Chapitre 5 — Fonctions de référence

PTSI · Lycée Jules Garnier — Polynômes · Rationnelles · Logarithme · Exponentielle · Puissances · Hyperboliques · 2026

Ce chapitre a pour but de réveiller les souvenirs des années passées sur les fonctions usuelles, dont les propriétés seront rappelées brièvement. L'étude des fonctions devra toujours se dérouler dans le plan logique ci-dessous.

Méthode 1 — Plan d'étude d'une fonction
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\) une fonction.
  1. Domaine de définition : on ne travaille pas sur quelque chose qui n'existe pas !
  2. Restreindre l'intervalle d'étude par parité ou périodicité si possible.
  3. Limites aux bornes du domaine, puis les étendre par symétrie/translation si pertinent.
  4. Étude locale : variations. Calcul, factorisation, étude de signe de la dérivée.
  5. Tableau de variations de \(f\).
  6. Tracer la courbe : asymptotes, extrema (tangentes horizontales), points importants.
TABLE DES MATIÈRES
INDEX — DÉFINITIONS, THÉORÈMES, PROPOSITIONS, MÉTHODES
📘 Définitions
Déf. 1 — Fonction polynomiale→ I.1
Déf. 2 — Fonction rationnelle→ II.1
Déf. 3 — Logarithme népérien→ III.1
Déf. 4 — Fonction exponentielle→ IV.1
Déf. 5 — Exponentielle de base \(a\)→ V.1
Déf. 6 — Fonction puissance réelle \(x^\alpha\)→ V.2
Déf. 7 — Logarithme décimal→ VI
Déf. 8 — ch et sh hyperboliques→ VII
📕 Théorèmes
Thm. 2 — Continuité et dérivabilité des polynômes→ I.5
Thm. 3 — Limites des polynômes en \(\pm\infty\)→ I.5
Thm. 4 — Limites des rationnelles en \(\pm\infty\)→ II.2
Thm. 5 — Dérivée et croissance de ln→ III.2
Thm. 6 — Dérivée de \(\ln(u)\)→ III.3
Thm. 7 — ln est une bijection de \(\mathbb{R}^*_+\) sur \(\mathbb{R}\)→ III.5
Thm. 8 — Croissances comparées (ln)→ III.5
Thm. 9 — exp est une bijection de \(\mathbb{R}\) sur \(]0;+\infty[\)→ IV.1
Thm. 10 — Dérivée et croissance de exp→ IV.2
Thm. 11 — Limites de exp en \(\pm\infty\)→ IV.4
Thm. 12 — Croissances comparées (exp)→ IV.4
Thm. 13 — exp est au-dessus de ses tangentes→ IV.5
Thm. 14 — Dérivée de \(x^\alpha\)→ V.2
📗 Propositions et corollaires
Prop. — Théorème d'identification (Annulation des coefficients)→ I.2
Cor. — Égalité de deux polynômes→ I.2
Prop. — Factorisation remarquable (Bernoulli)→ I.3
Prop. 1 — Divisibilité : \(p(x)=(x-a)Q(x)+p(a)\)→ I.4
Cor. 1 — Racines et factorisation→ I.4
Prop. — Comparaison de deux logarithmes→ III.2
Prop. 2 — Limites aux bornes de ln→ III.6
Cor. 3 — Signe de \(e^x\)→ IV.2
Cor. — Comparaison de deux exponentielles→ IV.2
Prop. 3 — ln est en-dessous de ses tangentes→ III.8
Prop. 4 — Propriétés algébriques de exp→ IV.3
Prop. 5 — Dérivée de \(e^{u(x)}\)→ IV.7
Prop. 6 — Propriétés algébriques de \(a^r\)→ V.1
Prop. 7 — Limites de \(x^\alpha\)→ V.2
Prop. 8 — Croissances comparées généralisées→ V.2
Prop. 9 — log et base 10→ VI
Prop. 10 — Propriétés algébriques de log→ VI
Prop. — Formules d'addition hyperboliques→ VII
Prop. 12 — Cosinus hyperbolique→ VII
Prop. 13 — Sinus hyperbolique→ VII
📙 Méthodes
Méthode 1 — Plan d'étude d'une fonction→ intro
Méthode 2 — Factoriser un polynôme→ I.4
Méthode 2bis — Trouver une racine entière→ I.4
Méthode — Techniques pour trouver les racines→ I.4
Méthode 3 — Fonctions de la forme \(u(x)^{v(x)}\)→ V.1

I — Les fonctions polynomiales

I.1 Généralités

Définition 1 — Fonction polynomiale
On appelle fonction polynomiale toute fonction de la forme \[f(x) = a_n x^n + a_{n-1}x^{n-1} + \cdots + a_1 x + a_0,\] où \(a_0, \ldots, a_n \in \mathbb{R}\). Si \(a_n \neq 0\) :
Exemples 1
Courbe représentative d'un trinôme du second degré
Figure 1 — Courbe de \(x \mapsto -\tfrac{1}{5}x^2+x+\tfrac{14}{5}\) : parabole avec axe de symétrie, sommet S et racines \(x_1=-2\), \(x_2=7\).

Tableau de variation d'un trinôme \(ax^2+bx+c\) (cas \(a>0\), \(\Delta > 0\)) :

\(x\) \(-\infty\)\(x_1\)\(-\tfrac{b}{2a}\)\(x_2\)\(+\infty\)
\(2ax+b\) \(-\)\(0\)\(+\)
\(f\) \(+\infty\)↘ \(0\)\(-\tfrac{\Delta}{4a}\)\(0\) ↗\(+\infty\)
Tableau de variation d'un trinôme
Figure 2 — Tableau de variation de x↦ax²+bx+c (a>0, Δ>0) : minimum en −b/2a, racines x₁ et x₂.

I.2 Identité d'un polynôme

Proposition — Théorème d'identification (Annulation des coefficients)
Soit \(p_n\) un polynôme de degré \(n \in \mathbb{N}\). Si, pour tout réel \(x\), \(p_n(x) = 0\), alors ses \(n+1\) coefficients sont tous nuls.
Pourquoi appelle-t-on ce résultat « théorème d'identification » ?
Ce résultat est souvent appelé ainsi dans les manuels car c'est lui qui justifie la technique d'identification : quand on sait que deux expressions polynomiales sont égales pour tout \(x\), on a le droit d'égaler (d'« identifier ») les coefficients de même degré des deux membres.

Le nom vient donc de son usage et non de son contenu. Le contenu parle d'un polynôme nul — l'usage, lui, sert à comparer deux polynômes égaux.
Démonstration par récurrence sur \(n\) — Initialisation. Si \(n=0\) : \(p_0(x) = a_0 = 0\) pour tout \(x\), donc \(a_0 = 0\). ✓

Hérédité. Supposons la propriété vraie au rang \(n\). Soit \(p_{n+1}\) un polynôme de degré \(n+1\) nul pour tout réel \(x\). Posons \(p_{n+1}(x) = \displaystyle\sum_{k=0}^{n+1} a_k x^k\). Il en résulte que : \[2^{n+1}p_{n+1}(x) - p_{n+1}(2x) = \sum_{k=0}^{n} a_k(2^{n+1} - 2^k)x^k = 0.\] Comme \(x \mapsto \displaystyle\sum_{k=0}^{n} a_k(2^{n+1}-2^k)x^k\) est un polynôme de degré \(n\) nul pour tout \(x\), par hypothèse de récurrence tous ses coefficients sont nuls. Puisque \(\forall k \in [\![0,n]\!]\), \(2^{n+1} - 2^k \neq 0\), on obtient \(a_k = 0\). Il en résulte que \(p_{n+1}(x) = a_{n+1}x^{n+1} = 0\) pour tout \(x\), donc \(a_{n+1} = 0\). La propriété est héréditaire.
Corollaire — Égalité de deux polynômes
Deux polynômes de même degré \(n\) sont égaux si et seulement si les coefficients des termes de même degré sont égaux : \[p_n = q_n \iff \forall k \in [\![0,n]\!],\; a_k = b_k.\]
Démonstration — Soient \(p_n\) et \(q_n\) deux polynômes de degré \(n\) tels que \(p_n = q_n\), avec : \[p_n(x) = \sum_{k=0}^n a_k x^k \quad \text{et} \quad q_n(x) = \sum_{k=0}^n b_k x^k, \quad a_n \neq 0,\; b_n \neq 0.\] On dispose des équivalences suivantes : \[p_n = q_n \iff \forall x \in \mathbb{R},\; p_n(x) = q_n(x),\] \[p_n = q_n \iff \forall x \in \mathbb{R},\; \sum_{k=0}^n a_k x^k = \sum_{k=0}^n b_k x^k,\] \[p_n = q_n \iff \forall x \in \mathbb{R},\; \sum_{k=0}^n (a_k - b_k)\,x^k = 0.\] Par le théorème d'identification, tous les coefficients sont nuls : \[p_n = q_n \iff \forall k \in [\![0,n]\!],\; a_k - b_k = 0,\] \[p_n = q_n \iff \forall k \in [\![0,n]\!],\; a_k = b_k.\]
💡 Intuition. Deux polynômes sont égaux comme fonctions si et seulement si ils sont égaux coefficient par coefficient. C'est ce qui justifie la méthode d'identification : poser \(p(x) = q(x)\) pour tout \(x\) et identifier les termes de même degré.

I.3 Factorisation remarquable

Lemme — Factorisation de \(x^n - 1\)
Soient \(n \geq 2\) un entier et \(x\) un réel : \[x^n - 1 = (x-1)\bigl(x^{n-1} + x^{n-2} + \cdots + x + 1\bigr).\]
💡 Intuition — Comment trouve-t-on le deuxième facteur ?

On sait que \(x^n - 1\) est divisible par \((x-1)\) car \(x=1\) est racine. Le quotient est donc un polynôme \(Q\) de degré \(n-1\) — on a réduit le degré d'un cran.

Comment construire \(Q\) ? On essaie naturellement \(Q(x) = x^{n-1} + x^{n-2} + \cdots + x + 1\) (les \(n\) monômes de degré \(0\) à \(n-1\)). Pour vérifier que c'est le bon, on calcule \(xQ(x)\) : \[xQ(x) = x^n + x^{n-1} + \cdots + x^2 + x.\] Puis on soustrait \(Q(x)\) : \[xQ(x) - Q(x) = \bigl(x^n + x^{n-1} + \cdots + x\bigr) - \bigl(x^{n-1} + \cdots + x + 1\bigr).\] Tous les termes intermédiaires \(x^{n-1}, \ldots, x\) se simplifient deux à deux — c'est le télescopage. Il ne reste que le premier et le dernier : \[(x-1)Q(x) = x^n - 1.\] L'idée clé : multiplier par \(x\) monte d'un degré, soustraire \(Q\) fait tout disparaître sauf les extrêmes.
Démonstration — Pour tout réel \(x\), posons \(p(x) = x^{n-1} + x^{n-2} + \cdots + x + 1\).

Nous avons : \[xp(x) = x^n + x^{n-1} + x^{n-2} + \cdots + x^2 + x.\] Par soustraction et « télescopage » des termes opposés, nous obtenons : \[xp(x) - p(x) = x^n - 1, \quad \text{soit} \quad (x-1)\,p(x) = x^n - 1.\] Nous en déduisons l'égalité attendue : \[\forall x \in \mathbb{R},\quad x^n - 1 = (x-1)\bigl(x^{n-1} + x^{n-2} + \cdots + x + 1\bigr).\]
Proposition — Factorisation remarquable
Soient \(n \geq 2\) un entier, \(x\) et \(a\) deux réels avec \(a \neq 0\) : \[x^n - a^n = (x-a)\bigl(x^{n-1} + x^{n-2}a + \cdots + xa^{n-2} + a^{n-1}\bigr).\]
💡 Intuition — Comment se ramener au lemme ?

On connaît le cas \(a = 1\) grâce au lemme. Ici \(a \neq 1\) en général, mais l'idée est de se ramener au cas \(a = 1\).

Pour cela, on divise les deux termes \(x^n\) et \(a^n\) par \(a^n\) — mais pour garder l'égalité, on multiplie simultanément par \(a^n\) : \[x^n - a^n = a^n\!\left(\frac{x^n}{a^n} - \frac{a^n}{a^n}\right) = a^n\!\left(\!\left(\frac{x}{a}\right)^{\!n} - 1\right).\] Le terme \(\left(\dfrac{x}{a}\right)^n - 1\) est exactement de la forme \(X^n - 1\) avec \(X = \dfrac{x}{a}\). On applique le lemme : \[\left(\frac{x}{a}\right)^{\!n} - 1 = \left(\frac{x}{a}-1\right)\!\left(\!\left(\frac{x}{a}\right)^{\!n-1} + \cdots + 1\right) = \frac{x-a}{a}\cdot\frac{x^{n-1}+x^{n-2}a+\cdots+a^{n-1}}{a^{n-1}}.\] En multipliant par \(a^n\) pour retrouver \(x^n - a^n\), les puissances de \(a\) se simplifient et on obtient le résultat.
Démonstration — Puisque \(a \neq 0\), il vient : \[x^n - a^n = a^n\!\left(\!\left(\frac{x}{a}\right)^{\!n} - 1\right).\] En appliquant le lemme ci-dessus avec \(x \leftarrow \dfrac{x}{a}\), nous obtenons : \[x^n - a^n = a^n\!\left(\frac{x}{a} - 1\right)\!\left(\!\left(\frac{x}{a}\right)^{\!n-1} + \left(\frac{x}{a}\right)^{\!n-2} + \cdots + \frac{x}{a} + 1\right),\] \[= a^{n-1}(x-a)\!\left(\frac{x^{n-1}}{a^{n-1}} + \frac{x^{n-2}}{a^{n-2}} + \cdots + \frac{x}{a} + 1\right),\] \[= (x-a)\bigl(x^{n-1} + x^{n-2}a + \cdots + xa^{n-2} + a^{n-1}\bigr).\]
Remarques
Exemple — Application : divisibilité
Pour tout entier naturel \(n\), l'entier \(7^n - 2^n\) est divisible par \(5\).

💡 Intuition : 7 et 2 sont deux entiers dont la différence vaut 5. Par la factorisation remarquable, \(7^n - 2^n\) est toujours divisible par \(7 - 2 = 5\), quel que soit \(n\) — sans avoir besoin de calculer \(7^n - 2^n\) explicitement. Plus généralement, pour deux entiers \(a\) et \(b\), \(a^n - b^n\) est toujours divisible par \(a - b\).

En posant \(q = \displaystyle\sum_{k=0}^{n-1} 7^{n-k-1} \cdot 2^k \in \mathbb{N}\), on obtient par la factorisation remarquable : \[7^n - 2^n = (7-2)\,q = 5q.\]

I.4 Racines et factorisation

Proposition 1 — Divisibilité
Soient \(p\) un polynôme de degré \(n \geq 1\) et \(a\) un réel quelconque. Il existe un unique polynôme \(Q\) de degré \(n-1\) tel que : \[\forall x \in \mathbb{R},\quad p(x) = (x-a)\,Q(x) + p(a).\] Le polynôme \(Q\) est le quotient et \(p(a)\) est le reste de la division de \(p\) par \((x-a)\).
Démonstration — Posons \(p(x) = \displaystyle\sum_{k=0}^{n} a_k x^k\) avec \(a_n \neq 0\). Il vient : \[p(x) - p(a) = \sum_{k=0}^{n} a_k x^k - \sum_{k=0}^{n} a_k a^k = \sum_{k=0}^{n} a_k(x^k - a^k).\] Par la factorisation remarquable, chaque terme \(x^k - a^k = (x-a)(x^{k-1} + x^{k-2}a + \cdots + a^{k-1})\). Donc : \[p(x) - p(a) = (x-a)\left(a_n\sum_{k=0}^{n-1}x^{n-k-1}a^k + a_{n-1}\sum_{k=0}^{n-2}x^{n-k-2}a^k + \cdots + a_1\right).\] En posant \(Q(x)\) le polynôme entre parenthèses (de degré \(n-1\)), on obtient : \[\forall x \in \mathbb{R},\quad p(x) = (x-a)Q(x) + p(a).\]
💡 Intuition. C'est exactement la division euclidienne des entiers transposée aux polynômes : diviser \(p\) par \((x-a)\) donne un quotient \(Q\) et un reste \(p(a)\). La beauté du résultat est que le reste se calcule simplement en évaluant \(p\) en \(a\) — sans faire la division.
Remarque
Par analogie avec la division euclidienne dans \(\mathbb{N}\), on désigne par \(Q(x)\) le quotient de la division de \(p(x)\) par \((x-a)\), et par \(p(a)\) le reste de cette division.
Corollaire 1 — Racines et factorisation
Soit \(p\) un polynôme de degré \(n \geq 1\) et \(a \in \mathbb{R}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
  1. \(a\) est une racine de \(p\), i.e. \(p(a) = 0\).
  2. \((x-a)\) divise \(p\), i.e. il existe \(Q\) de degré \(n-1\) tel que \(p(x) = (x-a)Q(x)\).
De plus, un polynôme de degré \(n > 0\) a au plus \(n\) racines distinctes.
Démonstration — C'est une conséquence immédiate de la Proposition 1 : le reste de la division de \(p\) par \((x-a)\) est \(p(a)\). Donc \((x-a)\) divise \(p\) (reste nul) si et seulement si \(p(a) = 0\).
💡 Intuition. Si \(p(a) = 0\), le reste de la division est nul — exactement comme \(12 \div 3 = 4\) sans reste. On extrait la racine, on réduit le degré d'un cran, et on recommence.
Méthode 2 — Factoriser un polynôme
Connaissant une racine \(a\) d'un polynôme \(f\) de degré \(n\), on sait que \(f(x) = (x-a)Q(x)\) où \(Q\) est de degré \(n-1\). On détermine \(Q\) par l'une des deux méthodes :
  1. Par identification : on pose \(Q(x) = b_{n-1}x^{n-1} + \cdots + b_0\) avec des coefficients inconnus, on développe le produit \((x-a)Q(x)\) et on identifie les coefficients avec ceux de \(f\) terme à terme.
  2. Par division euclidienne : on effectue la division de \(f\) par \((x-a)\).
Méthode 2bis — Trouver une racine entière
Pour un polynôme à coefficients entiers, toute racine entière est forcément un diviseur du terme constant. On teste donc uniquement ces candidats, pas tous les entiers.
Pourquoi ? Si \(a\) est une racine entière, on sait que \(f(x) = (x-a)Q(x)\). En évaluant en \(x = 0\) : \[f(0) = (0-a)Q(0) = -a \cdot Q(0).\] Or \(f(0)\) est le terme constant du polynôme. Donc \(a\) divise le terme constant.
Exemple — Recherche de racines entières
Soit \(f(x) = x^3 + 6x^2 + 11x + 6\). Le terme constant est \(6\), dont les diviseurs sont \(\pm 1, \pm 2, \pm 3, \pm 6\). On teste : On trouve les trois racines \(-1, -2, -3\) en ne testant que les diviseurs de \(6\).
Méthode — Techniques pour trouver les racines d'un polynôme
Technique 1 — Racines entières (voir Méthode 2bis). Tester les diviseurs du terme constant. On trouve souvent une racine rapidement.

Technique 2 — Racines rationnelles (si le coefficient dominant n'est pas 1). Si \(f(x) = a_n x^n + \cdots + a_0\) à coefficients entiers, toute racine rationnelle \(p/q\) (irréductible) vérifie : \(p\) divise \(a_0\) et \(q\) divise \(a_n\). Cela donne une liste finie de candidats à tester. Quand \(a_n = 1\), on retrouve simplement la Technique 1.

Technique 3 — Une fois une racine trouvée, réduire le degré. On factorise par \((x-a)\) via identification ou division euclidienne. On obtient un polynôme \(Q\) de degré inférieur, et on recommence le processus sur \(Q\). C'est itératif : chaque racine trouvée réduit le degré d'un cran.

Technique 4 — Terminer au degré 2. On finit toujours par tomber sur un trinôme du second degré qu'on résout avec le discriminant \(\Delta = b^2 - 4ac\).

Technique 5 — Autres astuces quand aucune racine évidente n'apparaît.
Exemple 2a — Par identification
Soit \(f(x) = x^3 + 6x^2 + 11x + 6\) dont \(-1\) est racine. On pose : \[f(x) = (x+1)(x^2 + bx + c).\] En développant : \[(x+1)(x^2+bx+c) = x^3 + bx^2 + cx + x^2 + bx + c = x^3 + (b+1)x^2 + (c+b)x + c.\] On identifie terme à terme avec \(f(x) = x^3 + 6x^2 + 11x + 6\) : On obtient \(f(x) = (x+1)(x^2+5x+6) = (x+1)(x+2)(x+3)\).
Exemple 2b — Par division euclidienne
Soit \(f(x) = x^4+5x^3+5x^2-5x-6\) dont \(1\) est racine. Division euclidienne par \((x-1)\) :
\(x^4+5x^3+5x^2-5x-6 \;\big|\; x-1\)
\(\underline{-(x^4-x^3)}\hphantom{+5x^2-5x-6}\quad x^3+6x^2+11x+6\)
\(\hphantom{x^4+\,}6x^3+5x^2-5x-6\)
\(\hphantom{x^4+\,}\underline{-(6x^3-6x^2)}\)
\(\hphantom{x^4+5x^3+\,}11x^2-5x-6\)
\(\hphantom{x^4+5x^3+\,}\underline{-(11x^2-11x)}\)
\(\hphantom{x^4+5x^3+5x^2+\,}6x-6\)
\(\hphantom{x^4+5x^3+5x^2+\,}\underline{-(6x-6)}\)
\(\hphantom{x^4+5x^3+5x^2+6x-\,}0\)
On obtient \(f(x) = (x-1)(x^3+6x^2+11x+6)\), puis : \[= (x-1)(x+1)(x^2+5x+6) = (x-1)(x+1)(x+2)(x+3).\]
Exercice 1
Factoriser et étudier le signe sur \(\mathbb{R}\) : \[A(x) = (x-3)^2 - 16, \qquad B(x) = x^3 - 1.\]
Complément — Exercice corrigé : coefficients proportionnels (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \(P(x) = ax^3 + bx^2 + cx + d\) avec \(a \neq 0\) et \(ad = bc\).
1. Montrer que \(P(x) = a\!\left(x^2 + \dfrac{c}{a}\right)\!\left(x + \dfrac{b}{a}\right)\).
2. Résoudre \(2x^3 + 4x^2 - 3x - 6 = 0\).

Solution — 1. Puisque \(ad = bc\) et \(a \neq 0\), on a \(d = \dfrac{bc}{a}\). Ainsi : \[P(x) = a\!\left(x^3 + \frac{b}{a}x^2 + \frac{c}{a}x + \frac{bc}{a^2}\right) = a\!\left[x\!\left(x^2+\frac{c}{a}\right) + \frac{b}{a}\!\left(x^2+\frac{c}{a}\right)\right] = a\!\left(x^2+\frac{c}{a}\right)\!\left(x+\frac{b}{a}\right).\] 2. On remarque que \(2\times(-6) = 4\times(-3)\), donc \(ad = bc\). Par la question 1 : \[P(x) = 2\!\left(x^2 - \frac{3}{2}\right)(x+2).\] L'équation \(P(x) = 0\) donne \(x + 2 = 0\) ou \(x^2 = \dfrac{3}{2}\), soit : \[\mathcal{S} = \left\{-2,\;-\frac{\sqrt{6}}{2},\;\frac{\sqrt{6}}{2}\right\}.\]
Complément — Exercice corrigé : équation du troisième degré (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \((E)\) l'équation \(x^3 + px + q = 0\) avec \(p\) et \(q\) deux réels non nuls.
1. Montrer que \((E)\) ne peut pas avoir trois solutions égales.
2. Montrer que si \((E)\) admet trois racines distinctes \(a\), \(b\) et \(c\), alors \(a + b + c = 0\).

Solution — 1. Supposons que \((E)\) possède trois solutions égales à un réel \(a\) (racine triple). Alors \(p : x \mapsto x^3 + px + q = (x-a)^3 = x^3 - 3ax^2 + 3a^2x - a^3\). Par identification : \[\begin{cases} -3a = 0 \\ 3a^2 = p \\ -a^3 = q \end{cases} \implies a = p = q = 0.\] Ceci contredit l'hypothèse \(p\) et \(q\) non nuls. Donc \((E)\) ne peut pas avoir trois solutions égales.

2. Si \(a\), \(b\), \(c\) sont trois racines distinctes, alors \(x^3 + px + q = (x-a)(x-b)(x-c)\). En développant : \[(x-a)(x-b)(x-c) = x^3 - (a+b+c)x^2 + (ab+bc+ca)x - abc.\] Par identification avec \(x^3 + 0\cdot x^2 + px + q\), le coefficient de \(x^2\) donne \(-(a+b+c) = 0\), donc \(a + b + c = 0\).

De plus, par identification des autres coefficients : \(ab+bc+ca = p\) et \(-abc = q\) (relations de Viète).
Complément — Exercice 3 : racines d'un polynôme du 4e degré (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \(p(x) = x^4 + 10x^3 + 18x^2 + 10x + 1\).
1. Justifier que si \(x\) est solution de \(p(x) = 0\), alors \(x \neq 0\).
2. Soit \(x\) une solution. On pose \(t = x + \tfrac{1}{x}\). Déterminer puis résoudre l'équation en \(t\).
3. En déduire les solutions de \(p(x) = 0\).

Solution — 1. \(p(0) = 1 \neq 0\), donc \(x = 0\) n'est pas solution.

2. Puisque \(x \neq 0\), on divise par \(x^2\) : \[x^2 + 10x + 18 + \frac{10}{x} + \frac{1}{x^2} = 0 \iff \left(x^2+\frac{1}{x^2}\right) + 10\left(x+\frac{1}{x}\right) + 18 = 0.\] En remarquant que \(x^2 + \tfrac{1}{x^2} = \left(x+\tfrac{1}{x}\right)^2 - 2 = t^2 - 2\), on obtient l'équation en \(t\) : \[t^2 + 10t + 16 = 0.\] Discriminant réduit : \(\Delta' = 25 - 16 = 9\), donc \(t = -8\) ou \(t = -2\).

3. — Si \(t = -8\) : \(x + \tfrac{1}{x} = -8 \iff x^2 + 8x + 1 = 0\), \(\Delta' = 15\), donc \(x = -4 \pm \sqrt{15}\).
— Si \(t = -2\) : \(x + \tfrac{1}{x} = -2 \iff x^2 + 2x + 1 = 0 \iff (x+1)^2 = 0\), donc \(x = -1\).
\[\mathcal{S} = \{-4-\sqrt{15},\; -4+\sqrt{15},\; -1\}.\]
Complément — Exercice 4 : méthode de Cardan (exemple) (J. Wacksmann)
Exercice. Résoudre \(x^3 + 9x^2 + 21x + 18 = 0\) par la méthode de Cardan.

Solution — Étape 1 — Éliminer le terme en \(x^2\). On pose \(x = y - 3\) (car \(9/3 = 3\)). En substituant, on obtient l'équation déprimée : \[(1) : y^3 - 6y + 9 = 0.\] Étape 2 — Poser \(y = u + v\) avec \(uv = 2\). On obtient le système : \[\begin{cases} u^3 + v^3 = -9 \\ u^3 v^3 = 8 \end{cases}\] En posant \(U = u^3\) et \(V = v^3\), \(U\) et \(V\) sont solutions de \(X^2 + 9X + 8 = 0\).
Discriminant : \(\Delta = 49\), donc \(U = -8\) ou \(V = -1\), soit \(u = -2\), \(v = -1\).
Étape 3. \(y = u + v = -3\), donc \(x = -3 - 3 = -6\).
Vérification : \(p(-6) = -216 + 324 - 126 + 18 = 0\) ✓
Par identification : \(p(x) = (x+6)(x^2+3x+3)\). Le trinôme \(x^2+3x+3\) a \(\Delta = -3 < 0\), donc l'unique solution réelle est \(\boxed{x = -6}\).
Complément — Exercice 5 : méthode de Cardan dans \(\mathbb{R}\) (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \((E) : x^3 + ax^2 + bx + c = 0\). On pose \(p = b - \tfrac{a^2}{3}\) et \(q = \tfrac{2a^3}{27} - \tfrac{ab}{3} + c\). Le changement \(y = x + \tfrac{a}{3}\) transforme \((E)\) en \(y^3 + py + q = 0\). On pose \(\Delta = q^2 + \tfrac{4p^3}{27}\).

Remarque. Lorsque \(\Delta \geq 0\), la résolution complète s'achève ensuite par identification ou division euclidienne comme dans l'exercice 4.
Complément — Exercice 6 : Cardan avec précaution (J. Wacksmann)
Exercice. On pose \(a = \sqrt[3]{\sqrt{5}+2}\), \(b = \sqrt[3]{\sqrt{5}-2}\) et \(N = a - b\).
1. Calculer \(a^3 - b^3\) et \((ab)^3\).
2. En déduire que \(N\) est solution de \(x^3 + 3x - 4 = 0\).
3. Montrer que \(N\) est un entier naturel.

Solution — 1. \(a^3 - b^3 = (\sqrt{5}+2) - (\sqrt{5}-2) = 4\). Et \((ab)^3 = (\sqrt{5}+2)(\sqrt{5}-2) = 5-4 = 1\), donc \(ab = 1\).

2. \(N^3 = (a-b)^3 = a^3 - b^3 - 3ab(a-b) = 4 - 3N\), soit \(N^3 + 3N - 4 = 0\).

3. \(x = 1\) est racine évidente de \(x^3+3x-4 = 0\). Par identification : \(x^3+3x-4 = (x-1)(x^2+x+4)\). Le trinôme \(x^2+x+4\) a \(\Delta = -15 < 0\), donc \(x = 1\) est l'unique racine réelle. Ainsi \(N = 1\).
Complément — Exercice 7 : une factorisation (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \(n \in \mathbb{N}^*\) et \(P(x) = x^3 - 3nx^2 + (3n^2-1)x - n(n^2-1)\).
1. Montrer que \(P(x) = (x-n)(x^2+px+q)\) pour des entiers \(p, q\) dépendant de \(n\).
2. En déduire une factorisation en produit de trois facteurs du premier degré.

Solution — 1. \(P(n) = n^3 - 3n^3 + (3n^2-1)n - n(n^2-1) = n^3 - 3n^3 + 3n^3 - n - n^3 + n = 0\). Donc \((x-n)\) divise \(P\). Par identification avec \((x-n)(x^2+px+q)\), on obtient \(p = -2n\) et \(q = n^2-1\) : \[\forall x \in \mathbb{R},\; P(x) = (x-n)(x^2 - 2nx + n^2 - 1).\] 2. L'équation \(x^2 - 2nx + n^2 - 1 = 0\) a pour discriminant réduit \(\Delta' = n^2 - (n^2-1) = 1\), donc deux racines \(x = n \pm 1\). Ainsi : \[\forall x \in \mathbb{R},\; P(x) = (x-n)(x-n-1)(x-n+1).\]
Complément — Exercice 8 : application de \(x^n - a^n\) (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \(P\) un polynôme de degré \(n \geq 1\). Montrer que :
1. \(P(x) - x\) est en facteur dans \(P(P(x)) - P(x)\).
2. \(P(x) - x\) est en facteur dans \(P(P(x)) - x\).

Solution — 1. Posons \(P(x) = \displaystyle\sum_{k=0}^n a_k x^k\). Alors : \[P(P(x)) - P(x) = \sum_{k=0}^n a_k\bigl[(P(x))^k - x^k\bigr].\] Par la factorisation remarquable, chaque \((P(x))^k - x^k = (P(x)-x)\displaystyle\sum_{j=0}^{k-1}P(x)^{k-j-1}x^j\). Donc \(P(x)-x\) est facteur de \(P(P(x))-P(x)\).

2. \(P(P(x)) - x = \bigl[P(P(x)) - P(x)\bigr] + \bigl[P(x) - x\bigr] = (P(x)-x)\bigl[Q(x)+1\bigr]\), où \(Q(x)\) est le quotient de la question 1. Donc \(P(x)-x\) est facteur de \(P(P(x))-x\).
Complément — Exercice 9 : racine double (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \(n \geq 2\) un entier. Montrer que \(p(x) = x^n - n(x-1) - 1\) est divisible par \((x-1)^2\).

Solution — Par la factorisation remarquable \(x^n - 1 = (x-1)(x^{n-1}+\cdots+x+1)\) : \[p(x) = x^n - 1 - n(x-1) = (x-1)(x^{n-1}+\cdots+x+1) - n(x-1) = (x-1)q(x),\] où \(q(x) = x^{n-1}+x^{n-2}+\cdots+x+1-n\). Or \(q(1) = \underbrace{1+1+\cdots+1}_{n} - n = n - n = 0\). Donc \((x-1)\) divise \(q(x)\), et ainsi \((x-1)^2\) divise \(p(x)\).
Complément — Exercice 10 : olympiades académiques (J. Wacksmann)
Exercice. Soit \(P\) un polynôme de degré \(n \in \mathbb{N}^*\) tel que \(P(k) = \dfrac{k}{k+1}\) pour tout entier \(k\) avec \(0 \leq k \leq n\). On pose \(Q(x) = (x+1)P(x) - x\).
1. Degré de \(Q\) ?
2. Calculer \(Q(k)\) pour \(0 \leq k \leq n\).
3. En déduire \(Q(x) = ax(x-1)(x-2)\cdots(x-n)\) pour un réel \(a \neq 0\).
4. Déterminer \(P(n+1)\) en fonction de \(a\) et \(n\).
5. Calculer \(Q(-1)\) et en déduire \(a\), puis \(P(n+1)\) selon la parité de \(n\).

Solution — 1. \(d°(Q) = n+1\).

2. \(Q(k) = (k+1)\cdot\dfrac{k}{k+1} - k = k - k = 0\) pour tout \(k \in [\![0,n]\!]\).

3. \(Q\) est de degré \(n+1\) et admet \(n+1\) racines \(0, 1, \ldots, n\), donc \(Q(x) = ax(x-1)\cdots(x-n)\).

4. \(Q(n+1) = a(n+1)! = (n+2)P(n+1)-(n+1)\), donc \(P(n+1) = \dfrac{a(n+1)!+(n+1)}{n+2}\).

5. \(Q(-1) = (-1+1)P(-1)+1 = 1\). D'autre part \(Q(-1) = a(-1)(-2)\cdots(-(n+1)) = a(-1)^{n+1}(n+1)!\), donc \(a = \dfrac{1}{(-1)^{n+1}(n+1)!}\). On en déduit :
\[P(n+1) = \frac{1}{(n+2)(-1)^{n+1}} + \frac{n+1}{n+2}.\] — Si \(n\) est pair : \((-1)^{n+1} = -1\), donc \(P(n+1) = -\dfrac{1}{n+2} + \dfrac{n+1}{n+2} = \dfrac{n}{n+2}\).
— Si \(n\) est impair : \((-1)^{n+1} = 1\), donc \(P(n+1) = \dfrac{1}{n+2} + \dfrac{n+1}{n+2} = 1\).

6. Script Python :
def poly(n):
    if n%2==0:
        p=n/(n+2)
    else:
        p=1
    return p
Exemple : poly(2022) → \(\frac{2022}{2024} \approx 0{,}999\) ; poly(2023) → \(1\).

I.5 Limites, continuité et dérivabilité

Théorème 2
Les fonctions polynomiales sont définies, continues et dérivables sur \(\mathbb{R}\).
💡 Intuition. Un polynôme est la fonction la plus simple qui soit : on ne fait que multiplier \(x\) par lui-même et additionner. Pas de division, pas de racine, pas de limite. C'est pour cela qu'ils sont définis, continus et dérivables partout sur \(\mathbb{R}\) sans aucune restriction.
Démonstration (esquisse) — Un monôme \(x \mapsto a_k x^k\) est un produit fini de la fonction identité \(x \mapsto x\) par elle-même. Or la fonction identité est continue et dérivable sur \(\mathbb{R}\) (dérivée 1). Un produit fini de fonctions continues (resp. dérivables) est continu (resp. dérivable). Une somme finie de fonctions continues (resp. dérivables) est continue (resp. dérivable). Donc tout polynôme, somme finie de monômes, est continu et dérivable sur \(\mathbb{R}\).
Théorème 3
Soit \(f\) un polynôme de coefficient dominant \(a_n\). Alors : \[\lim_{x\to\pm\infty} f(x) = \mathrm{signe}(a_n)\times\lim_{x\to\pm\infty} x^n.\] La limite en l'infini est celle du monôme de plus haut degré.
💡 Intuition. Quand \(x\) est très grand, les termes de bas degré deviennent négligeables devant le monôme dominant. Par exemple, dans \(7x^5 - 3x^2\), quand \(x = 1000\), le terme \(7x^5 = 7\times10^{15}\) écrase totalement \(3x^2 = 3\times10^6\). Seul le chef de file compte à l'infini.
Démonstration — Soit \(f(x) = a_n x^n + \cdots + a_0\) avec \(a_n \neq 0\). On factorise par \(x^n\) : \[f(x) = x^n \left(a_n + \frac{a_{n-1}}{x} + \frac{a_{n-2}}{x^2} + \cdots + \frac{a_0}{x^n}\right).\] Quand \(x \to \pm\infty\), chaque terme \(\dfrac{a_k}{x^{n-k}} \to 0\), donc la parenthèse tend vers \(a_n\). On obtient : \[\lim_{x\to\pm\infty} f(x) = \lim_{x\to\pm\infty} a_n x^n = \mathrm{signe}(a_n) \times \lim_{x\to\pm\infty} x^n.\]
Limites en l'infini des fonctions x^n
Figure 3 — Comportement en ±∞ des fonctions x↦xⁿ selon la parité de n.
Exercice 2
Déterminer les limites en \(\pm\infty\) de :
  1. \(f_1(x) = x^2+3x-5\)
  2. \(f_2(x) = 7x^5-3x^2+2x+1\)
  3. \(f_3(x) = 3x^6-x^4+2x+3\)
  4. \(f_4(x) = 3x^3-2x^2+7x+2\)

II — Les fonctions rationnelles

II.1 Généralités

Définition 2 — Fonction rationnelle
Quotient de fonctions polynomiales : \[f(x) = \frac{a_n x^n + \cdots + a_0}{b_m x^m + \cdots + b_0}.\]
💡 Intuition. Un pôle est un point où le dénominateur s'annule : la fonction « explose » (tend vers \(\pm\infty\)). C'est là que naissent les asymptotes verticales. Une racine, elle, annule le numérateur : la courbe coupe l'axe des abscisses. Ces deux types de points structurent entièrement le comportement de la fonction.
Exemple 3 — Fonction homographique
Quotient de deux fonctions affines non proportionnelles (\(ad-bc\neq 0\), \(c\neq 0\)) : \[f(x) = \frac{ax+b}{cx+d} = \frac{a}{c} + \frac{-(ad-bc)/c}{cx+d}, \qquad x \neq -\frac{d}{c}.\] Deux asymptotes : \(x = -\dfrac{d}{c}\) (verticale) et \(y = \dfrac{a}{c}\) (horizontale), dont l'intersection est le centre de symétrie de la courbe (hyperbole équilatère). La dérivée est \(f'(x) = \dfrac{ad-bc}{(cx+d)^2}\).
Pourquoi « non proportionnelles » et \(ad - bc \neq 0\) ?
La condition \(ad - bc \neq 0\) est une condition algébrique qui garantit que le quotient \(\dfrac{ax+b}{cx+d}\) ne se simplifie pas en une constante.

En effet, si le quotient valait une constante \(k\), on aurait pour tout \(x\) : \[ax + b = k(cx + d) = kcx + kd,\] ce qui imposerait \(a = kc\) et \(b = kd\), c'est-à-dire \(\dfrac{a}{c} = \dfrac{b}{d}\), c'est-à-dire \(ad = bc\), c'est-à-dire \(ad - bc = 0\).

La condition \(ad - bc \neq 0\) interdit précisément ce cas et garantit qu'on a bien une vraie fonction homographique avec ses deux asymptotes.
Courbe représentative d'une fonction homographique
Figure 5 — Courbe de x↦(x+1)/(x−2) avec asymptotes x=2 et y=1, centre de symétrie I.

II.2 Limites, continuité et dérivabilité

Théorème 4
Remarque — Asymptote horizontale: Les trois cas selon \(r\)
Remarque — Lien avec la fonction homographique
La fonction homographique \(f(x) = \dfrac{ax+b}{cx+d}\) est une fonction rationnelle de degré \(r = 1-1 = 0\). Par le Théorème 4, sa limite en \(\pm\infty\) est \(\dfrac{a}{c}\) — ce qui correspond bien à l'asymptote horizontale \(y = \dfrac{a}{c}\) vue en I.1.
Remarque — Analogie avec les polynômes
Comme pour les polynômes (Théorème 3), seul le monôme dominant de chaque membre compte à l'infini. Les termes de plus bas degré deviennent négligeables devant le terme dominant. La limite d'une fraction rationnelle se lit donc directement sur le rapport des coefficients dominants et la différence des degrés.
Limites de 1/x^n en 0 et ±infini
Figure 6 — Limites en 0 et en ±∞ des fonctions x↦1/xⁿ : explosion en 0, tendance vers 0 en ±∞.
Exercice 3 — Étude de limites
  1. \(\displaystyle\lim_{x\to\pm\infty} \frac{-x^2+x+6}{2x^2+5x+2}\)
  2. \(\displaystyle\lim_{x\to\pm\infty} \frac{x^3+8}{x^2-x-6}\)
  3. \(\displaystyle\lim_{x\to 3} \frac{2x^2-5x-3}{-x^2+x+6}\)

III — La fonction logarithme népérien

III.1 Le logarithme est défini pour tout \(x > 0\)

Définition 3 — Logarithme népérien
L'unique primitive de \(x \mapsto \tfrac{1}{x}\) sur \(\mathbb{R}^*_+\) qui s'annule en \(1\) : \[\forall x > 0,\quad \ln(x) = \int_1^x \frac{dt}{t}.\] \[\mathcal{D}_{\ln} = \;]0\,;\,+\infty[.\]
💡 Intuition. Il y a deux façons de comprendre ln, toutes deux valides :

Point de vue 1 — ln comme réciproque de exp (le plus naturel) : ln est la fonction qui « défait » ce que fait exp. Si exp(2) ≈ 7,39, alors ln(7,39) ≈ 2. Géométriquement, la courbe de ln est le symétrique de celle de exp par rapport à la droite y = x. C'est souvent ainsi qu'on ressent ln intuitivement.

Point de vue 2 — ln comme aire sous 1/x (celui du cours) : ln(x) est l'aire algébrique sous la courbe y = 1/t entre 1 et x. C'est la définition choisie ici car elle est rigoureuse sans supposer qu'exp existe déjà, et elle permet de déduire toutes les propriétés (notamment ln' = 1/x) directement. Si x > 1, l'aire est positive ; si 0 < x < 1, l'aire est négative ; en x = 1, l'aire est nulle, donc ln(1) = 0.

Les deux points de vue sont équivalents — ce sont deux facettes du même objet.
Complément — Qu'est-ce qu'une aire algébrique ?
Une aire géométrique est toujours positive — c'est une surface. Une aire algébrique peut être positive ou négative selon la position de la courbe par rapport à l'axe des x et le sens de parcours.

Pour \(\ln(x) = \displaystyle\int_1^x \frac{dt}{t}\) : C'est analogue au travail en physique : une force qui s'oppose au déplacement produit un travail négatif. Le signe porte une information sur l'orientation, pas seulement sur la taille.
Exercice 4 — Domaines de définition
\(f_1 : x \mapsto \ln(5x-3)\), \(f_2 : x \mapsto \ln\!\left(\tfrac{2-x}{1-x}\right)\), \(f_3 : x \mapsto \ln(x^2-2x+1)\).

III.2 Variation de ln

Théorème 5
Démonstration — Par définition, \(\ln\) est l'unique primitive de \(x \mapsto \dfrac{1}{x}\) sur \(\mathbb{R}^*_+\) qui s'annule en \(1\). Donc \(\ln\) est dérivable sur \(\mathbb{R}^*_+\) et \(\ln'(x) = \dfrac{1}{x}\).

Or, pour tout \(x > 0\), \(\ln'(x) = \dfrac{1}{x} > 0\). Une fonction dérivable à dérivée strictement positive sur un intervalle est strictement croissante sur cet intervalle. Donc \(\ln\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}^*_+\).
💡 Pourquoi « qui s'annule en 1 » est-il indispensable ?

La primitive de \(\tfrac{1}{x}\) sur \(\mathbb{R}^*_+\) n'est pas unique : toutes les fonctions \(x \mapsto \ln(x) + C\) pour n'importe quelle constante \(C \in \mathbb{R}\) sont des primitives de \(\tfrac{1}{x}\). Sans condition supplémentaire, on ne peut pas définir \(\ln\) de façon unique.

La condition "qui s'annule en 1", c'est-à-dire \(\ln(1) = 0\), impose \(C = 0\) et sélectionne une seule primitive parmi toutes. C'est cette condition initiale qui donne son identité à \(\ln\) — et dont découlent ensuite toutes ses propriétés fondamentales : \(\ln(e) = 1\), \(\ln(ab) = \ln a + \ln b\), etc.

C'est exactement le même mécanisme que pour exp : l'équation \(f' = f\) a une infinité de solutions \(Ce^x\), mais la condition \(f(0) = 1\) en sélectionne une seule.
Remarque
La dérivée de \(x \mapsto \ln|x|\) est encore \(\tfrac{1}{x}\) pour \(x < 0\), car \(\tfrac{d}{dx}\ln(-x) = \tfrac{-1}{-x} = \tfrac{1}{x}\). Ainsi \(\ln|x|\) est une primitive de \(\tfrac{1}{x}\) sur \(\mathbb{R}^*\).
Proposition — Signe de \(\ln(x)\)
Pour tout \(x > 0\) :
Démonstration — \(\ln\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}^*_+\) et \(\ln(1) = 0\). Donc :
Exercice — Résoudre \(\ln(x^2-1) < 0\)
Résoudre l'inéquation \(\ln(x^2-1) < 0\).
Solution — Condition d'existence : \(x^2 - 1 > 0 \iff x^2 > 1 \iff x \in ]-\infty;-1[\,\cup\,]1;+\infty[\).

Résolution : sur le domaine d'existence, par la proposition sur le signe de \(\ln\) : \[\ln(x^2-1) < 0 \iff 0 < x^2 - 1 < 1 \iff 1 < x^2 < 2 \iff x^2 \in ]1\,;\,2[.\] Or \(x^2 < 2 \iff |x| < \sqrt{2} \iff x \in ]-\sqrt{2}\,;\,\sqrt{2}[\).
En intersectant avec le domaine d'existence : \[\mathcal{S} = \bigl]-\sqrt{2}\,;\,-1\bigr[\;\cup\;\bigl]1\,;\,\sqrt{2}\bigr[.\]
\(x \mapsto \tfrac{1}{x}\) \(x \mapsto \ln(x)\)
Proposition — Comparaison de deux logarithmes
Soient \(a, b > 0\). Puisque \(\ln\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}^*_+\) :
Démonstration — \(\ln\) est une bijection strictement croissante de \(\mathbb{R}^*_+\) sur \(\mathbb{R}\) (Théorème 7). Une fonction strictement croissante est injective, donc : \[\ln(a) = \ln(b) \iff a = b.\] Et puisque \(\ln\) est strictement croissante : \[\ln(a) < \ln(b) \iff a < b.\]
Exemple 4
Résolvons \(\ln(2-2x) = \ln 2\). Condition d'existence : \(2-2x > 0 \Rightarrow x < 1\). \[\ln(2-2x) = \ln 2 \iff 2-2x = 2 \iff x = 0 \in ]-\infty;1[.\quad \mathcal{S} = \{0\}.\]
Exercices — Comparaison de logarithmes
L'ensemble de définition commun est \(D = \,]-\infty,-1[\,\cup\,]1,+\infty[\). Résoudre :
  1. L'équation \(\ln(x^2-1) = \ln 2\).
  2. L'inéquation \(\ln(x^2-1) > \ln 2\).
Solution — L'ensemble de définition est \(D = \,]-\infty,-1[\,\cup\,]1,+\infty[\) (calculé à l'exercice précédent).

1. Équation \(\ln(x^2-1) = \ln 2\) :
Par la proposition de comparaison : \[\ln(x^2-1) = \ln 2 \iff x^2 - 1 = 2 \iff x^2 = 3 \iff x = -\sqrt{3} \text{ ou } x = \sqrt{3}.\] Les deux valeurs appartiennent à \(D\), donc : \[\mathcal{S} = \{-\sqrt{3},\, \sqrt{3}\} \cap D = \{-\sqrt{3},\, \sqrt{3}\}.\]
2. Inéquation \(\ln(x^2-1) > \ln 2\) :
Par la proposition de comparaison : \[\ln(x^2-1) > \ln 2 \iff x^2 - 1 > 2 \iff x^2 > 3 \iff x < -\sqrt{3} \text{ ou } x > \sqrt{3}.\] En intersectant avec \(D\) : \[\mathcal{S'} = \bigl(]-\infty,-\sqrt{3}[\,\cup\,]\sqrt{3},+\infty[\bigr) \cap D = \,]-\infty,-\sqrt{3}[\,\cup\,]\sqrt{3},+\infty[.\]

III.3 Composées

Remarque préliminaire — Dérivée de \(x \mapsto \ln|x|\)
La fonction \(f : x \mapsto \ln|x|\) est définie sur \(\mathbb{R}^*\). On distingue deux cas.

1er cas : \(x > 0\). Pour tout réel \(x > 0\), \(f(x) = \ln x\), ce qui donne : \[\forall x \in\, ]0, +\infty[,\quad f'(x) = \frac{1}{x}.\] 2e cas : \(x < 0\). Pour tout réel \(x < 0\), \(f(x) = \ln(-x)\), ce qui donne : \[\forall x \in\, ]0, +\infty[,\quad f'(x) = \frac{-1}{-x} = \frac{1}{x}.\] On en conclut que la fonction \(f\) est dérivable sur \(\mathbb{R}^*\) et : \[\forall x \in \mathbb{R}^*,\quad f'(x) = \frac{1}{x}.\] Ainsi \(\ln|x|\) est une primitive de \(\tfrac{1}{x}\) sur \(\mathbb{R}^*\).
Théorème 6 — Dérivée de \(\ln(u(x))\)
Soit \(u\) une fonction dérivable sur un intervalle \(I\) telle que \(\forall x \in I,\; u(x) > 0\).
La fonction \(g : x \mapsto \ln(u(x))\) est dérivable sur \(I\) et : \[\forall x \in I,\quad g'(x) = \frac{u'(x)}{u(x)}.\]
Démonstration — Puisque : on peut appliquer le théorème de dérivation de la composée de deux fonctions à \(g = \ln \circ\, u\). Il en résulte que \(g\) est dérivable sur \(I\) et, pour tout \(x \in I\) : \[g'(x) = u'(x) \times \ln'(u(x)) = u'(x) \times \frac{1}{u(x)} = \frac{u'(x)}{u(x)}.\]
💡 Intuition. La formule \((\ln u)' = \dfrac{u'}{u}\) est le « taux de croissance relatif » de \(u\). Elle mesure non pas la vitesse absolue de variation de \(u\), mais la vitesse proportionnelle à \(u\) elle-même. C'est pourquoi le logarithme est si utile en économie, biologie ou physique : \(\dfrac{u'}{u}\) représente le taux de croissance en pourcentage par unité de temps.
Exemples — Dérivée de \(\ln(u(x))\)
  1. \(f : x \mapsto \ln(x^2+1)\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) puisque \(\forall x \in \mathbb{R},\; x^2 + 1 > 0\). Par composition, pour tout réel \(x\) : \[f'(x) = 2x \cdot \ln'(x^2+1) = \frac{2x}{x^2+1}.\]
  2. \(f : x \mapsto \ln(e^x - 2)\) est dérivable pour les réels \(x\) tels que \(e^x - 2 > 0\), c'est-à-dire \(e^x > 2\), soit \(x > \ln 2\). Par suite, pour \(x \in\, ]\ln 2, +\infty[\) : \[f'(x) = e^x \cdot \ln'(e^x - 2) = \frac{e^x}{e^x - 2}.\]
Exercice — Dérivées de composées avec ln
Calculer les dérivées des fonctions suivantes (après avoir précisé leur domaine de dérivabilité) :
  1. \(f(x) = \ln(3x^2 - x + 1)\)
  2. \(g(x) = \ln\!\left(\dfrac{x+1}{x-1}\right)\) pour \(x > 1\)
  3. \(h(x) = \ln(\sin x)\) sur un intervalle à préciser
  4. \(k(x) = [\ln(x+1)]^3\)

III.4 Propriétés algébriques de la fonction ln

Action de ln sur la multiplication

Proposition 1 — Action sur le produit et le quotient
Quels que soient les réels \(a\) et \(b\) strictement positifs, nous avons :
Démonstration — 1. \(\ln(ab) = \ln a + \ln b\). Soient deux réels \(a > 0\) et \(b > 0\). En utilisant la fonction exp, il vient : \[e^{(\ln a + \ln b)} = e^{\ln a} \times e^{\ln b} = ab = e^{\ln(ab)},\] ce qui implique, par injectivité de exp, la conclusion attendue : \[\forall a \in \mathbb{R}^{+*},\; \forall b \in \mathbb{R}^{+*},\quad \ln(ab) = \ln a + \ln b.\] Remarque. Si \(a < 0\) et \(b < 0\), alors \(ab > 0\). Par conséquent \(\ln(ab)\) est défini mais on ne peut pas appliquer l'égalité \(\ln(ab) = \ln a + \ln b\) car \(\ln a\) et \(\ln b\) ne sont pas définis.

Par exemple, la fonction \(x \mapsto \ln(x^2-1)\) est définie pour les réels \(x\) tels que \(x^2 - 1 > 0\), c'est-à-dire pour \(x \in\; ]-\infty, -1[\,\cup\,]1, +\infty[\), mais seulement lorsque \(x \in\; ]1, +\infty[\), on a : \[\ln(x^2-1) = \ln(x-1)(x+1) = \ln(x-1) + \ln(x+1).\] 2. \(\ln\!\left(\dfrac{1}{b}\right) = -\ln b\). Soit un réel \(b > 0\). On a : \[\ln b + \ln\!\left(\frac{1}{b}\right) = \ln\!\left(b \times \frac{1}{b}\right) = \ln 1 = 0,\] donc \(\ln\!\left(\dfrac{1}{b}\right) = -\ln b\). 3. \(\ln\!\left(\dfrac{a}{b}\right) = \ln a - \ln b\). Découle directement des deux premières propriétés : \[\ln\!\left(\frac{a}{b}\right) = \ln\!\left(a \cdot \frac{1}{b}\right) = \ln a + \ln\!\left(\frac{1}{b}\right) = \ln a - \ln b.\]
💡 Pourquoi ln transforme les produits en sommes ? C'est une conséquence directe de la définition par l'intégrale. Pour \(a, b > 0\) : \[\ln(ab) = \int_1^{ab}\frac{dt}{t} = \int_1^a\frac{dt}{t} + \int_a^{ab}\frac{dt}{t}.\] Dans la seconde intégrale, le changement de variable \(t = au\) donne \(\int_1^b \frac{du}{u} = \ln(b)\). Cette propriété est ce qui rend ln si puissante : elle transforme des multiplications (difficiles) en additions (faciles). C'est aussi ce qui explique la croissance très lente de ln : doubler \(x\) n'ajoute qu'une constante.
Exemples 5
  1. \(\ln 50 = \ln(5^2\cdot 2) = 2\ln 5 + \ln 2\).
  2. \(\ln\sqrt{12} = \tfrac{1}{2}\ln(4\cdot 3) = \ln 2 + \tfrac{1}{2}\ln 3\).
  3. \(2^n > 10000 \iff n\ln 2 > 4\ln 10 \iff n > \tfrac{4\ln 10}{\ln 2} \approx 13{,}3\). Donc \(n \geq 14\).
Corollaire 3
Pour \(a_1,\ldots,a_n, b_1,\ldots,b_m > 0\) : \[\ln\!\left(\frac{a_1\cdots a_n}{b_1\cdots b_m}\right) = \sum_{k=1}^n \ln(a_k) - \sum_{k=1}^m \ln(b_k).\]
Exemple — Simplification d'une expression
Soit la fonction définie sur \(\mathbb{R}\) par \(f : x \mapsto \ln\!\left(\dfrac{e^{2x}}{e^x+1}\right)\). Nous proposons de justifier que, pour tout réel \(x\) : \[f(x) = x - \ln(1 + e^{-x}).\] Pour tout réel \(x\), nous avons : \[\begin{aligned} f(x) &= \ln e^{2x} - \ln(e^x + 1) \\ &= 2x - \ln e^x(1 + e^{-x}) \\ &= 2x - \bigl(\ln e^x + \ln(1 + e^{-x})\bigr) \\ &= 2x - x - \ln(1 + e^{-x}) \\ &= x - \ln(1 + e^{-x}). \end{aligned}\]
Exercice 5
Déterminer le plus petit entier \(n\) tel que :
  1. \((0{,}7)^n \leq 10^{-2}\)
  2. \((1{,}05)^n > 10\)
  3. \(\left(\tfrac{1}{3}\right)^n \leq 10^{-7}\)
  4. \((0{,}98)^{n-1} < 0{,}6\)

Action de ln sur une puissance

Proposition — Action sur une puissance entière
Pour tout réel \(a\) strictement positif et pour tout entier relatif \(n\), nous avons : \[\ln(a^n) = n \ln a.\]
Démonstration — Soient \(a \in \mathbb{R}^{+*}\) et \(n \in \mathbb{Z}\). Par disjonction, nous distinguons deux cas selon que \(n \geq 0\) ou \(n < 0\).

1er cas : \(n \geq 0\), c'est-à-dire \(n \in \mathbb{N}\). Nous prouvons l'égalité attendue par récurrence.

Initialisation. Nous avons : \[\ln(a^0) = \ln 1 = 0 = 0 \times \ln a,\] ce qui justifie la propriété au rang \(n = 0\).

Hérédité. Supposons qu'à un rang entier \(n\) fixé, \(\ln(a^n) = n \ln a\). Montrons que \(\ln(a^{n+1}) = (n+1)\ln a\). En utilisant l'hypothèse de récurrence, il vient : \[\ln(a^{n+1}) = \ln(a^n \times a) = \ln(a^n) + \ln a = n\ln a + \ln a = (n+1)\ln a.\] L'égalité attendue est donc héréditaire. En appliquant le principe de récurrence, nous en concluons : \[\forall n \in \mathbb{N},\quad \ln(a^n) = n\ln a.\] 2e cas : \(n < 0\), c'est-à-dire \(n \in \mathbb{Z}^-{}^*\). Nous posons \(p = -n\), ainsi \(p \in \mathbb{N}^*\). Il vient : \[\ln(a^n) = \ln(a^{-p}) = \ln\!\left(\frac{1}{a^p}\right) = -\ln a^p = (-p)\ln a = n\ln a.\] Conclusion. L'étude de ces deux cas établit la proposition énoncée.
Proposition — Action sur la racine \(n\)-ième
Pour tout réel \(a\) strictement positif et tout entier naturel \(n \geq 2\), nous avons : \[\ln\!\left(\sqrt[n]{a}\right) = \frac{1}{n}\ln a.\]
Démonstration — Soient \(a \in \mathbb{R}^{+*}\) et \(n \geq 2\). Nous avons : \[\ln a = \ln\!\left[\left(\sqrt[n]{a}\right)^n\right] = n\ln\!\left(\sqrt[n]{a}\right),\] ce qui permet de conclure par : \[\ln\!\left(\sqrt[n]{a}\right) = \frac{1}{n}\ln a.\]
Remarques
Exemples — Égalité de fonctions et action sur les puissances
1er exemple. Les fonctions \(f : x \mapsto 2\ln x\) et \(g : x \mapsto \ln(x^2)\) sont-elles égales ?
La fonction \(f\) est définie sur \(\mathbb{R}^{+*}\) et la fonction \(g\) sur \(\mathbb{R}^*\). Par conséquent, ces deux fonctions ne sont pas égales. L'égalité a lieu en restreignant \(g\) à \(\mathbb{R}^{+*}\) car dans ce cas : \[\forall x \in \mathbb{R}^{+*},\quad \ln(x^2) = 2\ln x.\] 2e exemple. Les fonctions \(f : x \mapsto 2\ln|x|\) et \(g : x \mapsto \ln x^2\) sont-elles égales ?
Cette fois, nous avons \(f = g\) car ces deux fonctions sont définies sur \(\mathbb{R}^*\) et, pour tout réel \(x \neq 0\) : \[f(x) = \ln(|x|^2) = \ln(x^2) = g(x).\]

III.5 Bijection de \(]0,+\infty[\) dans \(\mathbb{R}\)

Théorème 7
\(\ln\) réalise une bijection de \(\mathbb{R}^*_+\) sur \(\mathbb{R}\). En particulier, \(1\) admet un unique antécédent par \(\ln\), noté \(e\) : \[\ln(e) = 1 \quad\text{et}\quad e \approx 2{,}71828.\]

III.6 Limites de ln en 0 et \(+\infty\)

Proposition 2 — Limites aux bornes
Démonstration — Limite en \(+\infty\). Pour déterminer la limite de la fonction ln en \(+\infty\), nous utilisons la définition théorique d'une limite égale à \(+\infty\) en \(+\infty\). Soit un réel \(A > 0\). La fonction exp étant croissante strictement sur \(\mathbb{R}\), pour que \(\ln x > A\), il suffit que : \[e^{\ln x} > e^A, \quad\text{c'est-à-dire}\quad x > e^A.\] Par conséquent, en posant \(B = e^A\), nous obtenons : \[\forall A > 0,\; \exists B > 0,\; \forall x \in\, ]0,+\infty[,\quad x > B \Rightarrow \ln x > A,\] ce qui établit le résultat annoncé : \[\lim_{x \to +\infty} \ln x = +\infty.\] Limite en \(0^+\). Pour déterminer la limite de la fonction ln en \(0^+\), nous posons : \[X = \frac{1}{x},\] ce qui donne : \[\ln x = \ln\!\left(\frac{1}{X}\right) = -\ln X.\] Par composition, nous en concluons : \[\lim_{x \to 0^+} \ln x = \lim_{X \to +\infty} (-\ln X) = -\infty.\] Remarque. Puisque \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} \ln x = -\infty\), nous en déduisons que la courbe \(\mathcal{C}_{\ln}\) admet la droite des abscisses pour asymptote verticale.
Exemple — Limites d'une fonction composée
Nous considérons la fonction \(f : x \mapsto \dfrac{\ln x + 1}{\ln x - 1}\), définie sur : \[D_f = \,]0, e[\,\cup\,]e, +\infty[.\] Nous déterminons ses limites aux bornes de \(D_f\). Nous contrôlons graphiquement en observant que la droite d'équation \(x = e\) et la droite d'équation \(y = 1\) sont respectivement une asymptote verticale et horizontale pour la courbe \(\mathcal{C}_f\).
\(\mathcal{C}_f\) asymptotes \(x=e\) et \(y=1\)

III.7 Le logarithme est dominé par les polynômes

Théorème 8 — Croissances comparées
Soit \(n \in \mathbb{N}^*\) : \[\lim_{x\to+\infty}\frac{\ln x}{x^n} = 0^+, \qquad \lim_{x\to 0^+} x^n\ln x = 0^-.\]
💡 Intuition. La relation fondamentale \(\ln(ab) = \ln a + \ln b\) impose une croissance logarithmique, c'est-à-dire extrêmement lente. Doubler \(x\) n'ajoute que \(\ln 2 \approx 0{,}69\) à \(\ln x\). Multiplier \(x\) par un milliard n'ajoute que \(\ln(10^9) \approx 20{,}7\). En comparaison, \(\sqrt{x}\) double quand \(x\) quadruple. Le logarithme est donc toujours dominé par la moindre puissance de \(x\), si petite soit-elle.
Exemple 6
\[\lim_{x\to+\infty}(x-\ln x) = \lim_{x\to+\infty}x\!\left(1-\frac{\ln x}{x}\right) = +\infty.\]
Courbes de ln(x)/x et x·ln(x)
Figure 7 — Courbes représentatives de \(x \mapsto \dfrac{\ln x}{x}\) (max en \(x=e\)) et \(x \mapsto x\ln x\) (min en \(x=1/e\)).

III.8 Le logarithme est au-dessous de ses tangentes

Proposition 3 — Tangentes
  1. \(\displaystyle\lim_{x\to 0}\frac{\ln(1+x)}{x} = 1\)   et   \(\displaystyle\lim_{x\to 1}\frac{\ln x}{x-1} = 1\).
  2. \(\forall x > 0,\quad \ln x \leq x - 1\)   (ln est en-dessous de la tangente en \(1\)).
Pourquoi ces deux limites ?
Ces deux limites ne sont pas données au hasard — elles ont une signification géométrique précise : ce sont deux écritures du taux d'accroissement de ln en \(a = 1\).

Les deux formulations sont utiles en pratique : selon le problème, la forme indéterminée peut apparaître avec une variable qui tend vers \(0\) (première forme) ou une variable qui tend vers \(1\) (deuxième forme). Avoir les deux en tête permet de les reconnaître et de lever l'indétermination directement, sans refaire le calcul.
Démonstration de \(\ln x \leq x - 1\)

Méthode 1 — Étude de fonction. On pose \(h(x) = x - 1 - \ln x\) sur \(]0, +\infty[\). On veut montrer que \(h(x) \geq 0\).

On calcule : \[h'(x) = 1 - \frac{1}{x} = \frac{x-1}{x}.\] Puisque : \(h\) admet un minimum global en \(x = 1\) : \[h(1) = 1 - 1 - \ln 1 = 0.\] Donc \(\forall x > 0,\; h(x) \geq 0\), c'est-à-dire \(\ln x \leq x - 1\).

Méthode 2 — Par concavité (plus courte).
La fonction \(\ln\) est concave sur \(]0, +\infty[\) car : \[\ln''(x) = -\frac{1}{x^2} < 0.\] Or une fonction concave est toujours en dessous de ses tangentes. La tangente à \(\mathcal{C}_{\ln}\) en \(a = 1\) a pour équation \(y = x - 1\), donc directement : \[\forall x > 0,\quad \ln x \leq x - 1.\] La méthode 1 reste préférable en début d'année car elle ne suppose que la dérivée.
💡 Intuition. L'inégalité \(\ln x \leq x - 1\) dit que la courbe de \(\ln\) est toujours en dessous de sa tangente en \(x = 1\) (droite d'équation \(y = x-1\)). Cela traduit la concavité de \(\ln\) : sa dérivée \(1/x\) est décroissante, donc la courbe s'incurve vers le bas. Les fonctions concaves sont toujours sous leurs tangentes.
Remarque — Par translation : \(\ln(1+x) \leq x\)
On part de l'inégalité démontrée : \(\forall x > 0,\; \ln x \leq x - 1\). On effectue le changement de variable \(x \leftarrow 1+x\) : pour que \(\ln(1+x)\) soit défini, il faut \(1+x > 0\), soit \(x > -1\). On obtient : \[\ln(1+x) \leq (1+x) - 1 = x,\] soit : \[\forall x \in\, ]-1, +\infty[, \quad \ln(1+x) \leq x.\]
Pourquoi dit-on « par translation » ? Remplacer \(x\) par \(1+x\) revient à translater le repère d'une unité vers la gauche — on déplace le point de référence de \(1\) vers \(0\). L'inégalité \(\ln x \leq x-1\) est la tangente en \(A(1,0)\) ; après translation, \(\ln(1+x) \leq x\) est la même inégalité avec la tangente \(y = x\) centrée en \(0\).

III.9 Représentation graphique de \(\ln(x)\)

Nous connaissons les tangentes à \(\mathcal{C}_{\ln}\) aux points \(A(1,0)\) et \(B(e,1)\). En combinant :

on peut tracer \(\mathcal{C}_{\ln}\) avec précision.

Tangentes à \(\mathcal{C}_{\ln}\) — À retenir
Explication — Comment obtenir ces équations ?
La tangente à \(\mathcal{C}_{\ln}\) au point d'abscisse \(a > 0\) a pour équation générale : \[y = \frac{1}{a}(x - a) + \ln(a).\]
Courbe représentative de ln(x)
Figure 8 — Courbe de \(x \mapsto \ln(x)\) avec tangentes en \(a=1\) (\(y=x-1\)) et en \(a=e\) (\(y=x/e\)). Asymptote verticale \(x=0\).
Proposition — Symétrie de \(\mathcal{C}_{\ln}\) et \(\mathcal{C}_{\exp}\)
Dans un repère orthonormal du plan, les courbes \(\mathcal{C}_{\ln}\) et \(\mathcal{C}_{\exp}\) sont symétriques par rapport à la droite \(\Delta\) d'équation \(y = x\).
Démonstration — Avec les notations de la figure, puisque les points \(M(x, y)\) et \(M'(x', y')\) sont symétriques relativement à la droite \(\Delta\) d'équation \(y = x\), nous avons : \[x' = y \quad\text{et}\quad y' = x.\] Si \(M(x, y)\) est sur \(\mathcal{C}_{\exp}\), alors \(y = e^x\), donc \(x' = e^x = e^{y'}\), c'est-à-dire \(y' = \ln(x')\) : le point \(M'(x', y')\) est sur \(\mathcal{C}_{\ln}\).
Symétrie des courbes ln et exp par rapport à y=x
Figure 9 — Les courbes de \(\ln\) et \(\exp\) sont symétriques par rapport à la droite \(y = x\). Un point \(M(x,y)\) sur \(\mathcal{C}_{\exp}\) correspond à \(M'(y,x)\) sur \(\mathcal{C}_{\ln}\).
Remarque — Propriété générale
Cette propriété est générale : les représentations graphiques d'une bijection et de sa fonction réciproque sont toujours symétriques par rapport à la première bissectrice du repère orthonormal considéré.
💡 Pourquoi la symétrie par rapport à \(y=x\) implique-t-elle \(x'=y\) et \(y'=x\) ?

Symétriser \(M(x,y)\) par rapport à \(\Delta : y = x\), c'est trouver \(M'(x',y')\) vérifiant deux conditions géométriques.

1. Le milieu de \([MM']\) est sur \(\Delta\). Le milieu a pour coordonnées \(\left(\dfrac{x+x'}{2}, \dfrac{y+y'}{2}\right)\). Pour qu'il soit sur \(y = x\) : \[\frac{x+x'}{2} = \frac{y+y'}{2} \quad\Longrightarrow\quad x + x' = y + y'. \tag{1}\] 2. La droite \(MM'\) est perpendiculaire à \(\Delta\). La pente de \(\Delta\) est \(1\), donc celle de \(MM'\) est \(-1\) : \[\frac{y'-y}{x'-x} = -1 \quad\Longrightarrow\quad y' - y = -(x'-x) \quad\Longrightarrow\quad x + y' = x' + y. \tag{2}\] En résolvant le système \((1)\) et \((2)\), on obtient : \[\boxed{x' = y \quad\text{et}\quad y' = x.}\] La règle à retenir est simple : la symétrie par rapport à \(y = x\) échange les deux coordonnées. C'est ce qui fait que les courbes de \(\ln\) et \(\exp\) sont symétriques — car \(y = e^x \iff x = \ln y\) : les coordonnées sont exactement échangées.

IV — La fonction exponentielle népérienne

IV.1 Définition

Définition 4 — Exponentielle
La bijection réciproque de \(\ln\), notée \(\exp\) : \[\exp : \mathbb{R} \longrightarrow ]0;+\infty[,\qquad y = \ln(x) \iff \exp(y) = x.\] En particulier : \(\forall x \in \mathbb{R},\quad \exp(x) > 0.\)
💡 Intuition. Puisque \(\ln\) est une bijection de \(\mathbb{R}^*_+\) sur \(\mathbb{R}\), elle admet une réciproque. \(\exp\) est simplement la fonction qui « défait » ce que fait \(\ln\) : si \(\ln\) transforme un produit en somme, \(\exp\) transforme une somme en produit. Géométriquement, la courbe de \(\exp\) est le symétrique de celle de \(\ln\) par rapport à la droite \(y = x\).
Pourquoi les deux définitions de ln sont-elles équivalentes ?
On peut définir \(\ln\) de deux façons : Ces deux définitions donnent le même objet. Voici pourquoi, selon le point de départ :

En partant de la Définition A : on démontre que \(\ln\) est une bijection de \(\mathbb{R}^*_+\) sur \(\mathbb{R}\) (Théorème 7). Elle admet donc une réciproque, qu'on appelle \(\exp\). On calcule sa dérivée par la formule de dérivation des fonctions réciproques : si \(y = \exp(x)\) alors \(x = \ln(y)\), donc \(1 = \tfrac{y'}{y}\), donc \(y' = y\), c'est-à-dire \(\exp' = \exp\). De plus \(\exp(0) = 1\) car \(\ln(1) = 0\). Donc \(\exp\) est bien l'unique solution de \(f' = f\), \(f(0) = 1\) — les deux définitions coïncident par unicité.

En partant de la Définition B : on démontre que \(\exp\) est une bijection de \(\mathbb{R}\) sur \(]0;+\infty[\), donc elle admet une réciproque \(\ln\). Par dérivation des fonctions réciproques, \(\ln'(x) = \tfrac{1}{\exp(\ln(x))} = \tfrac{1}{x}\). Et \(\ln(1) = 0\) car \(\exp(0) = 1\). Donc \(\ln\) coïncide avec la primitive de \(\tfrac{1}{x}\) qui s'annule en \(1\) — par unicité de la primitive.

Dans les deux cas, c'est l'unicité (unicité de la primitive avec condition initiale, unicité de la solution de \(f'=f\)) qui garantit que les deux constructions donnent le même objet.
Théorème 9
Symétrie des courbes ln et exp par rapport à y=x
Figure 9 — Les courbes de \(\ln\) et \(\exp\) sont symétriques par rapport à la droite \(y = x\). Un point \(M(x;y)\) sur la courbe de \(\exp\) correspond à \(M'(y;x)\) sur celle de \(\ln\).
Exercice 6
Domaines de définition de : \[f_1 : x \mapsto \ln(1-e^x), \quad f_2 : x \mapsto \frac{e^{2x}-2}{e^{x-2}-2}, \quad f_3 : x \mapsto \sqrt{5-e^x}.\]

IV.2 Variation de \(e^x\)

Théorème 10
\(\exp\) est l'unique solution de \(\begin{cases}f(0)=1\\ f'=f\end{cases}\).
💡 Pourquoi \(\exp' = \exp\) ? C'est la propriété la plus remarquable de l'exponentielle : son taux de variation est proportionnel à sa valeur. Plus \(e^x\) est grand, plus il croît vite. C'est le modèle mathématique de toute croissance (ou décroissance) exponentielle : populations bactériennes, désintégration radioactive, intérêts composés. L'unique solution à \(f' = f\) avec \(f(0) = 1\), c'est \(e^x\).
Corollaire 3 — Signe de \(e^x\)
Pour tout réel \(x\) :
Démonstration —
Corollaire — Comparaison de deux exponentielles
Soient \(a\) et \(b\) deux réels. Nous disposons des deux équivalences :
Démonstration — Nous utilisons le corollaire précédent. Sachant que \(e^b > 0\) :

IV.3 Propriétés algébriques de exp

Proposition 4 — Propriétés algébriques de exp
Quels que soient \(x, y \in \mathbb{R}\) et \(n \in \mathbb{Z}\) :
Exemples
1er exemple. Soient deux réels \(a\) et \(b\). On a : \[\sqrt{e^{2a} \times e^{2b}} = \sqrt{(e^a)^2} \times \sqrt{(e^b)^2} = e^a \times e^b = e^{a+b}.\] 2e exemple. La tangente à \(\mathcal{C}_{\exp}\) au point d'abscisse \(0\) a pour équation \(y = \exp'(0)\cdot x + \exp(0)\), soit \(y = x + 1\). L'approximation affine tangente de exp en \(0\) est : \[\exp(x) \approx x + 1.\] 3e exemple. La tangente à \(\mathcal{C}_{\exp}\) au point d'abscisse \(1\) a pour équation \(y = \exp'(1)(x-1) + \exp(1)\), soit \(y = ex\).
Conséquences
\(\forall x,\; e^x \neq 0\) (car \(e^x\cdot e^{-x}=1\))   et   \(\forall x,\; e^x > 0\) (car \(e^x = (e^{x/2})^2\)).
Exercice — Applications des corollaires
Résoudre dans \(\mathbb{R}\) :
  1. \(e^{3x-1} - e^{-2x} = 0\)
  2. \(e^{3x} \leq e^{-x}\)
  3. \(e^{2x} + 2e^x - 3 = 0\)
Solutions —

1. \(e^{3x-1} - e^{-2x} = 0\).
\[e^{3x-1} = e^{-2x} \iff 3x-1 = -2x \iff 5x = 1 \iff x = \frac{1}{5}.\] \[\mathcal{S} = \left\{\frac{1}{5}\right\}.\] 2. \(e^{3x} \leq e^{-x}\).
Par le corollaire de comparaison (\(e^a \leq e^b \iff a \leq b\)) : \[e^{3x} \leq e^{-x} \iff 3x \leq -x \iff 4x \leq 0 \iff x \leq 0.\] \[\mathcal{S} = \,]-\infty,\, 0].\] 3. \(e^{2x} + 2e^x - 3 = 0\).
On pose \(X = e^x > 0\) : \[X^2 + 2X - 3 = 0.\] Racine évidente \(X = 1\) ; par le produit des racines (qui vaut \(-3\)), l'autre racine est \(X = -3\). Puisque \(e^x > 0\), la solution \(X = -3\) est rejetée. Il reste : \[e^x = 1 \iff x = 0.\] \[\mathcal{S} = \{0\}.\]
Exercice 7
Soit \(P(x) = 2x^3-3x^2-17x+30\).
  1. Résoudre \(P(x) = 0\) dans \(\mathbb{R}\).
  2. Résoudre \(2e^{2x}-3e^x+30e^{-x} = 17\) dans \(\mathbb{R}\).
  3. Résoudre \(2\ln x + \ln(2x-3) = \ln(17x-30)\) dans \(\mathbb{R}\).

IV.4 L'exponentielle est prépondérante sur les polynômes

Théorème 11
\[\lim_{x\to+\infty}e^x = +\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}e^x = 0^+.\]
💡 Intuition. Puisque \(\exp' = \exp\), l'exponentielle « se dérive en elle-même » : elle croit toujours aussi vite qu'elle est grande. Un polynôme \(x^n\), lui, se dérive en \(nx^{n-1}\) (degré inférieur) : il finit par croître moins vite. L'exponentielle finit donc toujours par dépasser tout polynôme, peu importe combien on attend.
Théorème 12 — Croissance comparée
Soit \(n \in \mathbb{N}\) : \[\lim_{x\to+\infty}\frac{e^x}{x^n} = +\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty} x^n e^x = 0.\]
Exemple 7 — \(\lim_{x\to-\infty}(x+e^{-x})\)
\[x+e^{-x} = e^{-x}(xe^x+1) \xrightarrow[x\to-\infty]{} +\infty\] car \(xe^x \to 0\) donc \(xe^x+1\to 1\), et \(e^{-x}\to +\infty\).
Exercice 8
  1. \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty} e^{x^2}e^{-x}\)
  2. \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty} e^x(x-1)\)
  3. \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\frac{e^x-1}{e^x+1}\)

IV.5 L'exponentielle est au-dessus de ses tangentes

Théorème 13
  1. \(\displaystyle\lim_{x\to 0}\frac{e^x-1}{x} = 1\).
  2. \(\forall x \in \mathbb{R},\quad e^x \geq x+1\).
La tangente en \(0\) a pour équation \(y = x+1\).
💡 Intuition. L'inégalité \(e^x \geq x + 1\) dit que la courbe de \(\exp\) est toujours au-dessus de sa tangente en \(0\). C'est l'exact opposé de \(\ln\) : exp est convexe (sa dérivée \(e^x\) est croissante), ln est concave. Les fonctions convexes sont toujours au-dessus de leurs tangentes.

IV.6 Courbe représentative

💡 Quelle est la différence entre une tangente et une asymptote ?

La tangente est une notion locale : c'est la droite qui approche le mieux la courbe au voisinage d'un point précis \(a\). Elle est définie par la dérivée : \(y = f'(a)(x-a)+f(a)\). En dehors de ce voisinage, la tangente peut très bien s'éloigner de la courbe — voire la traverser.

L'asymptote est une notion globale : c'est une droite dont la courbe se rapproche indéfiniment quand \(x \to \pm\infty\) (ou quand \(x\) tend vers le bord du domaine). Pour \(e^x\) : \(\lim_{x\to-\infty}e^x = 0\), donc \(y=0\) est asymptote horizontale — la courbe ne l'atteint jamais, mais s'en approche infiniment.

Tangente Asymptote
Où ?En un point \(a\)À l'infini (ou bord du domaine)
NatureLocaleGlobale
La courbe touche-t-elle la droite ?Oui, au point \(a\)Non (en général)
Définie par\(f'(a)\)\(\lim_{x\to\infty}\)
Courbe représentative de exp(x)
Figure 10 — Courbe de \(x \mapsto e^x\) avec ses tangentes en \(0\) (\(y=x+1\)) et en \(1\) (\(y=ex\)). La courbe reste au-dessus de ses tangentes (convexité).

IV.7 Dérivée de \(x \mapsto e^{u(x)}\)

Proposition 5 — Dérivée de \(e^{u(x)}\)
Soit \(u\) une fonction dérivable sur un intervalle \(I\). La fonction \(f : x \mapsto e^{u(x)}\) est dérivable sur \(I\) et : \[\forall x \in I,\quad f'(x) = u'(x)\,e^{u(x)}.\]
Démonstration — Soient \(a \in I\) et \(x \in I\) tels que \(x \neq a\). Nous avons : \[\frac{f(x)-f(a)}{x-a} = \frac{e^{u(x)}-e^{u(a)}}{x-a}.\] Sous réserve que \(u(x) \neq u(a)\), il vient : \[\frac{f(x)-f(a)}{x-a} = \frac{e^{u(x)}-e^{u(a)}}{u(x)-u(a)} \times \frac{u(x)-u(a)}{x-a}.\] On pose \(b = u(a)\) et \(y = u(x)\). On obtient : \[\frac{f(x)-f(a)}{x-a} = \frac{e^y-e^b}{y-b} \times \frac{u(x)-u(a)}{x-a}.\] Quand \(x \to a\) : Donc \(f'(a) = u'(a)\,e^{u(a)}\).
Remarques
Exemple — Dérivée de \(f : x \mapsto \sqrt{x}\,e^{2x}\)
La fonction \(f : x \mapsto \sqrt{x}\,e^{2x}\) est dérivable par composition et produit sur \(]0, +\infty[\). Pour tout réel \(x > 0\) : \[f'(x) = \frac{1}{2\sqrt{x}} \times e^{2x} + \sqrt{x} \times 2e^{2x} = \frac{1+4x}{2\sqrt{x}}\,e^{2x}.\]
Exemple — La courbe en cloche \(\phi : t \mapsto e^{-t^2}\)
La fonction \(\phi : t \mapsto e^{-t^2}\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) par composition. Pour tout réel \(t\) : \[\phi'(t) = -2t\,e^{-t^2}.\] La fonction \(\phi\) est importante en théorie des probabilités. Sa représentation graphique est une courbe de référence appelée courbe en cloche.
t φ −2 −1 1 2 0 1 e⁻¹ (0, 1) inflexion y→0 φ(t)=e⁻𝑡²
Courbe en cloche — maximum en \(t=0\), points d'inflexion en \(t = \pm\tfrac{1}{\sqrt{2}}\), asymptote \(y=0\).
Exemple — Variations de \(f : x \mapsto x\,e^{1/x}\) sur \(]0, +\infty[\)
Par composition et produit, \(f\) est dérivable sur \(]0, +\infty[\) et pour tout réel \(x > 0\) : \[f'(x) = e^{1/x} + x \times \left(-\frac{1}{x^2}\right)e^{1/x} = e^{1/x}\!\left(\frac{x-1}{x}\right).\] Puisque \(e^{1/x} > 0\), le signe de \(f'(x)\) est celui de \(x - 1\). Nous en concluons que \(f\) est :
Exercice corrigé — Fonctions hyperboliques
Soient \(c\) et \(s\) deux fonctions définies sur \(\mathbb{R}\) par : \[c(x) = \frac{e^x + e^{-x}}{2} \quad\text{et}\quad s(x) = \frac{e^x - e^{-x}}{2}.\]
  1. Quelle est la parité de chacune de ces deux fonctions ?
  2. Pour tout réel \(x\), calculer \((c(x))^2 - (s(x))^2\).
  3. Justifier que, pour tout réel \(x\) : \(c(2x) = (c(x))^2 + (s(x))^2\) et \(s(2x) = 2c(x) \times s(x)\).
Solution —

1. Parité. \(\mathbb{R}\) est symétrique par rapport à \(0\). Pour tout réel \(x\) : \[c(-x) = \frac{e^{-x}+e^x}{2} = c(x), \qquad s(-x) = \frac{e^{-x}-e^x}{2} = -s(x).\] Donc \(c\) est paire et \(s\) est impaire.

2. \((c(x))^2 - (s(x))^2\). Soit \(x \in \mathbb{R}\) : \[(c(x))^2 - (s(x))^2 = (c(x)+s(x))(c(x)-s(x)) = e^x \times e^{-x} = e^{x+(-x)} = e^0 = 1.\] 3. Formules de duplication. Pour tout réel \(x\) : \[(c(x))^2 + (s(x))^2 = \left(\frac{e^x+e^{-x}}{2}\right)^2 + \left(\frac{e^x-e^{-x}}{2}\right)^2 = \frac{(e^x+e^{-x})^2+(e^x-e^{-x})^2}{4}.\] En développant : \((A+B)^2+(A-B)^2 = 2A^2+2B^2\). Avec \(A=e^x\) et \(B=e^{-x}\) : \[= \frac{2e^{2x}+2e^{-2x}}{4} = \frac{e^{2x}+e^{-2x}}{2} = c(2x).\] De même : \[2c(x)\times s(x) = 2 \cdot \frac{e^x+e^{-x}}{2} \cdot \frac{e^x-e^{-x}}{2} = \frac{(e^x)^2-(e^{-x})^2}{2} = \frac{e^{2x}-e^{-2x}}{2} = s(2x).\]
Exercice 2 — Exponentielle d'une suite arithmétique
Soit \((u_n)\) une suite arithmétique de premier terme \(u_0\) et de raison \(r\) non nulle. Pour tout entier naturel \(n\), nous posons \(v_n = e^{-u_n}\).
  1. Quelle est la nature de la suite \((v_n)\) ?
  2. Montrer que, pour tout entier naturel \(n\) : \[s_n = v_0 + v_1 + \cdots + v_n = v_n\,\frac{e^{(n+1)r}-1}{e^r-1}.\]
Solution —

1. Puisque \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\) : \[v_{n+1} = e^{-u_{n+1}} = e^{-u_0}\,e^{-(n+1)r} = e^{-r} \times e^{-u_0\,e^{-nr}} = e^{-r} \times v_n.\] Comme \(r \neq 0\), on a \(q = e^{-r} \neq 1\). Donc \((v_n)\) est géométrique de premier terme \(v_0 = e^{-u_0}\) et de raison \(q = e^{-r}\).

2. La somme des \(n+1\) premiers termes d'une suite géométrique de raison \(q \neq 1\) donne : \[s_n = v_0\,\frac{1-q^{n+1}}{1-q} = e^{-u_0}\,\frac{1-e^{-r(n+1)}}{1-e^{-r}}.\] En multipliant numérateur et dénominateur par \(-e^{(n+1)r}\) au numérateur et \(-e^r\) au dénominateur : \[= e^{-u_0}\,\frac{e^{(n+1)r}-1}{e^{(n+1)r}} \times \frac{e^r}{e^r-1} = e^{-(u_0+nr)}\,\frac{e^{(n+1)r}-1}{e^r-1} = v_n\,\frac{e^{(n+1)r}-1}{e^r-1}.\]
Exercice 3 — Une caractérisation de la fonction exponentielle
Soit \(x_0\) un réel quelconque. Nous désignons par \(\mathcal{C}\) la représentation graphique de la fonction exp et par \(M_0\) un point quelconque de cette courbe, d'abscisse \(x_0\).
  1. Montrer que la tangente à \(\mathcal{C}\) au point \(M_0\) d'abscisse \(x_0\) coupe la droite des abscisses en un point \(M_1\) d'abscisse \(x_1 = x_0 - 1\).
  2. Réciproquement, nous supposons que \(f\) est dérivable et croissante strictement sur \(\mathbb{R}\), et que \(f' = f\) et \(f(0) = 1\). Montrer que si la tangente à \(\mathcal{C}_f\) au point \(M_0\) d'abscisse \(x_0\) coupe la droite des abscisses en un point \(M_1\) d'abscisse \(x_1 = x_0 - 1\), conclure.
Solution —

1. La tangente à \(\mathcal{C}\) au point \(M_0\) d'abscisse \(x_0\) a pour équation : \[y = \exp'(x_0)(x-x_0) + \exp(x_0) = e^{x_0}(x-x_0) + e^{x_0} = e^{x_0}(x - x_0 + 1).\] Le point \(M_1\) est l'intersection avec la droite des abscisses (\(y=0\)) : \(e^{x_0}(x_1 - x_0 + 1) = 0\). Puisque \(e^{x_0} > 0\) : \[x_1 = x_0 - 1.\] 2. La tangente à \(\mathcal{C}_f\) en \(M_0\) a pour équation \(y = f'(x_0)(x-x_0)+f(x_0)\). Son intersection avec \(y=0\) est \(x_1 = x_0 - \dfrac{f(x_0)}{f'(x_0)}\). Or \(f' = f\), donc \(x_1 = x_0 - 1\), ce qui donne \(\dfrac{f(x_0)}{f'(x_0)} = 1\), soit \(f(x_0) = f'(x_0)\) — condition satisfaite car \(f'=f\). Par ailleurs \(f(0)=1\) et \(f'=f\) implique que \(f = \exp\).
Exercice 4 — Un centre de symétrie
Soit \(f\) la fonction définie sur \(\mathbb{R}\) par \(f(x) = \dfrac{e^x}{e^x+1}\).
  1. Montrer que le point \(A\!\left(0, \tfrac{1}{2}\right)\) est un centre de symétrie de \(\mathcal{C}_f\) relativement à un repère orthonormal du plan.
  2. Déterminer une équation de la tangente \((T)\) à \(\mathcal{C}_f\) au point \(A\). Étudier la position de \(\mathcal{C}_f\) par rapport à \((T)\).
Solution —

1. Un point \(Q(a,b)\) est un centre de symétrie de \(\mathcal{C}_f\) si et seulement si \(\forall x \in D_f,\; f(2a-x)+f(x) = 2b\). Ici \(a=0\) et \(b=\tfrac{1}{2}\). Pour tout réel \(x\) : \[f(-x)+f(x) = \frac{e^{-x}}{e^{-x}+1} + \frac{e^x}{e^x+1} = \frac{\tfrac{1}{e^x}}{\tfrac{1}{e^x}+1} + \frac{e^x}{e^x+1} = \frac{1}{e^x+1} \times e^x + \frac{e^x}{e^x+1} = \frac{e^x+1}{e^x+1} = 1 = 2 \times \frac{1}{2}.\] Donc \(A\!\left(0,\tfrac{1}{2}\right)\) est bien un centre de symétrie de \(\mathcal{C}_f\).

2. \(f\) est dérivable par quotient sur \(\mathbb{R}\). Pour tout réel \(x\) : \[f'(x) = \frac{e^x(e^x+1)-e^x \times e^x}{(e^x+1)^2} = \frac{e^x}{(e^x+1)^2}.\] La tangente en \(A\) a pour équation \(y = f'(0)x + f(0) = \dfrac{1}{4}x + \dfrac{1}{2}\).

Pour étudier la position de \(\mathcal{C}_f\) par rapport à \((T)\), on pose \(d(x) = f(x) - \left(\tfrac{1}{4}x+\tfrac{1}{2}\right)\). Par différence : \[d'(x) = f'(x) - \frac{1}{4} = \frac{e^x}{(e^x+1)^2} - \frac{1}{4} = \frac{4e^x - (e^x+1)^2}{4(e^x+1)^2} = -\frac{(e^x-1)^2}{4(e^x+1)^2} \leq 0.\] Donc \(d\) est décroissante sur \(\mathbb{R}\). En remarquant que \(d(0)=0\) : Le point \(A\) est donc un point d'inflexion de \(\mathcal{C}_f\) : la tangente \((T)\) « traverse » la courbe.
Exercice 5 — Convexité de la fonction exponentielle
Soient \(a\) et \(b\) deux réels.
  1. Comparer les réels \(\dfrac{e^a+e^b}{2}\) et \(e^{\frac{a+b}{2}}\).
  2. Interpréter graphiquement l'inégalité obtenue.
Solution —

1. Pour tous les réels \(a\) et \(b\) : \[\frac{e^a+e^b}{2} - e^{\frac{a+b}{2}} = \frac{e^a+e^b-2e^{\frac{a+b}{2}}}{2} = \frac{(e^{\frac{a}{2}})^2+(e^{\frac{b}{2}})^2 - 2e^{\frac{a}{2}}\times e^{\frac{b}{2}}}{2} = \frac{\left(e^{\frac{a}{2}}-e^{\frac{b}{2}}\right)^2}{2} \geq 0.\] Donc quels que soient les réels \(a\) et \(b\) : \[\frac{e^a+e^b}{2} \geq e^{\frac{a+b}{2}}.\] 2. Graphiquement, cette inégalité signifie que le milieu du segment joignant les points \((a, e^a)\) et \((b, e^b)\) de \(\mathcal{C}_{\exp}\) est toujours au-dessus de la courbe. C'est la définition géométrique de la convexité de la fonction exponentielle.
Exercice 6 — Un encadrement du nombre \(e\)
  1. Montrer que, pour tout réel \(x\) : \(1+x \leq e^x\).
  2. Pour tout entier naturel \(n \geq 2\), en déduire la double inégalité : \[\left(1+\frac{1}{n}\right)^n \leq e \leq \left(1-\frac{1}{n}\right)^{-n}.\]
  3. Proposer un script Python qui restitue une valeur approchée de \(e\) à \(10^{-p}\) près, l'entier \(p\) étant choisi par l'utilisateur.
Solution —

1. On pose \(f(x) = e^x - (1+x)\). La fonction \(f\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) et \(f'(x) = e^x - 1\). On a \(f'(x) = 0 \iff x = 0\). Tableau de variations : \(f\) décroissante sur \(\mathbb{R}^-\), croissante sur \(\mathbb{R}^+\), minimum en \(x=0\) : \(f(0) = 1 - 1 = 0\). Donc \(f(x) \geq 0\), soit \(\forall x \in \mathbb{R},\; 1+x \leq e^x\).

2. En particulier, pour \(x = \dfrac{1}{n}\) avec \(n \geq 2\) : \(1 + \dfrac{1}{n} \leq e^{1/n}\), donc \(\left(1+\dfrac{1}{n}\right)^n \leq e\).

De la même façon, en utilisant la décroissance de \(x \mapsto x^n\) sur \(\mathbb{R}^+\) : pour \(x = -\dfrac{1}{n}\), \(1-\dfrac{1}{n} \leq e^{-1/n}\), donc \(\left(1-\dfrac{1}{n}\right)^n \leq e^{-1}\), soit \(\left(1-\dfrac{1}{n}\right)^{-n} \geq e\). Ainsi : \[\left(1+\frac{1}{n}\right)^n \leq e \leq \left(1-\frac{1}{n}\right)^{-n}.\] 3. La double inégalité est équivalente à \(0 \leq e - \left(1+\dfrac{1}{n}\right)^n \leq \left(1-\dfrac{1}{n}\right)^{-n} - \left(1+\dfrac{1}{n}\right)^n\). On cherche \(n\) tel que \(\left(1-\dfrac{1}{n}\right)^{-n} - \left(1+\dfrac{1}{n}\right)^n < 10^{-p}\).
def approximation_e(p):
    u = 2.25
    n = 2
    while (1-1/n)**(-n) - u >= 10**(-p):
        u = (1+1/n)**n
        n = n+1
    return n, u
Pour \(p=4\), on obtient \(\texttt{approximation\_e(4)} = (27184,\; 2.718231830\ldots)\). La convergence vers \(e\) est lente : une approximation à \(10^{-4}\) près nécessite 27184 itérations.
Exercice 7 — Une limite remarquable en 0
  1. La fonction exponentielle est dérivable en \(0\). En déduire : \(\displaystyle\lim_{x\to 0}\frac{e^x-1}{x} = 1\).
  2. En utilisant le résultat de la question 1, déterminer les limites :
    • de la fonction \(f : x \mapsto \dfrac{e^{2x}-1}{x}\), en \(0\),
    • de la suite \((u_n)\) définie sur \(\mathbb{N}^*\) par \(u_n = n\!\left(e^{1/n}-1\right)\).
Solution —

1. La fonction exponentielle est dérivable en \(0\). Par définition : \[\lim_{x\to 0}\frac{e^x-e^0}{x-0} = \exp'(0) = 1,\] ce qui permet de conclure : \(\displaystyle\lim_{x\to 0}\frac{e^x-1}{x} = 1\).

2.
Exercice 8 — Étude d'une suite
  1. Justifier que, pour tout réel \(x \geq 0\), \(e^x > \dfrac{x^2}{2}\). En déduire que, pour tout réel \(x \geq 0\), \(e^x > x\).
  2. Quelle est la limite en \(+\infty\) de la suite \((u_n)\) définie sur \(\mathbb{N}^*\) par \(u_n = \dfrac{e^n}{n}\) ?
  3. Une application. Quelle est la limite en \(+\infty\) de la suite \((v_n)\) définie sur \(\mathbb{N}^*\) par \(v_n = ne^{1-n}\) ?
Solution —

1. Pour tout réel \(x \geq 0\), posons \(f(x) = e^x - x\). Cette fonction est dérivable par différence sur \(\mathbb{R}^+\) et \(f'(x) = e^x - 1\). Nous en déduisons \(f'(x) \geq 0 \iff x \geq 0\). Par suite \(f\) est croissante sur \(\mathbb{R}^+\). Puisque \(f(0) = 1\) : \[x \geq 0 \Rightarrow f(x) \geq f(0) = 1 > 0,\] donc \(\forall x \geq 0,\; e^x > x\).

Pour tout réel \(x \geq 0\), posons \(g(x) = e^x - \dfrac{x^2}{2}\). Cette fonction est dérivable et \(g'(x) = e^x - x = f(x) > 0\). Donc \(g\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}^+\). Puisque \(g(0) = 1\) : \[x \geq 0 \Rightarrow g(x) \geq g(0) = 1 > 0,\] donc \(\forall x \geq 0,\; e^x > \dfrac{x^2}{2}\).

2. Nous remarquons que \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} e^n = +\infty\) car \(e > 1\). Le comportement de \((u_n)\) est une forme indéterminée \(\dfrac{+\infty}{+\infty}\). En appliquant l'inégalité pour \(x = n\) avec \(n \in \mathbb{N}^*\) : \(e^n > \dfrac{n^2}{2}\), soit \(\dfrac{e^n}{n} > \dfrac{n}{2}\). Puisque \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}\dfrac{n}{2} = +\infty\), par comparaison : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} u_n = +\infty\).

3. \(v_n = ne^{1-n} = \dfrac{ne}{e^n} = e \cdot \dfrac{n}{e^n} = \dfrac{e}{u_n}\). Donc \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} v_n = \dfrac{e}{+\infty} = 0\).
Exercice 9 — D'après Bac 2017
Soient \(f\) et \(g\) deux fonctions définies sur \(\mathbb{R}\) par \(f(x) = e^x\) et \(g(x) = e^{-x}\). On désigne par \(\mathcal{C}_f\) la courbe représentative de \(f\) et par \(\mathcal{C}_g\) celle de \(g\), dans un repère orthonormal du plan. Pour tout réel \(a\), on note \(M\) le point de \(\mathcal{C}_f\) d'abscisse \(a\) et \(N\) le point de \(\mathcal{C}_g\) d'abscisse \(a\). La tangente \((T)\) en \(M\) à \(\mathcal{C}_f\) coupe l'axe des abscisses en \(P\), la tangente \((T')\) en \(N\) à \(\mathcal{C}_g\) coupe l'axe des abscisses en \(Q\).
  1. Montrer que \(PQ\) est une constante.
  2. Que peut-on dire des droites \((T)\) et \((T')\) ?
Solution —

1. La tangente \((T)\) à \(\mathcal{C}_f\) en \(M(a, e^a)\) a pour équation : \[y = f'(a)(x-a) + f(a) = e^a(x-a) + e^a = e^a(x - a + 1).\] Elle coupe l'axe des abscisses en \(P\) : \(e^a(x_P - a + 1) = 0\), donc \(x_P = a - 1\).

La tangente \((T')\) à \(\mathcal{C}_g\) en \(N(a, e^{-a})\) a pour équation : \[y = g'(a)(x-a) + g(a) = -e^{-a}(x-a) + e^{-a} = -e^{-a}(x - a - 1).\] Elle coupe l'axe des abscisses en \(Q\) : \(x_Q = a + 1\).

Donc \(PQ = x_Q - x_P = (a+1) - (a-1) = 2\). La longueur \(PQ\) est constante, égale à 2, quel que soit \(a\).

2. La pente de \((T)\) est \(f'(a) = e^a\) et la pente de \((T')\) est \(g'(a) = -e^{-a}\). Leur produit vaut \(e^a \times (-e^{-a}) = -1\). Les droites \((T)\) et \((T')\) sont donc perpendiculaires pour tout réel \(a\). De plus, la distance \(PQ = \sqrt{(x_P - x_Q)^2} = \sqrt{(a-1-a-1)^2} = \sqrt{4} = 2\) est la constante 2, ce qui confirme le résultat de la question 1.
Exercice 10 — Une équation différentielle
Soit \(a\) un réel non nul. Déterminer la fonction \(f\) dérivable sur \(\mathbb{R}\) et satisfaisant \(f' = f\) et \(f(0) = a\).
Solution —

Pour tout réel \(x\), posons \(g(x) = \dfrac{1}{a}f(x)\). La fonction \(g\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) et : \[g'(x) = \frac{1}{a}f'(x) = \frac{1}{a}f(x) = g(x).\] De plus \(g(0) = \dfrac{1}{a}f(0) = \dfrac{1}{a} \times a = 1\). Donc \(g' = g\) et \(g(0) = 1\).

Nous savons que \(\exp' = \exp\) et \(\exp(0) = 1\). Nous en concluons que \(g = \exp\), soit \(f(x) = a\,e^x\).

Il en résulte que la fonction exp est l'unique fonction telle que \(\exp' = \exp\) et \(\exp(0) = 1\), et que la solution générale de \(f' = f\) est \(f : x \mapsto ae^x\) pour \(a \in \mathbb{R}^*\).
Exercice 11 — Loi de désintégration radioactive
En physique, les noyaux des atomes d'un corps radioactif se désintègrent selon la loi suivante : La loi de désintégration s'écrit : \(\Delta N(t) = -a\,N(t)\,\Delta t\).
  1. Justifier que, pour tout réel \(t \geq 0\), la loi de désintégration satisfait à l'équation différentielle \((E) : N'(t) = -a\,N(t)\).
  2. En posant \(N(0) = N_0\), vérifier que la fonction \(N : t \mapsto N_0 e^{-at}\) satisfait à \((E)\).
  3. Montrer que \(N : t \mapsto N_0 e^{-at}\) est la seule fonction satisfaisant à \((E)\). On posera \(g(t) = f(t)e^{at}\) où \(f\) est une autre solution supposée.
  4. La demi-vie d'un corps radioactif est le réel \(T > 0\) tel que \(N(T) = \dfrac{N_0}{2}\). Montrer que, pour tout réel \(t \geq 0\), \(N(t+T) = \dfrac{1}{2}N(t)\).
  5. Soit \(n\) un entier naturel. On pose \(u_n = N(nT)\). Montrer que \((u_n)\) est une suite géométrique dont on précisera le premier terme et la raison. Que représente \(u_n\) ?
  6. Pour tout entier naturel \(n\), on désigne par \(S(nT)\) le nombre de noyaux désintégrés à l'instant \(nT\). Exprimer \(S(nT)\) en fonction de \(N_0\) et \(n\).
Solution —

1. La loi de désintégration peut s'écrire : \[\frac{N(t+\Delta t)-N(t)}{\Delta t} = -a\,N(t).\] En passant à la limite quand \(\Delta t \to 0\), et puisque \(t \mapsto N(t)\) est dérivable sur \([0,+\infty[\) : \[N'(t) = -a\,N(t).\] 2. La fonction \(N : t \mapsto N_0 e^{-at}\) est dérivable par composition sur \([0,+\infty[\) et : \[N'(t) = -a\,N_0 e^{-at} = -a\,N(t),\] ce qui justifie que \(N\) satisfait à \((E)\).

3. Soit \(f\) une autre fonction dérivable sur \([0,+\infty[\) telle que \(f'(t) = -af(t)\) et \(f(0) = N_0\). On pose \(g(t) = f(t)e^{at}\). La fonction \(g\) est dérivable par composition et produit : \[g'(t) = f'(t)e^{at} + a\,f(t)e^{at} = (-af(t) + af(t))e^{at} = 0.\] Donc \(g\) est constante : il existe \(c\) tel que \(\forall t \geq 0,\; g(t) = c\). En particulier \(g(0) = f(0) = N_0\), donc \(c = N_0\) et \(f(t) = N_0 e^{-at}\). L'unicité est acquise.

4. Par définition de la demi-vie, \(N_0 e^{-aT} = \dfrac{N_0}{2}\), ce qui implique \(e^{-aT} = \dfrac{1}{2}\). Pour tout réel \(t \geq 0\) : \[N(t+T) = N_0 e^{-a(t+T)} = N_0 e^{-at} \cdot e^{-aT} = N(t) \cdot \frac{1}{2} = \frac{1}{2}N(t).\] 5. Pour tout entier naturel \(n\) : \[u_n = N(nT) = N_0 e^{-anT} = N_0\,(e^{-aT})^n = N_0\left(\frac{1}{2}\right)^n.\] Donc : \[u_{n+1} = N_0\left(\frac{1}{2}\right)^{n+1} = \frac{1}{2} \times N_0\left(\frac{1}{2}\right)^n = \frac{1}{2}\,u_n.\] La suite \((u_n)\) est géométrique de premier terme \(u_0 = N_0\) et de raison \(q = \dfrac{1}{2}\). Le réel \(u_n\) représente le nombre d'atomes restants après \(n\) demi-vies.

6. Le nombre de noyaux désintégrés à l'instant \(nT\) est : \[S(nT) = N_0 - N(nT) = N_0 - N_0\left(\frac{1}{2}\right)^n = N_0\left(1 - \frac{1}{2^n}\right).\]
Exercice 12 — Étude d'une suite (d'après BAC 2015)
Soit un réel \(a > 0\) donné. On étudie la suite \((u_n)\) définie sur \(\mathbb{N}\) par \(u_0 = a\) et, pour tout entier naturel \(n\) : \[u_{n+1} = e^{2u_n} - e^{u_n} = f(u_n), \quad\text{où } f : x \mapsto e^{2x} - e^x.\]
  1. Pour tout réel \(x\), on pose \(g(x) = f(x) - x\). Étudier le sens de variations de \(g\). En déduire \(\forall x \in \mathbb{R},\; g(x) \geq 0\).
  2. Déterminer le sens de variation de \((u_n)\). En déduire \(\forall n \in \mathbb{N},\; u_n > 0\).
  3. Montrer que, pour tout entier \(n \geq 1\) et tout entier \(k \in \llbracket 0, n-1 \rrbracket\) : \(u_{k+1} - u_k \geq g(a)\). En déduire \(\forall n \in \mathbb{N},\; u_n \geq a + n \times g(a)\). Conclure sur la limite de \((u_n)\).
  4. Quelle est la limite de la suite \((u_n)\) ? Proposer un script Python qui restitue le plus petit entier \(n\) tel que \(u_n > 10^p\), le réel \(a > 0\) et l'entier positif \(p\) étant choisis par l'utilisateur.
Solution —

1. La fonction \(g\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) et \(g'(x) = f'(x) - 1 = 2e^{2x} - e^x - 1\). En posant \(X = e^x\), le trinôme \(2X^2 - X - 1 = (X-1)(2X+1)\) admet \(X = 1\) pour racine évidente et \(X = -\frac{1}{2}\) pour l'autre. Puisque \(X = e^x > 0\), le signe de \(g'(x)\) est celui de \(e^x - 1\). Donc : Minimum en \(x = 0\) : \(g(0) = 0\). Donc \(\forall x \in \mathbb{R},\; g(x) \geq 0\).

2. \(u_{n+1} - u_n = f(u_n) - u_n = g(u_n) \geq 0\). Donc \((u_n)\) est croissante. Par croissance, \(u_n \geq u_0 = a > 0\).

3. Puisque \(u_k \geq a\) et que \(g\) est croissante sur \(\mathbb{R}^+\) : \(g(u_k) \geq g(a)\), soit \(u_{k+1} - u_k \geq g(a)\). En sommant de \(k = 0\) à \(n-1\) (télescopage) : \(u_n - u_0 \geq n \times g(a)\), soit \(u_n \geq a + n \times g(a)\). Puisque \(g(a) = g(u_0) > 0\), on a \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} a + n \times g(a) = +\infty\). Par comparaison : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} u_n = +\infty\).

4. Script Python :
from math import *
def seuilchap7exo12(a, p):
    u = a
    n = 0
    while u <= 10**p:
        u = exp(2*u) - exp(u)
        n = n+1
    return n
Exercice 13 — Suite convergente vers \(e\)
  1. Montrer que, pour tout réel \(x\), \(1 + x \leq e^x\). Pour quelles valeurs de \(x\) cette inégalité est-elle stricte ?
  2. Pour quelles valeurs de \(x \in ]-\infty, 1[\), \(e^x \leq \dfrac{1}{1-x}\) ?
  3. Soit \(n \in \mathbb{N}^*\). Montrer que \(0 < e - u_n < \dfrac{3}{n}\) où \(u_n = \left(1+\dfrac{1}{n}\right)^n\). En déduire \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} u_n = e\).
  4. Pour tout \(n \in \mathbb{N}^*\), poser \(v_n = \left(1+\dfrac{1}{n}\right)^{n+1}\). Montrer que \(0 < e - u_n < v_n - e\) et en déduire la limite de \((v_n)\).
  5. Proposer un script Python qui restitue un rang \(n\) à partir duquel \(e - u_n < 10^{-p}\), \(p \in \llbracket 1, 4 \rrbracket\).
    from math import *
    def approximation_eexo13(p):
        u = 2
        n = 1
        while exp(1) - u >= 10**(-p):
            u = (1+1/n)**n
            n = n+1
        return n, u
Solution —

1. Déjà prouvée à l'exercice 6 : \(\forall x \in \mathbb{R},\; 1+x \leq e^x\), avec égalité si et seulement si \(x = 0\). L'inégalité est stricte pour \(x \in \mathbb{R}^*\).

2. En remplaçant \(x\) par \(-x\) dans \([1]\) : \(\forall x \in \mathbb{R},\; 1-x \leq e^{-x}\). Si \(x < 1\), alors \(1-x > 0\) et \(e^{-x} \geq 1-x > 0\), donc \(\dfrac{1}{e^{-x}} \leq \dfrac{1}{1-x}\), soit \(e^x \leq \dfrac{1}{1-x}\), notée \([2]\). L'égalité est atteinte ssi \(x = 0\), donc l'inégalité est stricte pour \(x \in \,]-\infty, 0[\,\cup\,]0,1[\).

3. On a \(0 < e - u_n < v_n - u_n = u_n\left(\dfrac{1}{n}+\dfrac{1}{n} - 1\right)\)... En utilisant \(v_n - u_n = u_n\left(\dfrac{v_n}{u_n}-1\right)\) et \(u_n < e < 3\) : \(0 < e - u_n < v_n - u_n < \dfrac{3}{n}\). Par le théorème des gendarmes : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} u_n = e\).

4. De même, \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} v_n = e\).

5. La convergence de \((u_n)\) est environ deux fois moins lente que celle de l'exercice 6 (14 itérations pour \(p=1\) contre 27184 pour l'exercice 6).
Exercice 14 — Introduction à la fonction logarithme népérien
Soit \(f\) une fonction dérivable sur \(]0, +\infty[\) satisfaisant l'égalité fonctionnelle \((L)\) : \[\forall x \in\, ]0,+\infty[,\; \forall a \in\, ]0,+\infty[,\quad f(ax) = f(a) + f(x).\]
  1. Justifier que \(f(1) = 0\).
  2. Montrer que, pour tout réel \(a > 0\), \(f\!\left(\dfrac{1}{a}\right) = -f(a)\).
  3. On fixe \(a \in\, ]0,+\infty[\). Soit \(g(x) = f(ax) - f(x)\). Montrer que, pour tout \(x > 0\), \(f'(ax) = \dfrac{f'(x)}{a}\). En posant \(f'(1) = 1\), en déduire \(f'(x) = \dfrac{1}{x}\). Quel est le sens de variations de \(f\) sur \(]0,+\infty[\) ?
  4. La fonction \(f\) satisfaisant à \((L)\) telle que \(f'(1) = 1\) est, par définition, la fonction logarithme népérien, notée ln. Soit \(h(x) = \ln(e^x) - x\). Justifier que \(h\) est nulle sur \(\mathbb{R}\), c'est-à-dire \(\forall x \in \mathbb{R},\; \ln(e^x) = x\).
Solution —

1. En posant \(x = a = 1\) dans \((L)\) : \(f(1) = f(1) + f(1) = 2f(1)\), donc \(f(1) = 0\).

2. En posant \(x = \dfrac{1}{a}\) dans \((L)\) : \(f\!\left(a \times \dfrac{1}{a}\right) = f(a) + f\!\left(\dfrac{1}{a}\right)\), soit \(f(1) = f(a) + f\!\left(\dfrac{1}{a}\right)\). Donc \(f\!\left(\dfrac{1}{a}\right) = -f(a)\).

3. \(g(x) = f(ax) - f(x) = f(a)\) est constante. Donc \(g'(x) = 0\), soit \(a\,f'(ax) - f'(x) = 0\), d'où \(f'(ax) = \dfrac{f'(x)}{a}\). En posant \(x = 1\) : \(f'(a) = \dfrac{f'(1)}{a} = \dfrac{1}{a}\). Donc \(\forall x > 0,\; f'(x) = \dfrac{1}{x} > 0\) : \(f\) est strictement croissante sur \(]0,+\infty[\).

4. \(h(x) = \ln(e^x) - x\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) par composition et différence. Pour tout réel \(x\) : \[h'(x) = e^x \times \ln'(e^x) - 1 = e^x \times \frac{1}{e^x} - 1 = 0.\] Donc \(h\) est constante. En particulier \(h(0) = \ln(e^0) = \ln 1 = 0\). Donc \(\forall x \in \mathbb{R},\; \ln(e^x) = x\).

5. Soit \(x\) un réel tel que \(0 < e^x < 1\). Puisque ln est strictement croissante sur \(]0, +\infty[\) : \[\ln(e^x) < \ln(1), \text{ soit } x < 0,\] ce qui complète la preuve du corollaire du paragraphe 7.3.3.

6. Soient deux réels \(a\) et \(b > 0\).

V — Les fonctions puissances

Pour \(n\) entier et \(a > 0\) : \(a^n = e^{n\ln a}\). On généralise aux exposants réels.

V.1 Fonction exponentielle de base \(a > 0\)

Définition 5 — Exponentielle de base \(a\)
Pour tout \(a > 0\) et tout \(x \in \mathbb{R}\) : \[\boxed{a^x = e^{x\ln a}.}\]
💡 Intuition. La définition \(a^x = e^{x\ln a}\) est la seule façon cohérente de donner un sens à \(2^{\sqrt{2}}\) ou \(\pi^e\). On « réduit » toute puissance à l'exponentielle de base \(e\), la seule qu'on sait vraiment calculer. Le signe de \(\ln a\) détermine tout : si \(a > 1\) alors \(\ln a > 0\) et \(a^x\) croît ; si \(0 < a < 1\) alors \(\ln a < 0\) et \(a^x\) décroît. Dans tous les cas, \(a^0 = 1\).

Cas \(a > 1\)

\(x\)\(-\infty\)\(0\)\(+\infty\)
\(\ln(a)\cdot a^x\)\(+\)
\(a^x\)\(0\)↗ \(1\)↗ \(+\infty\)

Cas \(0 < a < 1\)

\(x\)\(-\infty\)\(0\)\(+\infty\)
\(\ln(a)\cdot a^x\)\(-\)
\(a^x\)\(+\infty\)↘ \(1\)↘ \(0\)
Fonction exponentielle de base a
Figure 11 — La fonction \(x \mapsto a^x\) pour plusieurs valeurs de \(a\). À gauche \(a > 1\) (croissante), à droite \(0 < a < 1\) (décroissante). Toutes passent par \((0, 1)\).
Proposition 6 — Propriétés algébriques
Pour \(a,b > 0\) et \(r, s \in \mathbb{R}\) :
  1. \(a^r \cdot a^s = a^{r+s}\)
  2. \(a^{-r} = \tfrac{1}{a^r}\)
  3. \((a^r)^s = a^{rs}\)
  4. \(a^r \cdot b^r = (ab)^r\)
  5. \(\ln(a^r) = r\ln a\)
Méthode 3 — Fonctions de la forme \(u(x)^{v(x)}\)
Si \(u > 0\), on se ramène toujours à : \[u(x)^{v(x)} = e^{v(x)\ln(u(x))}.\]
Exercice 10
Simplifier : \(1.\ 3^{-1/\ln 3}\)   \(2.\ \sqrt{\sqrt[4]{256}}\)   \(3.\ 27^{5/3}\).

V.2 Fonction puissance réelle

Définition 6 — Fonction puissance réelle
Pour \(\alpha \in \mathbb{R}\) et \(x > 0\) : \[\boxed{x^\alpha = e^{\alpha\ln x}.}\] Domaine de définition : \(\mathbb{R}^*_+\).
💡 Intuition. La fonction puissance \(x^\alpha\) généralise \(x^2\), \(x^3\), \(\sqrt{x} = x^{1/2}\), \(1/x = x^{-1}\)… en un seul cadre unifié. Le comportement dépend entièrement du signe de \(\alpha\) : positif → s'annule en 0 et explose en \(+\infty\) ; négatif → explose en 0 et s'annule en \(+\infty\). La dérivée \(\alpha x^{\alpha-1}\) généralise la règle usuelle \((x^n)' = nx^{n-1}\) à tout exposant réel.
Fonctions puissances x^alpha
Figure 12 — Les fonctions \(x \mapsto x^\alpha\) pour différentes valeurs de \(\alpha\). À gauche \(\alpha > 0\) (s'annule en 0), à droite \(\alpha < 0\) (explose en 0).
Exercice 11
Écrire à l'aide de la fonction exponentielle : \(1.\ 3^{-x}\)   \(2.\ x^2\)   \(3.\ \sqrt{x}\)   \(4.\ \left(\tfrac{2}{3}\right)^{2x}\)   \(5.\ x^x\)   \(6.\ x^{x^x}\).
Théorème 14
La fonction \(f : x \mapsto x^\alpha\) est dérivable sur \(]0;+\infty[\) et \(f'(x) = \alpha\,x^{\alpha-1}\).
Proposition 7 — Limites
Si \(\alpha > 0\), on prolonge par continuité en \(0\) en posant \(0^\alpha = 0\).
Symétrie de x^alpha et x^(1/alpha)
Figure 13 — Les courbes de \(x \mapsto x^\alpha\) et sa réciproque \(x \mapsto x^{1/\alpha}\) sont symétriques par rapport à la première bissectrice \(y=x\).
Pour \(\alpha \in ]0;1[\), la fonction \(x \mapsto x^\alpha\) est continue en \(0\) après prolongement, mais possède une tangente verticale en \(0\) (non dérivable). C'est typiquement le cas de la fonction racine carrée.

La fonction \(x \mapsto x^\alpha\) réalise une bijection de \([0;+\infty[\) sur \([0;+\infty[\) pour tout \(\alpha \neq 0\). Sa réciproque est \(x \mapsto x^{1/\alpha}\) ; leurs courbes sont symétriques par rapport à la première bissectrice.

Proposition 8 — Croissances comparées généralisées
Pour tous \(\alpha, \beta > 0\) : \[\lim_{x\to+\infty}\frac{(\ln x)^\alpha}{x^\beta} = 0, \qquad \lim_{x\to 0^+}x^\beta|\ln x|^\alpha = 0,\] \[\lim_{x\to+\infty}\frac{e^{\alpha x}}{x^\beta} = +\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}|x|^\beta e^{\alpha x} = 0.\]
Échelle de croissance :   \(1 \prec (\ln x)^\alpha \prec x^\beta \prec e^x \prec f^x\)   (\(f > e\), \(\alpha, \beta > 0\))
💡 Comment lire cette échelle. \(u \prec v\) signifie que \(v\) croît infiniment plus vite que \(u\), i.e. \(u(x)/v(x) \to 0\). En pratique pour les limites en \(+\infty\) : on cherche le terme le plus à droite dans l'échelle — c'est lui qui domine. Exemples :
Exercice 12
Limites de \(f_1 : x \mapsto \dfrac{\ln x}{\sqrt{x}}\) en \(0\) et \(+\infty\) ; de \(f_2 : x \mapsto x\ln\sqrt{x}\) en \(0\) et \(+\infty\) ; de \(f_3 : x \mapsto \dfrac{e^{2x}}{e^x+x^2}\) en \(\pm\infty\).

VI — La fonction logarithme décimal

Définition 7 — Logarithme décimal
\[\log(x) = \frac{\ln x}{\ln 10}, \qquad x > 0.\]
💡 Intuition. Le logarithme décimal compte le nombre de « chiffres » d'un nombre : \(\log(100) = 2\), \(\log(1000) = 3\), \(\log(10^6) = 6\). C'est pour cela qu'il est si utilisé en sciences (pH, décibels, magnitude des séismes) : il compresse des grandeurs qui varient sur des millions d'ordres de grandeur en une échelle lisible. Mathématiquement, c'est simplement ln normalisé pour que \(\log(10) = 1\).
Remarque — Réciproque de l'exponentielle de base 10
Mieux, la fonction logarithme décimal est la fonction réciproque de la fonction exponentielle de base 10 qui, à tout nombre réel \(x\), associe : \[e^{x\ln 10} = 10^x.\]
Proposition 9 — Valeurs remarquables et propriétés de log
Démonstration — À la constante multiplicative \(\dfrac{1}{\ln 10} > 0\) près, les propriétés de log sont celles de la fonction ln. La fonction log est strictement croissante sur \(]0, +\infty[\). Toutes les propriétés algébriques de ln restent à disposition pour la fonction log.
Remarques
Proposition 10 — Propriétés algébriques
Courbe représentative de log(x)
Figure 14 — Courbe de \(x \mapsto \log(x)\) avec sa tangente en \(x=1\) d'équation \(y = \tfrac{1}{\ln 10}(x-1)\) et en \(x=10\).
Exercice 13
Montrer que \(\log(2) \notin \mathbb{Q}\).
Exercice 14
Exprimer en fonction de \(\log 2\) : \(1.\ \log 20\)   \(2.\ \log 2000\)   \(3.\ \log 0{,}008\)   \(4.\ \log 1{,}024\)   \(5.\ \log\tfrac{1}{0{,}00064}\)   \(6.\ \log(1{,}28 \cdot 2^{27})\).

VII — Les fonctions hyperboliques

Qu'est-ce qu'une hyperbole ?
Une hyperbole est une courbe géométrique définie comme l'ensemble des points dont la différence des distances à deux points fixes appelés foyers est constante : \[\bigl|MF_1 - MF_2\bigr| = 2a.\] Chaque hyperbole possède ses propres foyers. Pour l'hyperbole d'équation $\dfrac{x^2}{a^2} - \dfrac{y^2}{b^2} = 1$, les foyers sont situés en $F_1(-c, 0)$ et $F_2(c, 0)$ avec $c = \sqrt{a^2 + b^2}$. Pour l'hyperbole unité $x^2 - y^2 = 1$, les foyers sont en $\left(-\sqrt{2}, 0\right)$ et $\left(\sqrt{2}, 0\right)$.

On peut la comparer à l'ellipse, dont la définition est presque identique — seul le signe change :
Ellipse Hyperbole
Condition\(MF_1 + MF_2 = \text{cste}\)\(|MF_1 - MF_2| = \text{cste}\)
Équation\(\dfrac{x^2}{a^2} + \dfrac{y^2}{b^2} = 1\)\(\dfrac{x^2}{a^2} - \dfrac{y^2}{b^2} = 1\)
FormeOvale ferméeDeux branches ouvertes
AsymptotesAucuneDeux droites
Paramétrage\((\cos t,\, \sin t)\)\((\mathrm{ch}(t),\, \mathrm{sh}(t))\)
La seule différence entre ellipse et hyperbole est le signe \(-\) au lieu de \(+\) — c'est ce même signe qui transforme \(\cos/\sin\) en \(\mathrm{ch}/\mathrm{sh}\).
Ellipse (bleu) et hyperbole unité (rouge) avec leurs foyers. Les segments pointillés montrent les distances \(MF_1\) et \(MF_2\) depuis un point \(M\) de chaque courbe.
Remarque — Le cercle est une ellipse particulière
Un cercle est une ellipse pour laquelle \(a = b\). Dans ce cas : \[\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{a^2} = 1 \quad\Longrightarrow\quad x^2 + y^2 = a^2,\] c'est-à-dire un cercle de rayon \(a\). Pour \(a = b = 1\) on obtient le cercle unité \(x^2 + y^2 = 1\).

La propriété des foyers le confirme : pour une ellipse, \(c = \sqrt{a^2 - b^2}\). Quand \(a = b\), on obtient \(c = 0\) — les deux foyers coïncident en un seul point, qui est le centre. C'est exactement la définition d'un cercle : tous les points sont à égale distance du centre.

On a donc la hiérarchie : \[\text{Cercle} \subset \text{Ellipse} \subset \text{Coniques}.\] Les coniques sont la grande famille qui regroupe cercle, ellipse, parabole et hyperbole — toutes obtenues en coupant un cône par un plan selon différents angles, d'où leur nom.
Les quatre coniques — coupe d'un cône
Les quatre coniques obtenues en coupant un cône double par un plan selon différents angles : cercle, ellipse, parabole, hyperbole.
💡 Intuition — Pourquoi "hyperbolique" ? Les fonctions \(\cos\) et \(\sin\) trigonométriques paramètrent le cercle unité : \(\cos^2(t) + \sin^2(t) = 1\). Les fonctions ch et sh paramètrent l'hyperbole unité : \(\mathrm{ch}^2(t) - \mathrm{sh}^2(t) = 1\). Ce signe \(-\) au lieu de \(+\) fait toute la différence. En physique relativiste, cette hyperbole joue le rôle que joue le cercle en physique classique.
💡 Partie paire / partie impaire. Toute fonction \(f\) se décompose uniquement en \(f = \underbrace{\frac{f(x)+f(-x)}{2}}_{\text{partie paire}} + \underbrace{\frac{f(x)-f(-x)}{2}}_{\text{partie impaire}}\). Pour \(f = \exp\), cela donne exactement ch et sh. Autrement dit : ch est la « partie symétrique » de l'exponentielle, sh est sa « partie antisymétrique ».
Définition 8 — Cosinus et sinus hyperboliques
Par définition : \(e^x = \mathrm{ch}(x) + \mathrm{sh}(x)\). Et l'identité fondamentale : \[\mathrm{ch}^2(x) - \mathrm{sh}^2(x) = 1.\]
💡 Preuve rapide de l'identité fondamentale. \[\mathrm{ch}^2(x)-\mathrm{sh}^2(x) = \left(\frac{e^x+e^{-x}}{2}\right)^2 - \left(\frac{e^x-e^{-x}}{2}\right)^2 = \frac{(e^x+e^{-x})^2-(e^x-e^{-x})^2}{4}.\] En développant : \((A+B)^2-(A-B)^2 = 4AB\). Avec \(A=e^x\) et \(B=e^{-x}\), on obtient \(4e^xe^{-x} = 4e^0 = 4\). Donc le résultat vaut \(4/4 = 1\). ✓
Pour tous réels \(a\) et \(b\) :
Moyen mnémotechnique
En une phrase : pour ch, même famille ; pour sh, familles croisées.

À comparer avec les circulaires — seul le signe du terme en sh×sh change :
Démonstration — formule pour \(\mathrm{ch}(a+b)\)

On remplace par les définitions et on développe : \[\mathrm{ch}(a)\,\mathrm{ch}(b) + \mathrm{sh}(a)\,\mathrm{sh}(b) = \frac{e^a+e^{-a}}{2}\cdot\frac{e^b+e^{-b}}{2} + \frac{e^a-e^{-a}}{2}\cdot\frac{e^b-e^{-b}}{2}.\] En développant les produits : \[= \frac{e^{a+b}+e^{a-b}+e^{-a+b}+e^{-(a+b)}}{4} + \frac{e^{a+b}-e^{a-b}-e^{-a+b}+e^{-(a+b)}}{4}.\] Les termes en \(e^{a-b}\) et \(e^{-a+b}\) s'annulent : \[= \frac{2e^{a+b}+2e^{-(a+b)}}{4} = \frac{e^{a+b}+e^{-(a+b)}}{2} = \mathrm{ch}(a+b).\] Les trois autres formules se démontrent de la même façon.
Remarque — Analogie avec les fonctions circulaires
Les formules d'addition des fonctions hyperboliques sont presque identiques à celles des fonctions circulaires, avec une différence de signe sur les termes en \(\mathrm{sh}\cdot\mathrm{sh}\) : C'est encore le signe \(+\) au lieu de \(-\) qui fait la différence entre cercle et hyperbole.
💡 Analogie avec les fonctions circulaires.
Circulaires Hyperboliques
\(\cos^2 t + \sin^2 t = 1\)\(\mathrm{ch}^2 t - \mathrm{sh}^2 t = 1\)
\((\cos t)' = -\sin t\)\(\mathrm{ch}'(t) = \mathrm{sh}(t)\) (sans le \(-\) !)
\((\sin t)' = \cos t\)\(\mathrm{sh}'(t) = \mathrm{ch}(t)\)
\(\cos\) bornée entre \(-1\) et \(1\)\(\mathrm{ch} \geq 1\), non bornée
\(\sin\) bornée entre \(-1\) et \(1\)\(\mathrm{sh}\) non bornée
Exercice 15
Résoudre :
  1. \(\mathrm{ch}(x) = 2\)
  2. \(5\,\mathrm{ch}(x) - 4\,\mathrm{sh}(x) = 3\)
  3. \(\begin{cases}\mathrm{ch}(x)+\mathrm{ch}(y)=4\\\mathrm{sh}(x)+\mathrm{sh}(y)=1\end{cases}\)
Solution — 1. \(\mathrm{ch}(x) = 2\)

On remplace par la définition : \[\frac{e^x + e^{-x}}{2} = 2 \quad\Longrightarrow\quad e^x + e^{-x} = 4.\] On pose \(X = e^x > 0\). Puisque \(e^{-x} = \dfrac{1}{X}\), l'équation devient : \[X + \frac{1}{X} = 4.\]
Pourquoi multiplier par \(X\) ?
On a une fraction \(\dfrac{1}{X}\) qui gêne — on multiplie tout par \(X > 0\) pour l'éliminer. C'est le même réflexe que pour résoudre \(x + \dfrac{1}{x} = 3\) : on multiplie par \(x\) pour obtenir un trinôme.
En multipliant par \(X > 0\) : \[X^2 + 1 = 4X \quad\Longrightarrow\quad X^2 - 4X + 1 = 0.\] Discriminant : \(\Delta = 16 - 4 = 12\), donc \(\sqrt{\Delta} = 2\sqrt{3}\). Les deux racines sont : \[X = 2 + \sqrt{3} \quad\text{ou}\quad X = 2 - \sqrt{3}.\] Les deux sont strictement positives (car \(\sqrt{3} \approx 1{,}73 < 2\)), donc acceptables. On revient à \(x\) : \[x = \ln(2+\sqrt{3}) \quad\text{ou}\quad x = \ln(2-\sqrt{3}).\]
Remarque — Les deux solutions sont opposées
Puisque \((2+\sqrt{3})(2-\sqrt{3}) = 4 - 3 = 1\), on a \(\ln(2+\sqrt{3}) + \ln(2-\sqrt{3}) = \ln 1 = 0\), donc : \[\ln(2-\sqrt{3}) = -\ln(2+\sqrt{3}).\] Les deux solutions sont bien opposées, ce qui est cohérent avec la parité de ch : \(\mathrm{ch}(x) = \mathrm{ch}(-x)\).
\[\mathcal{S} = \left\{-\ln(2+\sqrt{3}),\; \ln(2+\sqrt{3})\right\}.\]
Solution — 2. \(5\,\mathrm{ch}(x) - 4\,\mathrm{sh}(x) = 3\)

On remplace par les définitions : \[5 \cdot \frac{e^x + e^{-x}}{2} - 4 \cdot \frac{e^x - e^{-x}}{2} = 3\] \[\frac{5e^x + 5e^{-x} - 4e^x + 4e^{-x}}{2} = 3 \quad\Longrightarrow\quad e^x + 9e^{-x} = 6.\] On pose \(X = e^x > 0\), donc \(e^{-x} = \dfrac{1}{X}\) — on multiplie par \(X\) pour éliminer le dénominateur : \[X^2 - 6X + 9 = 0 \quad\Longrightarrow\quad (X-3)^2 = 0.\] Racine double évidente : \(X = 3\), donc \(e^x = 3\), soit : \[\mathcal{S} = \{\ln 3\}.\]
Remarque — Interprétation géométrique de la racine double
Posons \(f(x) = 5\,\mathrm{ch}(x) - 4\,\mathrm{sh}(x)\). L'équation \(f(x) = 3\) cherche les points où \(\mathcal{C}_f\) coupe la droite horizontale \(y = 3\). Une racine double signifie que cette droite touche la courbe en un seul point sans la traverser — c'est la définition d'une tangente.

On le vérifie : \(f'(x) = 5\,\mathrm{sh}(x) - 4\,\mathrm{ch}(x)\). En \(x = \ln 3\), avec \(e^{\ln 3} = 3\) et \(e^{-\ln 3} = \frac{1}{3}\) : \[\mathrm{sh}(\ln 3) = \frac{3 - \frac{1}{3}}{2} = \frac{8}{6} = \frac{4}{3}, \qquad \mathrm{ch}(\ln 3) = \frac{3 + \frac{1}{3}}{2} = \frac{10}{6} = \frac{5}{3}.\] Donc : \[f'(\ln 3) = 5 \cdot \frac{4}{3} - 4 \cdot \frac{5}{3} = \frac{20}{3} - \frac{20}{3} = 0.\] \(f'(\ln 3) = 0\) confirme que \(x = \ln 3\) est un extremum de \(f\) : la courbe atteint exactement \(y = 3\) en ce point et ne le traverse pas.
Figure interactive — droite \(y=k\) et tangence
3.00

f(x) y = k intersection (f′≠0) tangence (f′=0)
Proposition 12 — Cosinus hyperbolique
Proposition 13 — Sinus hyperbolique

\(x \mapsto \mathrm{ch}(x)\)

\(x\)\(-\infty\)\(0\)\(+\infty\)
\(\mathrm{sh}(x)\)\(-\)\(0\)\(+\)
\(\mathrm{ch}\)\(+\infty\)↘ \(1\) ↗\(+\infty\)

\(x \mapsto \mathrm{sh}(x)\)

\(x\)\(-\infty\)\(0\)\(+\infty\)
\(\mathrm{ch}(x)\)\(+\)
\(\mathrm{sh}\)\(-\infty\)↗ \(0\)↗ \(+\infty\)
Courbes représentatives de ch(x) et sh(x)
Figure 16 — Courbes de \(x \mapsto \mathrm{ch}(x)\) (en vert, forme de chaînette, minimum en 0) et \(x \mapsto \mathrm{sh}(x)\) (en violet, impaire, strictement croissante) avec leurs tangentes en 0.
Exercice 16
Dérivées de :
  1. \(f : x \mapsto \mathrm{ch}(x)\cos(x) + \mathrm{sh}(x)\sin(x)\).
  2. \(g : x \mapsto \mathrm{ch}^4(x)\,\mathrm{sh}^2(x)\).
Exercice 17
Pour \(a > 0\), exprimer \(\mathrm{ch}\!\left(\ln(\sqrt{a}+\sqrt{a+1})\right)\) en fonction de \(\sqrt{a+1}\) uniquement.

Compléments — Formes indéterminées logarithmiques (J. Wacksmann)

Complément — Exemple : limites d'une fonction rationnelle en ln
Soit \(f(x) = \dfrac{\ln x + 1}{\ln x - 1}\), définie sur \(\mathbb{R}^*_+ \setminus \{e\}\).

Limite en \(e^+\) : \[\lim_{x \to e^+} \ln x + 1 = 2 \quad \text{et} \quad \lim_{x \to e^+} \ln x - 1 = 0^+,\] donc par quotient : \(\displaystyle\lim_{x \to e^+} f(x) = +\infty\). La droite \(x = e\) est asymptote verticale.

Limite en \(+\infty\) : forme indéterminée \(\dfrac{+\infty}{+\infty}\). On pose \(X = \ln x\) (avec \(x > 1\) donc \(X \neq 0\)) : \[f(x) = \frac{X+1}{X-1} = \frac{1 + \tfrac{1}{X}}{1 - \tfrac{1}{X}}.\] Par composition, quand \(x \to +\infty\), \(X \to +\infty\) donc : \[\lim_{x \to +\infty} f(x) = \lim_{X \to +\infty} \frac{1+\tfrac{1}{X}}{1-\tfrac{1}{X}} = 1.\] La droite \(y = 1\) est asymptote horizontale.
Complément — Proposition : symétrie des courbes \(\mathcal{C}_{\ln}\) et \(\mathcal{C}_{\exp}\)
Proposition. Dans un repère orthonormal du plan, les courbes \(\mathcal{C}_{\ln}\) et \(\mathcal{C}_{\exp}\) sont symétriques par rapport à la droite \(\Delta\) d'équation \(y = x\).

Démonstration — Avec les notations \(M(x, y)\) et \(M'(x', y')\) symétriques par rapport à \(\Delta : y = x\), on a \(x' = y\) et \(y' = x\). Donc : \[M \in \mathcal{C}_{\ln} \iff y = \ln x \iff x = e^y \iff y' = e^{x'} \iff M' \in \mathcal{C}_{\exp}.\] Les courbes sont bien symétriques par rapport à \(y = x\).
Complément — Proposition 7.5.1 : limite de \(\dfrac{\ln x}{x}\) en \(+\infty\)
Proposition. \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} \dfrac{\ln x}{x} = 0\).

Démonstration — Nous observons une forme indéterminée du type \(\dfrac{+\infty}{+\infty}\). On pose \(X = \ln x\), ainsi \(x = e^X\) et \(X \to +\infty\) quand \(x \to +\infty\). Il vient : \[\frac{\ln x}{x} = \frac{X}{e^X}.\] Par composition, nous en déduisons : \[\lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x} = \lim_{X \to +\infty} \frac{X}{e^X} = 0.\]
Remarques.
Complément — Croissance comparée : \(\ln x\) vs \(x^n\)
Proposition. Pour tout \(n \in \mathbb{N}^*\) : \[\lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x^n} = 0 \quad \text{et} \quad \lim_{x \to +\infty} x^n \ln x = +\infty.\]
Démonstration — On pose \(X = \ln(x^n) = n \ln x\), avec \(x > 0\) et \(X \to +\infty\) quand \(x \to +\infty\). Il vient : \[\frac{\ln x}{x^n} = \frac{1}{n} \cdot \frac{\ln X}{X} \underset{X \to +\infty}{\longrightarrow} \frac{1}{n} \times 0 = 0.\] Par composition, nous en concluons \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x^n} = 0\).
Remarques.
Complément — Proposition 7.5.2 : limite de \(x \ln x\) en \(0^+\)
Proposition. \(\displaystyle\lim_{\substack{x \to 0 \\ x > 0}} x \ln x = 0\).

Démonstration — Nous observons une forme indéterminée du type \(0 \times (-\infty)\). On pose \(X = \dfrac{1}{x}\), avec \(x > 0\) et \(X \to +\infty\) quand \(x \to 0^+\). Il vient : \[x \ln x = \frac{1}{X} \ln\!\left(\frac{1}{X}\right) = -\frac{1}{X} \ln X = -\frac{\ln X}{X}.\] Ainsi \(X\) tend vers \(+\infty\) lorsque \(x\) tend vers \(0^+\), donc : \[\lim_{\substack{x \to 0 \\ x > 0}} x \ln x = -\lim_{X \to +\infty} \frac{\ln X}{X} = 0.\]
Exemple. Considérons la fonction \(f : x \mapsto \sqrt{x} - \ln x - \ln(2x)\).
Pour tout réel \(x > 0\), nous avons \(f(x) = \sqrt{x} - \ln x - \ln 2\).
Par produit : \(\displaystyle\lim_{\substack{x \to 0 \\ x > 0}} x \ln x = \frac{1}{x} \cdot \ln\!\left(\frac{1}{x}\right) = -\frac{\ln X}{X} \to 0\).
Complément — Remarques sur \(x^n \ln x\) en \(0^+\) (J. Wacksmann)
Par produit, \(\displaystyle\lim_{\substack{x \to 0 \\ x > 0}} x^n \ln x = 0\) pour tout \(n \in \mathbb{N}^*\).

1er exemple. \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} \sqrt{x}\ln x = 0\). En posant \(X = \sqrt{x}\), avec \(x > 0\) et \(X \to 0^+\) : \[\sqrt{x}\ln x = X \ln(X^2) = 2X\ln X \xrightarrow[X \to 0^+]{} 0.\] Généralisation. En posant \(X = \sqrt[n]{x} = x^{1/n}\), avec \(n \geq 2\) entier : \[\sqrt[n]{x}\ln x = X^n \ln(X^n) = nX^n \ln X = n \cdot X \ln X \underset{X \to 0^+}{\longrightarrow} 0.\] 2e exemple. Soit \(f : x \mapsto x\ln(x^2+1) - 2\ln x\) définie sur \(\mathbb{R}^*\). Nous observons une forme indéterminée \(0 \times (+\infty)\). Pour tout réel \(x \neq 0\) : \[f(x) = x\ln\!\left(\frac{x^2+1}{x^2}\right) = x\ln\!\left(1+\frac{1}{x^2}\right) = x\bigl(\ln(x^2+1) - \ln(x^2)\bigr) = x(\ln(x^2+1) - 2\ln|x|).\] La fonction \(f\) est impaire car \(f(-x) = -f(x)\), donc \(\displaystyle\lim_{x \to 0^-} f(x) = -\lim_{x \to 0^+} f(x)\).
Pour \(x > 0\) : \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} \frac{1}{x}\ln\!\left(\frac{x^2+1}{1}\right) = 0\) et \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} x\ln x = 0\), donc \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} f(x) = 0\).
Complément — Proposition 7.5.3 : \(\lim_{x \to 0} \dfrac{\ln(1+x)}{x} = 1\) (J. Wacksmann)
Proposition. \(\displaystyle\lim_{x \to 0} \frac{\ln(1+x)}{x} = 1\).

Démonstration — Il s'agit d'une forme indéterminée \(\dfrac{0}{0}\). En posant \(h = x\), pour tout réel \(x \neq 0\) : \[\frac{\ln(1+x)}{x} = \frac{\ln(1+h) - \ln 1}{h} \xrightarrow[h \to 0]{} \ln'(1) = \frac{1}{1} = 1.\] Les variables \(h\) et \(x\) étant muettes, le résultat est établi.
Remarque. Ce résultat signifie que la fonction \(x \mapsto \ln(1+x)\) est équivalente à \(x\) au voisinage de 0. On dit aussi que \(x \mapsto \ln(1+x)\) est le développement limité d'ordre 1 en 0 de la fonction \(x \mapsto \ln(1+x)\), ce qui donne l'approximation affine \(\ln(1+x) \approx x\) pour \(x\) voisin de 0. On dit aussi que \(x \mapsto \ln(1+x)\) est la approximation affine tangente en 0 de la fonction \(x \mapsto \ln(1+x)\).
Exemples.
Complément — Section 7.7 : fonctions exponentielles de base \(a\) (J. Wacksmann)
Définition. Soit \(a > 0\) et \(a \neq 1\). La fonction exponentielle de base \(a\), notée \(\exp_a\), est définie sur \(\mathbb{R}\) par : \[\forall x \in \mathbb{R},\quad \exp_a(x) = e^{x\ln a} = a^x.\] Remarques.
Démonstration (que \(\exp_a(x) = a^x\)) — 1er cas : \(x \in \mathbb{Z}\). \(\forall n \in \mathbb{Z}\), \(\exp_a(n) = e^{n\ln a} = (e^{\ln a})^n = a^n\). ✓

2e cas : \(x = \frac{p}{q} \in \mathbb{Q}\), \(r > 0\). \(\exp_a\!\left(\frac{p}{q}\right) = e^{\frac{p}{q}\ln a} = \left(e^{\frac{1}{q}\ln a}\right)^p = \left(a^{\frac{1}{q}}\right)^p = a^{\frac{p}{q}}\). ✓

3e cas : \(x \in \mathbb{R}\) quelconque. \(\mathbb{Q}\) est dense dans \(\mathbb{R}\) : il existe une suite \((r_n)\) de rationnels convergeant vers \(x\). La fonction \(\exp_a\) est continue sur \(\mathbb{R}\), donc : \[\lim_{n \to +\infty} \exp_a(r_n) = \exp_a(x) = e^{x\ln a},\] et d'autre part \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} a^{r_n} = a^x\). Par unicité de la limite : \(\exp_a(x) = a^x\).
Complément — Propriétés algébriques de \(\exp_a\) (J. Wacksmann)
Proposition. Les propriétés algébriques de \(\exp : x \mapsto e^x\) s'étendent aux fonctions \(\exp_a : x \mapsto a^x\). Pour tous réels \(x\) et \(y\) : De plus, \(\exp_a\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) et \(\exp_a'(x) = \ln a \times a^x\).

Démonstration de \((a^x)^y = a^{xy}\) — \((a^x)^y = e^{y\ln(a^x)} = e^{y \cdot x\ln a} = e^{xy\ln a} = a^{xy}\).

Démonstration de la dérivée — \(\exp_a'(x) = \displaystyle\lim_{u \to 0} \frac{\exp_a(x+u) - \exp_a(x)}{u} = \ln a \times \lim_{u \to 0} \frac{e^{u\ln a} - 1}{u\ln a} = \ln a \times a^x\).
Exemples.

VIII — Tableau récapitulatif

💡 Comment utiliser ce tableau. Les domaines de définition sont imposés par les opérations : la présence de \(\ln\) ou d'une racine restreint à \(\mathbb{R}^*_+\) ou \(\mathbb{R}_+\). La colonne dérivabilité peut être strictement plus petite que la définition (cas \(\alpha \in ]0;1[\) : tangente verticale en 0). Toutes les dérivées suivent deux patrons : règle de la puissance \(\alpha x^{\alpha-1}\), et règle de l'exponentielle \(u' \cdot f(u)\).
\(f(x)\) Domaine de définition Domaine de dérivabilité \(f'(x)\)
\(c \in \mathbb{R}\)\(\mathbb{R}\)\(\mathbb{R}\)\(0\)
\(x^n,\; n \in \mathbb{N}^*\)\(\mathbb{R}\)\(\mathbb{R}\)\(nx^{n-1}\)
\(x^\alpha,\; \alpha \in ]1;+\infty[\)\(\mathbb{R}_+\)\(\mathbb{R}_+\)\(\alpha x^{\alpha-1}\)
\(x^\alpha,\; \alpha \in ]0;1[\)\(\mathbb{R}_+\)\(\mathbb{R}^*_+\)
\(x^\alpha,\; \alpha \in \mathbb{R}^*_-\)\(\mathbb{R}^*_+\)\(\mathbb{R}^*_+\)
\(\ln(x)\)\(\mathbb{R}^*_+\)\(\mathbb{R}^*_+\)\(\dfrac{1}{x}\)
\(\log_a(x)\)\(\mathbb{R}^*_+\)\(\mathbb{R}^*_+\)\(\dfrac{1}{\ln a}\cdot\dfrac{1}{x}\)
\(e^x\)\(\mathbb{R}\)\(\mathbb{R}\)\(e^x\)
\(a^x,\; a > 0\)\(\mathbb{R}\)\(\mathbb{R}\)\(\ln(a)\cdot a^x\)
\(\mathrm{ch}(x)\)\(\mathbb{R}\)\(\mathbb{R}\)\(\mathrm{sh}(x)\)
\(\mathrm{sh}(x)\)\(\mathbb{R}\)\(\mathbb{R}\)\(\mathrm{ch}(x)\)

PTSI · Lycée Jules Garnier · Chapitre 5 : Fonctions de référence · L. IVARRA · 2026