une asymptote verticale de la courbe de tan (et de même pour \(x = \tfrac\pi2 + k\pi\) par périodicité).

\[\lim_{x\to 0}\frac{\tan x}{x} = 1\]

Au voisinage de 0, \(\tan x \sim x\) : cohérent avec la tangente à la courbe en O d'équation \(y = x\).

Démonstration
Limites en \(\pm\tfrac\pi2\)

En \(x\to\tfrac\pi2^-\) : \(\cos x \to 0^+\) et \(\sin x \to 1 > 0\), donc \(\tan x = \dfrac{\sin x}{\cos x} \to +\infty\).

En \(x\to\tfrac\pi2^+\) : \(\cos x \to 0^-\) et \(\sin x \to 1 > 0\), donc \(\tan x = \dfrac{\sin x}{\cos x} \to -\infty\).

Limite \(\dfrac{\tan x}{x}\) en 0

On factorise :

\[\frac{\tan x}{x} = \frac{\sin x}{x} \cdot \frac{1}{\cos x}.\]

Quand \(x\to 0\) : \(\dfrac{\sin x}{x} \to 1\) (limite usuelle, II.4) et \(\dfrac{1}{\cos x} \to 1\), donc :

\[\lim_{x\to 0}\frac{\tan x}{x} = 1 \times 1 = 1.\]
Exercice 5 — Substitution \(t = \tan\!\left(\tfrac{x}{2}\right)\)

Sans se soucier du domaine de définition, exprimer \(\dfrac{\cos x}{1 + \sin x}\) en fonction de \(t = \tan\!\left(\dfrac{x}{2}\right)\).

Solution

On utilise les formules de l'arc moitié : en posant \(t = \tan\!\bigl(\tfrac{x}{2}\bigr)\), on a les expressions universelles :

\[\cos x = \frac{1-t^2}{1+t^2} \qquad \sin x = \frac{2t}{1+t^2}.\]
Vérification des formules de l'arc moitié

On pose \(u = x/2\). Par les formules de duplication : \[\cos x = \cos(2u) = 1 - 2\sin^2 u = \frac{\cos^2 u - \sin^2 u}{\cos^2 u + \sin^2 u} = \frac{1 - \tan^2 u}{1 + \tan^2 u} = \frac{1-t^2}{1+t^2}.\] \[\sin x = \sin(2u) = 2\sin u\cos u = \frac{2\sin u\cos u}{\cos^2 u + \sin^2 u} = \frac{2\tan u}{1+\tan^2 u} = \frac{2t}{1+t^2}.\]

Calcul de \(\dfrac{\cos x}{1+\sin x}\)
\[\frac{\cos x}{1+\sin x} = \frac{\dfrac{1-t^2}{1+t^2}}{1 + \dfrac{2t}{1+t^2}} = \frac{\dfrac{1-t^2}{1+t^2}}{\dfrac{1+t^2+2t}{1+t^2}} = \frac{1-t^2}{1+t^2+2t} = \frac{1-t^2}{(1+t)^2} = \frac{(1-t)(1+t)}{(1+t)^2} = \frac{1-t}{1+t}.\]
\(\dfrac{\cos x}{1+\sin x} = \dfrac{1 - \tan\!\left(\tfrac{x}{2}\right)}{1 + \tan\!\left(\tfrac{x}{2}\right)}\)

Cette substitution \(t = \tan(x/2)\) est très utile en intégration pour transformer des fractions rationnelles en sin et cos en fractions rationnelles en \(t\).

Courbe de tan avec point d'inflexion en O

VI — Équations trigonométriques

Théorème — Solutions générales (\(k\in\mathbb{Z}\))
ÉquationSolutions généralesNotation modulo
\(\cos\theta=\cos\alpha\) \(\theta = \alpha + 2k\pi\quad\) ou \(\quad\theta = -\alpha + 2k\pi\) \(\theta \equiv \alpha\ [2\pi]\quad\) ou \(\quad\theta \equiv -\alpha\ [2\pi]\)
\(\sin\theta=\sin\alpha\) \(\theta = \alpha + 2k\pi\quad\) ou \(\quad\theta = \pi-\alpha + 2k\pi\) \(\theta \equiv \alpha\ [2\pi]\quad\) ou \(\quad\theta \equiv \pi-\alpha\ [2\pi]\)
\(\tan\theta=\tan\alpha\) \(\theta = \alpha + k\pi\) \(\theta \equiv \alpha\ [\pi]\)
Résolution géométrique des équations trigonométriques
Remarque — Lecture géométrique

Sur le cercle trigonométrique, \(\cos\theta = \cos\alpha\) signifie que les points associés à \(\theta\) et \(\alpha\) ont la même abscisse : il y a exactement deux positions possibles, \(\alpha\) et \(-\alpha\) (symétriques par rapport à l'axe des \(x\)).

De même, \(\sin\theta = \sin\alpha\) signifie même ordonnée : les deux positions sont \(\alpha\) et \(\pi - \alpha\) (symétriques par rapport à l'axe des \(y\)).

Lorsque l'équation porte sur un multiple d'angle (ex. \(\cos(3\theta)=\cos\alpha\)), trouver d'abord toutes les valeurs de \(3\theta\), puis diviser par 3, et enfin filtrer selon l'intervalle imposé sur \(\theta\).
Méthode — Résolution par substitution trigonométrique  ⟶ DM5 Q4 complet
  1. Reconnaître la forme \(4t^3 - 3t = c\) avec \(c\in[-1;1]\).
  2. Poser \(x = \cos\theta\) avec \(\theta\in[0;\pi]\) (bijectivité d'arccos → unicité).
  3. Identifier \(4\cos^3\theta - 3\cos\theta = \cos(3\theta)\).
  4. Résoudre \(\cos(3\theta) = c\) sur l'intervalle induit pour \(3\theta\).
  5. Revenir aux \(x_i = \cos\theta_i\) ; exprimer en radicaux si demandé.
Résolution complète de \(8x^3 - 6x - \sqrt{2-\sqrt{2}} = 0\)  (DM5 Q4c–e)
Étape 1 — Substitution

\(x=\cos\theta\), \(\theta\in[0;\pi]\), d'où \(3\theta\in[0;3\pi]\) :

\[2\cos(3\theta) = \sqrt{2-\sqrt{2}} = 2\cos\!\left(\frac{3\pi}8\right) \iff \cos(3\theta)=\cos\!\left(\frac{3\pi}8\right).\]
Étape 2 — Résolution en \(3\theta\)

Famille 1 : \(\theta_1=\tfrac\pi8\) (\(k=0\)) et \(\theta_2=\tfrac{19\pi}{24}\) (\(k=1\)).

Famille 2 : \(\theta_3=\tfrac{13\pi}{24}\) (\(k=1\)).

Étape 3 — Solutions (Q4c)
\[x_1 = \cos\!\left(\frac\pi8\right) = \frac{\sqrt{2+\sqrt{2}}}{2}, \qquad x_2 = \cos\!\left(\frac{19\pi}{24}\right), \qquad x_3 = \cos\!\left(\frac{13\pi}{24}\right).\]
Étape 4 — Conclusion (Q4d)

Le polynôme est de degré 3, il a au plus 3 racines réelles. On en a trouvé 3 : c'est l'ensemble solution complet.

Étape 5 — Expression en radicaux (Q4e)

Décomposer \(\tfrac{13\pi}{24} = \tfrac\pi3+\tfrac\pi8\) et appliquer la formule d'addition de cos en utilisant \(\cos(\pi/8)\), \(\sin(\pi/8)\), \(\cos(\pi/3)\), \(\sin(\pi/3)\).

Complément — Substitution trigonométrique vs méthode de Cardan

La méthode de Cardan résout \(t^3 + pt + q = 0\) algébriquement, mais produit des radicaux cubiques d'expressions complexes (le casus irreducibilis) dès que le discriminant est positif (trois racines réelles distinctes). La substitution \(x=\cos\theta\) est alors bien plus élégante.

Exercice 6 — Équations et inéquation trigonométriques
  1. Résoudre dans \(\mathbb{R}\) : \(\cos\!\left(\dfrac{x}{2}\right) = \dfrac{\sqrt{3}}{2}\).
  2. Résoudre dans \(\mathbb{R}\) : \(\sin(3x) = \cos(2x)\).
  3. Résoudre dans \(\mathbb{R}\) : \(\sin(x) \leq \dfrac{\sqrt{3}}{2}\).
Solution — Exercices sur les équations trigonométriques
Exercice 1 — \(\cos\!\left(\dfrac{x}{2}\right) = \dfrac{\sqrt{3}}{2}\)

On reconnaît \(\dfrac{\sqrt{3}}{2} = \cos\!\left(\dfrac{\pi}{6}\right)\). L'équation devient :

\[\cos\!\left(\frac{x}{2}\right) = \cos\!\left(\frac\pi6\right) \iff \frac{x}{2} \equiv \frac\pi6\ [2\pi] \quad\text{ou}\quad \frac{x}{2} \equiv -\frac\pi6\ [2\pi].\]

En multipliant par \(2\) :

\[x \equiv \frac\pi3\ [4\pi] \quad\text{ou}\quad x \equiv -\frac\pi3\ [4\pi].\]
\(S = \left\{\frac\pi3 + 4k\pi,\; k\in\mathbb{Z}\right\} \cup \left\{-\frac\pi3 + 4k\pi,\; k\in\mathbb{Z}\right\}\)

Exercice 2 — \(\sin(3x) = \cos(2x)\)

On transforme \(\cos(2x) = \sin\!\left(\tfrac\pi2 - 2x\right)\) (formule de complémentarité). L'équation devient :

\[\sin(3x) = \sin\!\left(\frac\pi2 - 2x\right).\]

Solutions générales :

Famille 1 : \(3x \equiv \dfrac\pi2 - 2x\ [2\pi]\) soit \(5x \equiv \dfrac\pi2\ [2\pi]\), donc :

\[x \equiv \frac\pi{10}\ \left[\frac{2\pi}{5}\right].\]

Famille 2 : \(3x \equiv \pi - \left(\dfrac\pi2 - 2x\right)\ [2\pi]\) soit \(3x \equiv \dfrac\pi2 + 2x\ [2\pi]\), donc \(x \equiv \dfrac\pi2\ [2\pi]\).

\(S = \left\{\frac\pi{10} + \frac{2k\pi}{5},\; k\in\mathbb{Z}\right\} \cup \left\{\frac\pi2 + 2k\pi,\; k\in\mathbb{Z}\right\}\)

Exercice 3 — \(\sin(x) \leq \dfrac{\sqrt{3}}{2}\)

On résout d'abord l'équation \(\sin(x) = \dfrac{\sqrt{3}}{2}\). On reconnaît \(\dfrac{\sqrt{3}}{2} = \sin\!\left(\dfrac\pi3\right)\), dont les solutions sur \([0; 2\pi[\) sont :

\[x = \frac\pi3 \qquad\text{et}\qquad x = \pi - \frac\pi3 = \frac{2\pi}3.\]

Sur \([0;2\pi[\), sin dépasse \(\dfrac{\sqrt{3}}{2}\) entre ces deux valeurs. L'inéquation \(\sin x \leq \dfrac{\sqrt{3}}{2}\) est donc vérifiée en dehors de cet intervalle :

\[\sin x \leq \frac{\sqrt{3}}{2} \iff x \notin \left]\frac\pi3;\frac{2\pi}3\right[ \pmod{2\pi}.\]
\(S = \bigcup_{k\in\mathbb{Z}} \left(-\infty;\frac\pi3 + 2k\pi\right] \cup \left[\frac{2\pi}3 + 2k\pi; +\infty\right)\)

Autrement dit : \(x \in \mathbb{R}\) tel que \(x \equiv \left[-\pi;\frac\pi3\right]\ [2\pi]\) ou \(x\equiv\left[\frac{2\pi}3;\pi\right]\ [2\pi]\), c'est-à-dire tout \(x\) sauf l'intervalle ouvert \(\left]\tfrac\pi3;\tfrac{2\pi}3\right[\) modulo \(2\pi\).

VII — Fonctions circulaires réciproques

Les fonctions \(\cos\), \(\sin\), \(\tan\) sont périodiques, donc non injectives sur \(\mathbb{R}\) : elles prennent la même valeur en une infinité de points. Cependant, il nous arrive d'avoir besoin de ces fonctions inverses — remonter au(x) antécédent(s) d'une valeur. En réduisant l'ensemble de départ à un intervalle sur lequel la fonction est bijective, on obtient une unique fonction réciproque sur cette restriction.

Proposition — Bijectivité des restrictions

Ces résultats découlent des tableaux de variation de II.5 et du théorème de la bijection (toute fonction continue et strictement monotone sur un segment réalise une bijection sur son image).

VII.1 — La fonction arccos

Définition — Arccosinus

On appelle arc cosinus, noté \(\arccos\), la bijection réciproque de la restriction de \(\cos\) à \([0;\pi]\) :

\[\arccos \;:\; [-1;1] \longrightarrow [0;\pi].\]

Pour \(x\in[-1;1]\) et \(\theta\in[0;\pi]\) : \[\arccos(x) = \theta \iff \cos\theta = x.\] \(\arccos(x)\) est l'angle de \([0;\pi]\) dont le cosinus vaut \(x\).

Proposition — Propriétés d'arccos
Démonstration — arccos est strictement décroissante
Étape 1 — cos est strictement décroissante sur \([0;\pi]\)

On a \(\cos'(x) = -\sin x \leq 0\) sur \([0;\pi]\), avec égalité seulement en \(0\) et \(\pi\). Donc \(\cos\) est strictement décroissante sur \([0;\pi]\) (établi en II.5).

Étape 2 — La réciproque d'une fonction strictement décroissante est strictement décroissante

Soient \(x_1 < x_2\) dans \([-1;1]\). Posons \(\theta_1 = \arccos(x_1)\) et \(\theta_2 = \arccos(x_2)\), de sorte que \(\cos(\theta_1) = x_1\) et \(\cos(\theta_2) = x_2\).

Supposons par l'absurde que \(\theta_1 \leq \theta_2\). Comme \(\cos\) est décroissante sur \([0;\pi]\) : \[\theta_1 \leq \theta_2 \;\Longrightarrow\; \cos(\theta_1) \geq \cos(\theta_2) \;\Longrightarrow\; x_1 \geq x_2.\] Ceci contredit \(x_1 < x_2\). Donc \(\theta_1 > \theta_2\), c'est-à-dire : \[\arccos(x_1) > \arccos(x_2).\]

Conclusion

Pour tout \(x_1 < x_2\) dans \([-1;1]\), on a \(\arccos(x_1) > \arccos(x_2)\) : \(\arccos\) est strictement décroissante sur \([-1;1]\).

\(\arccos(\cos\theta) = \theta\) est vraie seulement si \(\theta\in[0;\pi]\). Si \(\theta\notin[0;\pi]\), il faut d'abord ramener l'angle dans \([0;\pi]\) par les formules de symétrie avant d'appliquer arccos.
Exemples — Calculs d'arccos (cours Ivarra)
Proposition — Dérivabilité et dérivée d'arccos

La fonction \(\arccos\) est dérivable sur \(]-1\,;\,1[\) et :

\[(\arccos)'(x) = -\frac{1}{\sqrt{1-x^2}} \qquad \forall x\in\,]-1\,;\,1[.\]

Plus généralement, si \(u\) est dérivable et à valeurs dans \(]-1\,;\,1[\) :

\[\bigl(\arccos(u(x))\bigr)' = -\frac{u'(x)}{\sqrt{1-u(x)^2}}.\]
Démonstration — par le théorème de dérivation des fonctions réciproques
Rappel du théorème

Si \(f\) est bijective et dérivable en \(\theta\) avec \(f'(\theta)\neq 0\), alors \(f^{-1}\) est dérivable en \(x = f(\theta)\) et : \[(f^{-1})'(x) = \frac{1}{f'(f^{-1}(x))}.\]

Application à arccos

On pose \(f = \cos\) et \(f^{-1} = \arccos\). Pour \(x\in\,]-1\,;\,1[\), on note \(\theta = \arccos(x)\in\,]0\,;\,\pi[\), donc \(\cos\theta = x\).

La dérivée de \(\cos\) est \(\cos'(\theta) = -\sin\theta\). Sur \(]0\,;\,\pi[\), \(\sin\theta > 0\), donc \(\cos'(\theta) \neq 0\) : le théorème s'applique.

\[(\arccos)'(x) = \frac{1}{\cos'(\arccos x)} = \frac{1}{-\sin(\arccos x)} = \frac{-1}{\sin\theta}.\]
Calcul de \(\sin\theta\) en fonction de \(x\)

On a \(\cos\theta = x\) et \(\theta\in\,]0\,;\,\pi[\) donc \(\sin\theta > 0\). Par la relation fondamentale : \[\sin^2\theta + \cos^2\theta = 1 \;\Longrightarrow\; \sin\theta = \sqrt{1-\cos^2\theta} = \sqrt{1-x^2}.\]

Conclusion
\[(\arccos)'(x) = \frac{-1}{\sqrt{1-x^2}}.\]

La formule pour \(\arccos(u(x))\) s'en déduit par la règle de composition (règle de la chaîne) : \[\bigl(\arccos(u(x))\bigr)' = (\arccos)'(u(x))\cdot u'(x) = -\frac{u'(x)}{\sqrt{1-u(x)^2}}.\]

Proposition — Tableau de variation d'arccos
\(x\) \(-1\) \(0\) \(1\)
\((\arccos)'(x) = \dfrac{-1}{\sqrt{1-x^2}}\) \(-\) \(-1\) \(-\)
\(\arccos(x)\) \(\pi\) \(\dfrac\pi2\) \(0\)

La dérivée tend vers \(-\infty\) quand \(x\to\pm 1\) : la courbe admet des tangentes verticales aux extrémités du domaine.

Courbes de cos et arccos — symétrie par rapport à y=x

VII.2 — La fonction arcsin

Définition — Arcsinus

On appelle arc sinus, noté \(\arcsin\), la bijection réciproque de la restriction de \(\sin\) à \(\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\) :

\[\arcsin \;:\; [-1;1] \longrightarrow \left[-\frac\pi2;\frac\pi2\right].\]

Pour \(x\in[-1;1]\) et \(\theta\in\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\) : \[\arcsin(x) = \theta \iff \sin\theta = x.\] \(\arcsin(x)\) est l'angle de \(\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\) dont le sinus vaut \(x\).

Proposition — Propriétés d'arcsin
Démonstration — arcsin est croissante

\(\sin\) est strictement croissante sur \(\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\) (car \(\sin'= \cos > 0\) sur \(\bigl]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr[\)). La réciproque d'une fonction strictement croissante est strictement croissante (même raisonnement par l'absurde que pour arccos, voir VII.1).

Démonstration — arcsin est impaire

Soit \(x\in[-1;1]\) et \(\theta = \arcsin(x)\in\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\). On a \(\sin(\theta) = x\). Comme \(\sin\) est impaire : \[\sin(-\theta) = -\sin(\theta) = -x.\] De plus \(-\theta\in\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\). Or \(\arcsin(-x)\) est l'unique angle de \(\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\) dont le sinus vaut \(-x\), donc \(\arcsin(-x) = -\theta = -\arcsin(x)\).

🔍 Intuition — Pourquoi arcsin(x) + arccos(x) = π/2 ?

L'idée vient du triangle rectangle. Dans un triangle rectangle, les deux angles aigus sont complémentaires : ils somment à π/2.

Si un angle aigu θ a pour cosinus x (côté adjacent / hypoténuse = x), alors l'autre angle aigu π/2 − θ a pour sinus x (côté opposé / hypoténuse = x) — c'est le même côté, mais vu depuis l'autre sommet.

Traduction directe :

Leur somme vaut \(\theta + (\pi/2 - \theta) = \pi/2\). C'est tout.

La seule subtilité technique dans la preuve formelle : vérifier que \(\pi/2 - \theta\) est bien dans l'intervalle \([0;\pi]\) pour pouvoir conclure que c'est effectivement arccos(x) (et pas un autre angle de même cosinus). C'est l'unicité de la valeur principale qui fait toute la force de la définition.

Démonstration — \(\arcsin(x) + \arccos(x) = \tfrac\pi2\)

Posons \(\theta = \arcsin(x)\in\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\), donc \(\sin\theta = x\). On calcule \(\cos\!\bigl(\tfrac\pi2 - \theta\bigr)\) : \[\cos\!\left(\frac\pi2 - \theta\right) = \sin\theta = x.\] De plus, \(\tfrac\pi2 - \theta \in [0;\pi]\) car \(\theta\in\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\). Or \(\arccos(x)\) est l'unique angle de \([0;\pi]\) dont le cosinus vaut \(x\), donc : \[\arccos(x) = \frac\pi2 - \theta = \frac\pi2 - \arcsin(x).\]

Proposition — Compositions avec arcsin
\(\arcsin(\sin\theta) = \theta\) est vraie seulement si \(\theta\in\bigl[-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\bigr]\). Exemple : \(\arcsin\!\left(\sin\dfrac{2\pi}{3}\right) \neq \dfrac{2\pi}{3}\). On écrit \(\sin\dfrac{2\pi}{3} = \sin\!\left(\pi - \dfrac{2\pi}{3}\right) = \sin\dfrac\pi3\), donc \(\arcsin\!\left(\sin\dfrac{2\pi}{3}\right) = \dfrac\pi3\).
Proposition — Dérivabilité et dérivée d'arcsin

La fonction \(\arcsin\) est dérivable sur \(]-1\,;\,1[\) et :

\[(\arcsin)'(x) = \frac{1}{\sqrt{1-x^2}} \qquad \forall x\in\,]-1\,;\,1[.\]

Plus généralement, si \(u\) est dérivable et à valeurs dans \(]-1\,;\,1[\) :

\[\bigl(\arcsin(u(x))\bigr)' = \frac{u'(x)}{\sqrt{1-u(x)^2}}.\]
Démonstration — en dérivant l'identité \(\sin(\arcsin x) = x\)
Idée — dériver une identité connue

On ne sait pas exprimer arcsin analytiquement, mais on sait que : \[\sin(\arcsin x) = x \qquad \forall x\in[-1\,;\,1].\] On dérive les deux membres par rapport à \(x\).

Membre gauche — chain rule

La fonction extérieure est \(\sin\), la fonction intérieure est \(\arcsin\). Par la chain rule :

\[\bigl(\sin(\arcsin x)\bigr)' = \sin'(\arcsin x) \cdot (\arcsin)'(x) = \cos(\arcsin x) \cdot (\arcsin)'(x).\]
Membre droit
\[(x)' = 1.\]
Calcul de \(\cos(\arcsin x)\)

Posons \(\theta = \arcsin(x) \in \bigl[-\tfrac\pi2\,;\,\tfrac\pi2\bigr]\). On a \(\sin\theta = x\). Par la relation fondamentale : \[\cos^2\theta = 1 - \sin^2\theta = 1 - x^2.\] Sur \(\bigl[-\tfrac\pi2\,;\,\tfrac\pi2\bigr]\), \(\cos\theta \geq 0\), donc : \[\cos(\arcsin x) = \sqrt{1-x^2}.\]

On résout

En égalisant les deux membres :

\[\sqrt{1-x^2} \cdot (\arcsin)'(x) = 1 \quad\Longrightarrow\quad (\arcsin)'(x) = \frac{1}{\sqrt{1-x^2}}.\]
Formule pour arcsin(u(x))

Par la chain rule :

\[\bigl(\arcsin(u(x))\bigr)' = (\arcsin)'(u(x))\cdot u'(x) = \frac{u'(x)}{\sqrt{1-u(x)^2}}.\]

VII.3 — La fonction arctan  ⟶ DM5 Exercice 2

Définition

La restriction de \(\tan\) à \(\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\) est une bijection strictement croissante sur \(\mathbb{R}\). Sa réciproque est arctan :

\[\arctan \;:\; \mathbb{R} \longrightarrow \left]-\frac\pi2;\frac\pi2\right[.\]
Proposition — Propriétés d'arctan
Démonstration — arctan est impaire
Étape 1 — tan est impaire

\(\cos\) est paire et \(\sin\) est impaire, donc : \[\tan(-x) = \frac{\sin(-x)}{\cos(-x)} = \frac{-\sin x}{\cos x} = -\tan x.\] Tan est impaire — le rapport impaire/paire est impaire.

Étape 2 — La réciproque d'une fonction impaire est impaire

Soit \(x\in\mathbb{R}\) et \(\theta = \arctan(x)\in\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\), donc \(\tan\theta = x\). Par imparité de tan : \[\tan(-\theta) = -\tan\theta = -x.\] De plus \(-\theta\in\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\) (car \(\theta\in\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\)). Or \(\arctan(-x)\) est l'unique angle de \(\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\) dont la tangente vaut \(-x\), donc : \[\arctan(-x) = -\theta = -\arctan(x).\]

Démonstration — \(\arctan(x) + \arctan\!\left(\dfrac1x\right) = \text{sgn}(x)\cdot\dfrac\pi2\) pour \(x \neq 0\)
Cas \(x > 0\)

Posons \(\theta = \arctan(x) \in \left]0\,;\,\tfrac\pi2\right[\), donc \(\tan\theta = x\). Par la formule de symétrie \(\tan(\tfrac\pi2 - \theta) = \dfrac{1}{\tan\theta} = \dfrac1x\), et \(\tfrac\pi2 - \theta \in \left]0\,;\,\tfrac\pi2\right[ \subset \left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\), donc :

\[\arctan\!\left(\frac1x\right) = \frac\pi2 - \theta \quad\Longrightarrow\quad \arctan(x) + \arctan\!\left(\frac1x\right) = \frac\pi2 = \text{sgn}(x)\cdot\frac\pi2. \checkmark\]
Cas \(x < 0\)

On pose \(y = -x > 0\). Par imparité d'arctan : \[\arctan(x) + \arctan\!\left(\frac1x\right) = -\arctan(y) + \arctan\!\left(\frac{1}{-y}\right) = -\arctan(y) - \arctan\!\left(\frac1y\right).\] On applique le cas \(y > 0\) : \[= -\frac\pi2 = \text{sgn}(x)\cdot\frac\pi2. \checkmark\]

Vérification numérique
Proposition — Limites de arctan
\[\lim_{x\to+\infty}\arctan(x) = \frac\pi2 \qquad\qquad \lim_{x\to-\infty}\arctan(x) = -\frac\pi2.\]

Les droites \(y = \tfrac\pi2\) et \(y = -\tfrac\pi2\) sont des asymptotes horizontales de la courbe d'arctan. Ces valeurs ne sont jamais atteintes : arctan prend ses valeurs dans l'intervalle ouvert \(\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\).

Démonstration

Quand \(x\to+\infty\), \(\arctan(x)\) est l'angle \(\theta\in\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\) tel que \(\tan\theta = x \to +\infty\). Or \(\tan\theta\to+\infty\) ssi \(\theta\to\tfrac\pi2^-\). Donc \(\arctan(x)\to\tfrac\pi2\). Par imparité : \(\arctan(-x) = -\arctan(x)\to-\tfrac\pi2\) quand \(x\to+\infty\).

Proposition — Dérivabilité et dérivée d'arctan

La fonction \(\arctan\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) et :

\[(\arctan)'(x) = \frac{1}{1+x^2} \qquad \forall x\in\mathbb{R}.\]

Plus généralement, si \(u\) est dérivable sur un intervalle \(I\) :

\[\bigl(\arctan(u(x))\bigr)' = \frac{u'(x)}{1+u(x)^2}.\]
Proposition — Tableau de variation d'arctan
\(x\) \(-\infty\) \(0\) \(+\infty\)
\((\arctan)'(x) = \dfrac{1}{1+x^2}\) \(+\) \(1\) \(+\)
\(\arctan(x)\) \(-\dfrac\pi2\) \(0\) \(\dfrac\pi2\)
Démonstration — par le théorème de dérivation des fonctions réciproques
Prérequis — Règle de dérivation des fonctions composées (chain rule)

Si \(g\) est dérivable en \(x\) et \(f\) est dérivable en \(g(x)\), alors \(f\circ g\) est dérivable en \(x\) et :

\[(f(g(x)))' = f'(g(x)) \cdot g'(x).\]

En mots : on dérive la fonction extérieure évaluée en la fonction intérieure, multiplié par la dérivée de la fonction intérieure.

Exemples :

Idée — dériver une identité connue

On ne sait pas exprimer arctan analytiquement, mais on sait que : \[\tan(\arctan x) = x \qquad \forall x\in\mathbb{R}.\] On dérive les deux membres par rapport à \(x\).

Membre gauche — chain rule

La fonction extérieure est \(\tan\), la fonction intérieure est \(\arctan\). Par la chain rule :

\[\bigl(\tan(\arctan x)\bigr)' = \tan'(\arctan x) \cdot (\arctan)'(x) = \bigl(1 + \tan^2(\arctan x)\bigr) \cdot (\arctan)'(x).\]

Or \(\tan(\arctan x) = x\), donc :

\[= (1 + x^2) \cdot (\arctan)'(x).\]
Membre droit
\[(x)' = 1.\]
On résout

En égalisant les deux membres :

\[(1+x^2)\cdot(\arctan)'(x) = 1 \quad\Longrightarrow\quad (\arctan)'(x) = \frac{1}{1+x^2}.\]
Formule pour arctan(u(x))

Par la chain rule appliquée à \(\arctan\circ\, u\) :

\[\bigl(\arctan(u(x))\bigr)' = (\arctan)'(u(x))\cdot u'(x) = \frac{u'(x)}{1+u(x)^2}.\]
\(\dfrac\pi2\) est la limite d'arctan en \(+\infty\), jamais atteinte : arctan prend ses valeurs dans l'intervalle ouvert \(\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\).
Exemple — Étude de \(g_p(x) = \arctan(px) - x\) avec \(p>1\)  ⟶ DM5 Ex.2
Exercice 7 — Encadrement de arctan

Montrer que pour tout \(a > 0\) :

\[\frac{a}{1+a^2} < \arctan(a) < a.\]
🔍 Intuition — Comment comparer arctan(a) et a ?

On cherche à encadrer arctan(a). La difficulté : on n'a pas de formule simple reliant arctan(a) à a directement. La clé est la dérivée.

arctan(a) vue comme une intégrale :

\[\arctan(a) = \arctan(a) - \arctan(0) = \int_0^a \frac{1}{1+t^2}\,\mathrm{d}t.\]

C'est l'aire sous la courbe de \(t\mapsto\dfrac{1}{1+t^2}\) entre 0 et \(a\).

Comparaison avec deux rectangles : la fonction \(t\mapsto\dfrac{1}{1+t^2}\) est strictement décroissante sur \([0\,;+\infty[\). Donc sur \([0,a]\) :

Image géométrique : arctan(a) est l'aire sous la courbe (en bleu), strictement comprise entre l'aire du petit rectangle rouge (base × hauteur minimale) et l'aire du grand rectangle vert (base × hauteur maximale).

t y a 1/(1+a²) 1 a/(1+a²) arctan(a) a
Solution

On utilise la représentation intégrale d'arctan :

\[\arctan(a) = \int_0^a \frac{1}{1+t^2}\,\mathrm{d}t.\]
Borne inférieure : arctan(a) > a/(1+a²)

Sur \(]0,a[\), \(t < a\) donc \(t^2 < a^2\) donc \(1+t^2 < 1+a^2\), d'où \(\dfrac{1}{1+t^2} > \dfrac{1}{1+a^2}\). En intégrant cette inégalité stricte sur \([0,a]\) :

\[\arctan(a) = \int_0^a \frac{1}{1+t^2}\,\mathrm{d}t > \int_0^a \frac{1}{1+a^2}\,\mathrm{d}t = \frac{a}{1+a^2}.\]
Borne supérieure : arctan(a) < a

Sur \(]0,a[\), \(t > 0\) donc \(t^2 > 0\) donc \(1+t^2 > 1\), d'où \(\dfrac{1}{1+t^2} < 1\). En intégrant :

\[\arctan(a) = \int_0^a \frac{1}{1+t^2}\,\mathrm{d}t < \int_0^a 1\,\mathrm{d}t = a.\]
\(\dfrac{a}{1+a^2} < \arctan(a) < a \qquad \forall a > 0\)
Courbes de tan et arctan sur le même repère orthonormé — symétrie par rapport à y=x
Exercice 8 — Tracer la courbe de \(f(x) = \arctan\!\sqrt{\dfrac{1-\cos x}{1+\cos x}}\)

Simplifier l'expression puis tracer la courbe de \(f\).

🔍 Comment penser à la simplification ?

Ce n'est pas une inspiration soudaine — c'est une cascade de reconnaissances de formes. Chaque signal débloque le suivant.

Signal 1 — on voit \((1 - \cos x)\) et \((1 + \cos x)\) ensemble.
Ces deux expressions côte à côte sont un signal fort. En trigonométrie, quand on voit \(1 \pm \cos x\), le réflexe est d'essayer les formules de demi-angle : \[1 - \cos x = 2\sin^2\!\tfrac{x}{2} \qquad 1 + \cos x = 2\cos^2\!\tfrac{x}{2}.\] Ces formules viennent de \(\cos(2u) = 1 - 2\sin^2 u\) et \(\cos(2u) = 2\cos^2 u - 1\) avec \(u = x/2\). Elles sont faites pour simplifier exactement ce genre de fraction.

Signal 2 — c'est un quotient sous une racine.
\(\sqrt{A/B}\) avec \(A\) et \(B\) qui sont des carrés après simplification : la racine va disparaître et donner une valeur absolue. C'est le signe qu'on va tomber sur quelque chose de propre.

Signal 3 — il y a arctan à l'extérieur.
arctan "attend" une tangente à l'intérieur pour se simplifier via \(\arctan(\tan\theta) = \theta\). Donc on essaie de faire apparaître \(\tan(\text{quelque chose})\) sous arctan.

La chaîne naturelle :

  1. Je vois \(1-\cos x\) et \(1+\cos x\) → formules demi-angle → quotient \(= \tan^2\!\tfrac{x}{2}\).
  2. La racine donne \(\left|\tan\tfrac{x}{2}\right|\).
  3. \(\arctan\!\left|\tan\tfrac{x}{2}\right|\) → je reconnais arctan∘tan → ça donne \(\left|\tfrac{x}{2}\right|\).
Solution
Étape 1 — Domaine de définition

Il faut \(1+\cos x \neq 0\) (dénominateur non nul) et \(\dfrac{1-\cos x}{1+\cos x} \geq 0\). La fraction est toujours \(\geq 0\) car \(1-\cos x \geq 0\) et \(1+\cos x > 0\) dès que \(\cos x \neq -1\), soit \(x \neq \pi + 2k\pi\). Le domaine est donc \(\mathbb{R} \setminus \{\pi + 2k\pi,\; k\in\mathbb{Z}\}\).

Étape 2 — Simplification par les formules de demi-angle

On utilise :

\[1 - \cos x = 2\sin^2\!\frac{x}{2} \qquad 1 + \cos x = 2\cos^2\!\frac{x}{2}.\]

Donc :

\[\frac{1-\cos x}{1+\cos x} = \frac{2\sin^2(x/2)}{2\cos^2(x/2)} = \tan^2\!\frac{x}{2}.\]

Et :

\[\sqrt{\frac{1-\cos x}{1+\cos x}} = \left|\tan\frac{x}{2}\right|.\]
Étape 3 — Application d'arctan

On a \(\arctan\!\left|\tan\dfrac{x}{2}\right|\). Puisque arctan est paire (\(\arctan(-u) = -\arctan(u)\) et \(\arctan|u| \geq 0\)), et que \(\arctan(\tan\theta) = \theta\) pour \(\theta\in\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\), il faut s'assurer que \(\dfrac{x}{2} \in \left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\), soit \(x\in\,]-\pi;\pi[\). Sur cet intervalle :

\[\arctan\left|\tan\frac{x}{2}\right| = \left|\frac{x}{2}\right| = \frac{|x|}{2}.\]
Étape 4 — Expression finale et courbe

Par \(2\pi\)-périodicité de \(\cos\) :

\[f(x) = \frac{|x|}{2} \quad\text{sur }]-\pi;\pi[,\quad\text{prolongée par }2\pi\text{-périodicité.}\]
\(f(x) = \dfrac{|x|}{2}\) sur \(]-\pi;\pi[\), prolongée par \(2\pi\)-périodicité. C'est une fonction en dents de scie, en V de sommet \((0,0)\) et de pentes \(\pm\tfrac12\).
−π π −2π π/2 O pente −½ pente +½
Exercice 9 — Montrer que \(\arctan\dfrac12 + \arctan\dfrac13 = \dfrac\pi4\)
🔍 Construction géométrique — rectangle 3a × 2a

Considérons un rectangle \(3a \times 2a\) divisé en 6 carrés de côté \(a\), et le triangle de sommets :

P Q R |QP|=a√5 |QR|=a√5

Le triangle est rectangle isocèle en Q, ce qu'on vérifie par le produit scalaire :

\[\vec{QP} = (-2a,\,-a) \qquad \vec{QR} = (a,\,-2a)\] \[\vec{QP}\cdot\vec{QR} = (-2a)(a) + (-a)(-2a) = -2a^2 + 2a^2 = 0. \checkmark\] \[|\vec{QP}| = |\vec{QR}| = a\sqrt{5}. \checkmark\]

Un triangle rectangle isocèle a ses deux angles aigus égaux à \(\tfrac\pi4\). L'angle en \(P\) est la somme des angles que font \(PQ\) et \(PR\) avec l'horizontale :

\[\widehat{P} = \arctan\frac12 + \arctan\frac13 = \frac\pi4.\]

La résolution géométrique d'Ivarra est quasi immédiate une fois qu'on reconnaît le triangle rectangle isocèle — le produit scalaire nul en est la clé.

🔍 Intuition — Comment attaquer une somme d'arctan ?

On veut montrer que deux arctan somment à \(\tfrac\pi4\). On ne sait pas manipuler arctan directement — mais on sait manipuler tan.

Le réflexe : appliquer tan des deux membres. Si on montre que \(\tan\!\bigl(\arctan\tfrac12 + \arctan\tfrac13\bigr) = \tan\tfrac\pi4 = 1\), et que la somme est bien dans \(\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\) (pour que arctan∘tan = identité), alors l'égalité est établie.

On utilise alors la formule \(\tan(a+b) = \dfrac{\tan a + \tan b}{1-\tan a\tan b}\) avec \(\tan a = \tfrac12\) et \(\tan b = \tfrac13\) — les valeurs se lisent directement depuis les arguments d'arctan.

Solution
Étape 1 — Vérifier que la somme est dans \(\left]0;\tfrac\pi2\right[\)

Posons \(a = \arctan\tfrac12\) et \(b = \arctan\tfrac13\). Comme \(\tfrac12 > 0\) et \(\tfrac13 > 0\), on a \(a, b \in \left]0;\tfrac\pi2\right[\). De plus \(a < \tfrac\pi4\) (car \(\tfrac12 < 1 = \tan\tfrac\pi4\)) et \(b < \tfrac\pi4\), donc \(a + b < \tfrac\pi2\). Ainsi \(a + b \in \left]0;\tfrac\pi2\right[ \subset \left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\).

Étape 2 — Calculer \(\tan(a+b)\)

Par la formule d'addition, avec \(\tan a = \tfrac12\) et \(\tan b = \tfrac13\) :

\[\tan(a+b) = \frac{\tan a + \tan b}{1 - \tan a\cdot\tan b} = \frac{\dfrac12 + \dfrac13}{1 - \dfrac12\cdot\dfrac13} = \frac{\dfrac56}{1 - \dfrac16} = \frac{\dfrac56}{\dfrac56} = 1.\]
Étape 3 — Conclure

On a \(\tan(a+b) = 1 = \tan\dfrac\pi4\), et \(a+b \in \left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\). Comme arctan est l'unique valeur dans \(\left]-\tfrac\pi2;\tfrac\pi2\right[\) dont la tangente vaut 1 :

\[a + b = \arctan(1) = \frac\pi4.\]
\(\arctan\dfrac12 + \arctan\dfrac13 = \dfrac\pi4\)

VIII — Dérivées des fonctions circulaires

Théorème — Tableau des dérivées
FonctionDomaine de dérivabilitéDérivée
\(\cos\)\(\mathbb{R}\)\(-\sin\)
\(\sin\)\(\mathbb{R}\)\(\cos\)
\(\tan\) \(\mathbb{R}\setminus\bigl\{\tfrac\pi2+k\pi,\;k\!\in\!\mathbb{Z}\bigr\}\) \(1+\tan^2 = \dfrac{1}{\cos^2}\)
\(\arccos\)\(]-1;1[\)\(\dfrac{-1}{\sqrt{1-x^2}}\)
\(\arcsin\)\(]-1;1[\)\(\dfrac{1}{\sqrt{1-x^2}}\)
\(\arctan\)\(\mathbb{R}\)\(\dfrac{1}{1+x^2}\)
Méthode — Dérivée d'arctan par dérivation de la réciproque
Démonstration

Posons \(\theta = \arctan(x)\), c'est-à-dire \(\tan\theta = x\). En dérivant \(\tan(\arctan x) = x\) par rapport à \(x\) :

\[(1+\tan^2\theta)\cdot(\arctan)'(x) = 1 \implies (1+x^2)\cdot(\arctan)'(x)=1 \implies (\arctan)'(x) = \frac{1}{1+x^2}.\]

VIII.2 — Dérivée d'une fonction réciproque  ⟶ DM5 Q11–Q12

Théorème — Dérivée de la réciproque

Soit \(f\) une bijection de classe \(\mathcal{C}^1\) sur un intervalle \(I\), avec \(f'(x)\neq 0\). Alors \(f^{-1}\) est dérivable en \(y=f(x)\) et :

\[(f^{-1})'(y) = \frac{1}{f'(f^{-1}(y))}.\]

Géométriquement : les courbes de \(f\) et \(f^{-1}\) sont symétriques par rapport à \(y=x\) ; leurs tangentes en des points correspondants ont des pentes inverses.

Exemple — DM5 Q12

\(\varphi_p\) est la réciproque de \(\tilde g_p : [\alpha_p;+\infty[\to I_p\). Sur \(J_p\) (ouvert où \(g_p' \neq 0\)) :

\[\varphi_p'(y) = \frac{1}{g_p'(\varphi_p(y))} = \frac{1}{\dfrac{p}{1+p^2\varphi_p(y)^2}-1}.\]

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