| 📘 Définitions | |
| Déf. 1 — Continuité en un point | → I.1 |
| Déf. 2 — Continuité à droite, à gauche | → I.1 |
| Déf. 3 — Continuité sur un intervalle | → II.1 |
| Déf. 4 — Image d'un intervalle par une fonction | → II.2 |
| Déf. 5 — Racine n-ième | → II.7 |
| 📗 Propositions & Théorèmes | |
| Prop. 1 — Trois formulations équivalentes de la continuité | → I.2 |
| Prop. 2 — Fonctions de référence continues | → I.3 |
| Prop. 3 — Valeur absolue continue | → I.3 |
| Prop. 4 — Opérations sur les fonctions continues | → I.6 |
| Prop. 5 — Polynômes et fractions rationnelles | → I.6 |
| Prop. 6 — Composition et continuité | → I.6 |
| Prop. 7 — Dérivabilité implique continuité | → I.4 |
| Prop. 8 — Composée d'une suite par une fonction continue | → I.5 |
| Prop. 9 — Suite récurrente et fonction continue | → I.7 |
| Prop. 10 — Méthode de dichotomie | → II.3 |
| Th. — Valeurs intermédiaires (TVI) | → II.4 |
| Prop. 11 — Image d'un intervalle quelconque | → II.5 |
| Prop. 12 — Image d'un intervalle fermé borné | → II.5 |
| Prop. 13 — Monotonie stricte sur intervalle fermé | → II.6 |
| Th. — Théorème de la bijection | → II.6 |
| Prop. 14 — Existence de la racine n-ième | → II.7 |
| Prop. 15 — Racine n-ième et multiplication | → II.7 |
Une fonction est continue en \(a\) si son graphe ne "saute" pas en \(a\). Formellement : la limite de \(f(x)\) quand \(x \to a\) existe et vaut \(f(a)\). Pas de saut, pas de trou, pas de point isolé.
Sur un intervalle, cela se voit graphiquement : on trace la courbe sans lever le crayon.
Soit \(f\) une fonction définie sur un intervalle ouvert \(I\) et \(a \in I\).
\(f\) est continue en \(a\) si et seulement si :
\[\lim_{x \to a} f(x) = f(a)\]Si l'intervalle \(I\) est fermé, par exemple \(I = [\alpha, \beta]\) :
Sur un intervalle ouvert \(]\alpha, \beta[\), la définition 1 suffit — en tout point intérieur, \(x\) peut approcher \(a\) des deux côtés.
Mais sur un intervalle fermé \([\alpha, \beta]\), les bornes posent problème. En \(\alpha\), on ne peut approcher que par la droite — il n'y a pas de points de \(I\) à gauche de \(\alpha\). En \(\beta\), uniquement par la gauche.
La définition 2 règle exactement ce problème : elle adapte la notion de continuité aux bornes en n'exigeant la limite que du côté où \(f\) est définie.
C'est pourquoi les grands théorèmes — TVI, théorème des bornes — s'énoncent sur un intervalle fermé borné \([a, b]\) et non sur un ouvert. La continuité sur \([a, b]\) inclut les conditions aux bords, et c'est précisément ce qui garantit les conclusions.
Soit \(f\) définie sur un intervalle ouvert \(I\) et \(a \in I\). Les trois propositions suivantes sont équivalentes :
(i) ⟹ (ii) — On suppose \(\displaystyle\lim_{x \to a} f(x) = f(a)\). En posant \(h = x - a\), quand \(x \to a\) on a \(h \to 0\), et par composition :
\[\lim_{h \to 0} f(a+h) = \lim_{x \to a} f(x) = f(a)\]ce qui prouve (ii).
(ii) ⟹ (iii) — On suppose \(\displaystyle\lim_{h \to 0} f(a+h) = f(a)\). Par définition de la limite, pour tout \(\varepsilon > 0\) il existe \(\eta > 0\) tel que :
\[\forall h \in \mathbb{R},\ |h| < \eta \Rightarrow |f(a+h) - f(a)| < \varepsilon\]En posant \(h = x - a\), on obtient (iii).
(iii) ⟹ (i) — (iii) signifie par définition que \(\displaystyle\lim_{x \to a} f(x) = f(a)\), ce qui est exactement (i).
□Ce sont trois façons de dire la même chose — mais chacune est utile dans un contexte différent.
(i) est la définition naturelle — limite égale à la valeur.
(ii) est commode pour les calculs — on pose \(h = x - a\) et on ramène tout à \(h \to 0\).
(iii) est la définition "epsilon-eta" — la plus rigoureuse, elle quantifie précisément "pas de saut" : pour toute précision \(\varepsilon\) souhaitée sur les sorties, il existe une tolérance \(\eta\) sur les entrées.
Les fonctions de référence — constantes, linéaires, carré, inverse, racine carrée, cosinus, sinus, tangente et exponentielle — sont continues en tout point où elles sont définies :
En tout point où elles sont définies, ces fonctions satisfont à la définition de la continuité en point.
□Quel que soit le réel \(a\), la fonction valeur absolue \(x \mapsto |x|\) est continue en \(a\).
Soient \(x\) et \(a\) deux réels. On rappelle l'inégalité :
\[\big||x| - |a|\big| \leq |x - a|\]Par conséquent, pour que \(\big||x| - |a|\big| < \varepsilon\), il suffit que \(|x - a| < \varepsilon\). En posant \(\eta = \varepsilon\) :
\[\forall \varepsilon > 0,\ \forall x \in \mathbb{R},\ |x - a| < \eta \Rightarrow \big||x| - |a|\big| < \varepsilon\]ce qui prouve la continuité de \(x \mapsto |x|\) en \(a\).
□Fonction échelon unité \(U\) définie sur \(\mathbb{R}\) par :
\[U(t) = \begin{cases} 1 & \text{si } t \geq 0 \\ 0 & \text{si } t < 0 \end{cases}\]On a \(\displaystyle\lim_{\substack{t \to 0 \\ t > 0}} U(t) = 1 \neq U(0)\) et \(\displaystyle\lim_{\substack{t \to 0 \\ t < 0}} U(t) = 0 \neq U(0)\) — la fonction est discontinue en 0.
Fonction partie entière \(x \mapsto \lfloor x \rfloor\).
On a \(\displaystyle\lim_{\substack{x \to 0 \\ x > 0}} \lfloor x \rfloor = 0 = \lfloor 0 \rfloor\) — continue à droite en 0. Mais \(\displaystyle\lim_{\substack{x \to 0 \\ x < 0}} \lfloor x \rfloor = -1 \neq \lfloor 0 \rfloor\) — discontinue à gauche en 0.
Plus généralement, pour tout \(n \in \mathbb{Z}\) :
\[\lim_{\substack{x \to n \\ x > n}} \lfloor x \rfloor = n \quad \text{et} \quad \lim_{\substack{x \to n \\ x < n}} \lfloor x \rfloor = n - 1 \neq n\]La fonction partie entière est donc discontinue en tout \(n \in \mathbb{Z}\).
Soient \(f\) une fonction définie sur un intervalle ouvert \(I\) et \(a \in I\).
Si \(f\) est dérivable en \(a\), alors \(f\) est continue en \(a\).
On veut montrer que \(\displaystyle\lim_{h \to 0} f(a+h) = f(a)\), autrement dit que \(f(a+h) - f(a) \to 0\). Or \(f(a+h) - f(a)\) ressemble au numérateur du taux d'accroissement — on fait apparaître \(h\) en écrivant :
\[f(a+h) - f(a) = h \cdot \frac{f(a+h) - f(a)}{h}\]Puisque \(f\) est dérivable en \(a\), le taux d'accroissement tend vers \(f'(a)\) quand \(h \to 0\). Donc le produit \(h \cdot \dfrac{f(a+h)-f(a)}{h}\) tend vers \(0 \cdot f'(a) = 0\), ce qui donne bien \(f(a+h) - f(a) \to 0\).
□Puisque \(f\) est dérivable en \(a\), en posant \(\varphi(h) = \dfrac{f(a+h)-f(a)}{h} - f'(a)\), on a \(\displaystyle\lim_{h\to 0}\varphi(h) = 0\) et :
\[f(a+h) = f(a) + h\,f'(a) + h\,\varphi(h)\]En faisant tendre \(h \to 0\) :
\[\lim_{h \to 0} f(a+h) = f(a) + 0 \cdot f'(a) + 0 \cdot 0 = f(a)\] □Toute fonction continue n'est pas forcément dérivable. La continuité garantit qu'il n'y a pas de saut, mais ne dit rien sur l'existence d'une tangente.
Contre-exemple : \(x \mapsto |x|\) est continue en 0, mais non dérivable en 0. Pour tout réel \(x \neq 0\) :
\[\frac{|x|}{x} = \begin{cases} 1 & \text{si } x > 0 \\ -1 & \text{si } x < 0 \end{cases}\]donc \(\displaystyle\lim_{\substack{x \to 0 \\ x > 0}} \frac{|x|}{x} = 1\) et \(\displaystyle\lim_{\substack{x \to 0 \\ x < 0}} \frac{|x|}{x} = -1\) — la limite du taux d'accroissement n'existe pas.
En d'autres termes, la représentation graphique de \(x \mapsto |x|\) admet deux demi-tangentes de pente 1 pour \(x > 0\) et −1 pour \(x < 0\).
Soient \(g\) une fonction définie sur un intervalle ouvert \(I\), \((u_n)\) une suite définie sur \(\mathbb{N}\) et \(l \in I\).
On suppose que \(\forall n \in \mathbb{N},\ u_n \in I\).
Si \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = l\) et \(g\) est continue en \(l\), alors :
\[\lim_{n \to +\infty} g(u_n) = g(l) = g\!\left(\lim_{n \to +\infty} u_n\right)\]Puisque \(g\) est continue en \(l\) :
\[\lim_{n \to +\infty} u_n = l \quad \text{et} \quad \lim_{X \to l} g(X) = g(l)\]En appliquant la proposition sur la limite de la composée d'une suite par une fonction, on conclut \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} g(u_n) = g(l)\).
□Si \(g\) est continue en \(l\) et \(u_n \to l\), alors \(g(u_n) \to g(l)\). En d'autres termes, la continuité autorise à permuter limite et fonction :
\[\lim_{n\to+\infty} g(u_n) = g\!\left(\lim_{n\to+\infty} u_n\right)\]C'est très utile en pratique — par exemple pour calculer la limite d'une suite définie par récurrence.
Si \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = l\), alors :
Ce corollaire résulte de la Proposition 8 en composant la suite par chaque fonction de référence continue.
La réciproque de la Proposition 8 est vraie : \(g\) est continue en \(l\) si et seulement si pour toute suite \((u_n)\) de \(I\) convergeant vers \(l\), on a \(g(u_n) \to g(l)\). Cette équivalence est appelée caractérisation séquentielle de la continuité en un point.
Soient \(\lambda\) un réel, \(u\) et \(v\) deux fonctions définies sur un intervalle ouvert \(I\), continues en \(a \in I\). Les fonctions suivantes sont continues en \(a\) :
La continuité de chacune de ces fonctions est acquise en appliquant les opérations sur les limites en \(a\).
□Les fonctions polynômes et rationnelles sont continues en tout point où elles sont définies.
Par multiplication par un réel de fonctions puissances puis par addition, un polynôme est continu en tout point où il est défini.
Par quotient de deux polynômes, une fraction rationnelle est continue en tout point où elle est définie.
□Une fonction rationnelle est un quotient de deux polynômes \(f(x) = P(x)/Q(x)\), définie là où \(Q(x) \neq 0\).
La continuité est garantie partout où la fonction est définie — pas besoin de le vérifier cas par cas.
Soient \(u\) une fonction définie sur un intervalle ouvert \(I\), \(a \in I\), et \(g\) une fonction définie sur un intervalle \(J\) avec \(u(a) \in J\).
Si \(u\) est continue en \(a\) et \(g\) est continue en \(u(a)\), alors \(g \circ u\) est continue en \(a\).
Puisque \(u\) est continue en \(a\) et \(g\) est continue en \(u(a)\) :
\[\lim_{x \to a} u(x) = u(a) \quad \text{et} \quad \lim_{X \to u(a)} g(X) = g(u(a))\]Par composition des limites :
\[\lim_{x \to a} (g \circ u)(x) = g(u(a)) = (g \circ u)(a)\]ce qui justifie la continuité de \(g \circ u\) en \(a\).
□Soit \(u\) une fonction définie sur un intervalle ouvert \(I\) et continue en \(a \in I\). Sous réserve d'être définies en \(a\), les fonctions suivantes sont continues en \(a\) :
Soient \(g\) une fonction définie sur un intervalle ouvert \(I\) et \(l \in I\).
On considère une suite \((u_n)\) définie par :
Si \((u_n)\) converge vers \(l\) et si \(g\) est continue en \(l\), alors \(l = g(l)\).
On peut voir \(g\) comme une machine : on injecte \(u_n\) et on récupère \(u_{n+1} = g(u_n)\).
Si la suite converge vers \(l\), on a deux suites qui ont chacune une limite :
Or \(u_{n+1} = g(u_n)\) pour tout \(n\) — ce sont la même suite. Par unicité de la limite : \(l = g(l)\).
Ce n'est pas "on injecte \(l\) et on récupère \(l\)" — c'est que les deux descriptions de la même suite donnent deux expressions de la même limite.
Étape 1. Puisque \(g\) est continue en \(l\) et \(u_n \to l\), la Proposition 8 donne :
\[\lim_{n \to +\infty} g(u_n) = g(l)\]Étape 2. Montrons que \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_{n+1} = l\). Soit \(\varepsilon > 0\). Puisque \(u_n \to l\), il existe \(N \in \mathbb{N}\) tel que pour tout \(n \geq N\), \(|u_n - l| \leq \varepsilon\). Or \(n \geq N\) implique \(n+1 \geq N\), ce qui prouve que \(u_{n+1} \in [l-\varepsilon, l+\varepsilon]\). Donc \(u_{n+1} \to l\).
Étape 3. Comme \(u_{n+1} = g(u_n)\) pour tout \(n\), et par unicité de la limite :
\[l = \lim_{n \to +\infty} u_{n+1} = \lim_{n \to +\infty} g(u_n) = g(l)\] □Si la suite converge, sa limite \(l\) est nécessairement un point fixe de \(g\), c'est-à-dire une solution de l'équation \(g(l) = l\).
Attention : ce résultat ne dit pas que la suite converge — il dit seulement que si elle converge, sa limite vérifie \(g(l) = l\). En pratique, on utilise ce résultat en deux temps :
Soit \((u_n)\) la suite définie sur \(\mathbb{N}\) par \(u_0 = \dfrac{1}{5}\) et \(u_{n+1} = \dfrac{1}{2}u_n(1-u_n)\) où \(f(x) = \dfrac{1}{2}x(1-x)\).
On observe que \(f(x) = \dfrac{1}{2}x(1-x)\) génère la suite \((u_n)\),
càd : \(\forall n \in \mathbb{N},\ u_{n+1} = f(u_n)\)
Nous déterminons les variations de cette fonction sur l'intervalle \([0\,;\,1]\).
Nous avons \(f'(x) = \dfrac{1}{2} - x\).
Tableau de variations de \(f\) sur \([0\,;\,1]\) :
| \(x\) | 0 | \(\dfrac{1}{2}\) | 1 | ||
|---|---|---|---|---|---|
| signe de \(f'(x)\) | + | 0 | − | ||
| variations de \(f\) | 0 | \(\nearrow\) | \(\dfrac{1}{8}\) | \(\searrow\) | 0 |
Donc pour tout \(x \in [0\,;\,1]\), \(0 \leq f(x) \leq \dfrac{1}{8} \leq 1\).
Ce qui permet d'affirmer par récurrence : \(\forall n \in \mathbb{N},\ 0 \leq u_n \leq 1\).
De plus \(u_{n+1} - u_n = \dfrac{1}{2}u_n(1-u_n) - u_n = -\dfrac{1}{2}(u_n^2 + u_n) < 0\) pour \(u_n \in [0\,;\,1]\).
La suite est décroissante et minorée par 0, donc convergente vers un réel \(l \in [0\,;\,1]\).
La fonction \(f\) est continue en \(l\), donc en appliquant la proposition précédente, \(l\) est une solution de \(f(x) = x\) :
\[f(x) = x \iff \frac{1}{2}x(1-x) = x \iff -\frac{1}{2}x(1+x) = 0 \iff x = 0 \text{ ou } x = -1\]Puisque \(l \in [0\,;\,1]\), on a \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = 0\).
Ce chapitre a pour finalité l'étude de l'action d'une fonction continue sur un intervalle.
Une fonction \(f\) est continue sur un intervalle ouvert \(I\) si et seulement si quel que soit le réel \(a \in I\), \(f\) est continue en \(a\).
Si \(I\) est semi-fermé ou fermé, par exemple \(I = [\alpha, \beta]\), \(f\) est continue sur \(I\) si et seulement si :
De façon imagée, \(f\) est continue sur un intervalle \(I\) si sa courbe représentative \(\mathcal{C}_f\) peut être dessinée "sans lever le crayon" — aucune rupture, aucun saut sur tout l'intervalle.
Soit \(f\) une fonction définie sur un intervalle \(I\). L'image de \(I\) par \(f\), notée \(f(I)\), est l'ensemble des réels \(f(x)\) lorsque \(x\) décrit \(I\) :
\[f(I) = \{f(x) \mid x \in I\}.\]La barre verticale \(\mid\) se lit "tel que" : l'ensemble des \(f(x)\) tels que \(x\) appartient à \(I\).
En d'autres termes, \(f(I)\) est l'ensemble de toutes les images des éléments de \(I\) par \(f\).
Pour chaque \(x\) dans \(I\), on calcule \(f(x)\) et on rassemble tous ces résultats. \(f(I)\) est l'ensemble de toutes les valeurs prises par \(f\) quand \(x\) parcourt \(I\).
Soient \(a\) et \(b\) deux réels tels que \(a < b\) et \(f\) une fonction continue sur l'intervalle \([a, b]\).
Si \(f(a) \times f(b) \leq 0\), alors
\[\exists c \in [a, b],\ f(c) = 0.\]En d'autres termes, \(f(a)\) et \(f(b)\) sont de signes opposés (ou l'un des deux est nul), alors \(f\) s'annule au moins une fois sur \([a, b]\).
Si \(f\) est continue et que \(f(a)\) et \(f(b)\) sont de signes opposés, la courbe part d'un côté de l'axe des abscisses et arrive de l'autre côté — sans lever le crayon, elle doit forcément traverser cet axe en un point \(c\).
Comme on ne peut pas trouver \(c\) directement, on travaille sur \(f(c)\). On sait que \(f(a) < 0\) et \(f(b) > 0\). On coupe \([a,b]\) en deux au milieu \(m = \dfrac{a+b}{2}\). Trois cas :
À chaque étape l'intervalle est deux fois plus petit. On construit ainsi deux suites qui se rapprochent l'une de l'autre et convergent vers un même point \(c\). En répétant indéfiniment, on "piège" le zéro de \(f\) — et la continuité de \(f\) fait le reste.
Nous construisons deux suites \((u_n)\) et \((v_n)\) par dichotomie, en posant \(u_0 = a\) et \(v_0 = b\).
Étape [1] — Cas particuliers.
Si \(f(a) = 0\), alors \(c = a\) convient. Si \(f(b) = 0\), alors \(c = b\) convient. On suppose désormais \(f(a) < 0\) et \(f(b) > 0\) (le cas opposé est symétrique).
Étape [2] — Construction des suites.
Pour tout entier naturel \(n\), on pose \(m_n = \dfrac{u_n + v_n}{2}\) et :
Étape [3] — On montre que \(\forall n \in \mathbb{N},\ u_n \leq v_n\).
L'égalité [2] donne \(v_{n+1} - u_{n+1} = \dfrac{u_n - v_n}{2}\), donc la suite \((u_n - v_n)\) est géométrique de raison \(\tfrac{1}{2}\) et de premier terme \(u_0 - v_0 = a - b\). Il en résulte :
\[u_n - v_n = (a-b)\left(\frac{1}{2}\right)^n = \frac{a-b}{2^n}.\]Puisque \(a < b\), on a \(u_n - v_n < 0\), soit \(\forall n \in \mathbb{N},\ u_n \leq v_n\).
Étape [4] — Variations des suites \((u_n)\) et \((v_n)\).
Étape [5] — Limite commune.
D'après [3], \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}(u_n - v_n) = \lim_{n\to+\infty}\frac{a-b}{2^n} = 0\), donc les deux suites convergent vers un même réel \(c \in [a, b]\).
Étape [6] — Signe de \(f(u_n)\) et \(f(v_n)\).
Par récurrence, on montre que \(\forall n \in \mathbb{N},\ f(u_n) \leq 0\) et \(f(v_n) \geq 0\).
Étape [7] — Conclusion.
Puisque \(f\) est continue en \(c\) :
\[\lim_{n\to+\infty} f(u_n) = f(c) \quad \text{et} \quad \lim_{n\to+\infty} f(v_n) = f(c).\]De [6] et par passage à la limite : \(f(c) \leq 0\) et \(f(c) \geq 0\), donc \(f(c) = 0\).
On sait que \(u_n \to c\) et \(f(u_n) \leq 0\) pour tout \(n\). Mais pour conclure que \(f(c) \leq 0\), il faut pouvoir écrire \(f(u_n) \to f(c)\) — c'est-à-dire "faire rentrer la limite dans \(f\)". C'est exactement ce que garantit la continuité de \(f\) en \(c\). Sans elle, rien n'empêcherait \(f\) de "sauter" en \(c\) et d'y prendre une valeur positive.
Les suites \((u_n)\) et \((v_n)\) fournissent un algorithme qui détermine, avec une précision donnée, une approximation \(c \in [a, b]\) de l'équation \(f(x) = 0\). La fonction \(f\) est monotone de façon croissante sur l'intervalle \([a, b]\) sur lequel la fonction \(f\) est monotone.
Algorithme (de dichotomie) :
Tant que b - a > 10⁻ᵖ
m ← (a + b) / 2
Si f(a) * f(m) < 0
Alors b ← m
Sinon a ← m
Fin Si
Fin Tant que
Afficher b
La fonction \(f\), les réels \(a\) et \(b\) ainsi que l'entier \(p\) étant choisis en entrée, l'algorithme restitue une valeur approchée à \(10^{-p}\) près.
On considère \(f : x \mapsto x^3 + x - 1\). Une observation graphique permet de localiser une solution \(c \in [0, 1]\) de l'équation \(x^3 + x - 1 = 0\).
On a \(f(0) = -1 < 0\) et \(f(1) = 1 > 0\), donc les conditions sont réunies. En prenant \(p = 3\), on obtient \(c \approx 0{,}683\).
def f(x):
return x**3 + x - 1
a = float(input("a="))
b = float(input("b="))
p = int(input("p="))
while b - a > 10**(-p):
m = (a + b) / 2
if f(a) * f(m) < 0:
b = m
else:
a = m
print(b)
Une exécution avec \(p = 3\) donne \(c \approx 0{,}68261718750\).
Pour tout réel \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), il existe un réel \(c \in [a, b]\) tel que \(f(c) = k\).
Autrement dit, si \(f\) est continue sur \([a, b]\), alors :
\[\forall k \in [f(a), f(b)],\ \exists c \in [a, b],\ f(c) = k.\]Le TVI généralise la dichotomie : au lieu de chercher où \(f\) s'annule, on cherche où \(f\) atteint une valeur \(k\) quelconque comprise entre \(f(a)\) et \(f(b)\).
L'astuce : poser \(g(x) = f(x) - k\). Chercher où \(f(x) = k\) revient exactement à chercher où \(g(x) = 0\). Graphiquement, \(\mathcal{C}_g\) est \(\mathcal{C}_f\) décalée vers le bas de \(k\) — la droite \(y = k\) devient l'axe des abscisses.
Nous distinguons deux cas selon que \(f(a) \leq k \leq f(b)\) ou \(f(b) \leq k \leq f(a)\).
1er cas. Si \(f(a) \leq k \leq f(b)\), on pose \(g(x) = f(x) - k\). Alors :
donc \(g(a) \times g(b) \leq 0\). La fonction \(g\) est continue sur \([a, b]\) par somme, donc en appliquant la proposition de dichotomie, il existe \(c \in [a, b]\) tel que \(g(c) = 0\), soit \(f(c) = k\).
2e cas. Si \(f(b) \leq k \leq f(a)\), le raisonnement est identique par symétrie.
Si \(f\) est une fonction continue sur un intervalle \(I\), alors \(f(I)\) est un intervalle.
Une fonction continue ne peut pas "sauter" — elle prend toutes les valeurs intermédiaires. Donc si elle atteint deux valeurs \(y_1\) et \(y_2\), elle atteint aussi toutes les valeurs entre les deux. C'est exactement la définition d'un intervalle.
Les intervalles \(I\) et \(f(I)\) ne sont pas toujours de même nature. Par exemple :
C'est un raisonnement par monotonie de la fonction \(t \mapsto \dfrac{1}{t}\) : quand \(t\) augmente (avec \(t > 0\)), \(\dfrac{1}{t}\) diminue.
D'où \(f(\mathbb{R}) = {]0, 2]}\).
Si \(f\) est une fonction continue sur un intervalle fermé \([a, b]\), alors \(f([a, b]) = [m, M]\), où \(m\) est le minimum et \(M\) le maximum de \(f\) sur \([a, b]\).
Plus précisément :
Sur un intervalle fermé borné, une fonction continue atteint son minimum et son maximum — elle ne peut pas "tendre vers" une valeur sans l'atteindre. L'image est donc un intervalle fermé \([m, M]\).
La réciproque de la proposition précédente est fausse : une fonction discontinue peut avoir une image qui est un intervalle fermé sans être continue. Voir le contre-exemple ci-dessous.
La fonction \(f\) définie sur \([0, 2]\) par
\[f(x) = \begin{cases} x & \text{si } 0 \leq x < 1 \\ -2x + 5 & \text{si } 1 \leq x \leq 2 \end{cases}\]est discontinue en \(x = 1\). Son image \(f([0, 2]) = [-2, 0[\,\cup\,[1, 2]\) n'est pas un intervalle.
Soient \(a\) et \(b\) deux réels tels que \(a < b\) et \(f\) une fonction continue et strictement monotone sur \([a, b]\).
Pour tout réel \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), l'équation \(f(x) = k\) admet une unique solution \(c \in [a, b]\).
Le TVI garantit l'existence d'une solution. La monotonie stricte garantit l'unicité : si la courbe est strictement croissante (ou décroissante), elle ne peut croiser la droite horizontale \(y = k\) qu'une seule fois.
Pour fixer les idées, supposons \(f\) strictement croissante sur \([a, b]\).
Existence. On a \(k \in [f(a), f(b)]\) et le TVI assure l'existence d'un \(c \in [a, b]\) tel que \(f(c) = k\).
Unicité. Supposons que l'équation \(f(x) = k\) admette deux solutions \(c\) et \(c'\) distinctes, avec \(c < c'\). Puisque \(f\) est strictement croissante :
\[f(c) < f(c'),\text{ c'est-à-dire } k < k,\]ce qui est contradictoire. Par l'absurde, \(c = c'\).
Si \(f\) est une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle \(I\), alors \(f\) est une bijection de \(I\) sur l'intervalle image \(f(I)\) :
\[\forall y \in f(I),\ \exists! x \in I,\ f(x) = y.\]Pour fixer les idées, supposons \(f\) strictement croissante sur \(I\).
Existence. Soit \(y \in f(I)\). Par définition de \(f(I)\), il existe \(x \in I\) tel que \(f(x) = y\) — c'est immédiat.
Unicité. Supposons que \(f(x) = f(x') = y\) avec \(x \neq x'\), par exemple \(x < x'\). Puisque \(f\) est strictement croissante sur \(I\) :
\[x < x' \implies f(x) < f(x'),\text{ soit } y < y,\]ce qui est contradictoire. Donc \(x = x'\).
Ainsi tout \(y \in f(I)\) admet un unique antécédent dans \(I\) — \(f\) est une bijection de \(I\) sur \(f(I)\).
Chaque valeur \(y\) de \(f(I)\) a exactement un antécédent \(x\) dans \(I\). La fonction \(f\) est une machine parfaitement réversible — on peut toujours retrouver l'entrée à partir de la sortie, et de façon unique.
C'est ce qui permet de définir une fonction réciproque \(f^{-1}\) : pour tout \(y \in f(I)\), \(f^{-1}(y)\) est l'unique \(x \in I\) tel que \(f(x) = y\).
Soit un entier naturel \(n \geq 2\) et un réel \(a \geq 0\).
L'équation \(x^n = a\) admet une unique solution dans \(\mathbb{R}^+\).
On considère la fonction puissance \(p_n\) définie sur \(\mathbb{R}^+\) par \(p_n(x) = x^n\).
Monotonie stricte. Soient \(a\) et \(b\) deux réels de \(\mathbb{R}^+\) tels que \(a < b\). On factorise :
\[p_n(a) - p_n(b) = a^n - b^n = (a-b)(a^{n-1} + a^{n-2}b + \cdots + ab^{n-2} + b^{n-1}).\]Puisque \(a < b\), on a \(a - b < 0\). De plus, \(a, b \in \mathbb{R}^+\) avec \(a \neq b\), donc le second facteur \(a^{n-1} + a^{n-2}b + \cdots + b^{n-1}\) est strictement positif. Donc \(p_n(a) - p_n(b) < 0\), soit \(p_n(a) < p_n(b)\) — \(p_n\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}^+\).
Image. \(p_n\) est continue sur \(\mathbb{R}^+\), donc c'est une bijection de \(\mathbb{R}^+\) sur son image :
\[p_n(\mathbb{R}^+) = \left[p_n(0),\ \lim_{x \to +\infty} p_n(x)\right[ = [0, +\infty[ = \mathbb{R}^+.\]Par conséquent, tout réel \(a \in \mathbb{R}^+\) admet par \(p_n\) un unique antécédent \(x \in \mathbb{R}^+\) — l'équation \(x^n = a\) admet une unique solution dans \(\mathbb{R}^+\).
Soit un entier \(n \geq 2\). Pour chaque réel \(a \geq 0\), la racine n-ième de \(a\), notée \(\sqrt[n]{a}\), est l'unique solution dans \(\mathbb{R}^+\) de l'équation \(x^n = a\).
La fonction \(x \mapsto \sqrt[n]{x}\) est définie sur \(\mathbb{R}^+\) et vérifie :
\[b^n = a \iff b = \sqrt[n]{a}, \quad \text{avec } b \geq 0.\]Soit un entier \(n \geq 2\). Pour tous réels \(a \geq 0\) et \(b \geq 0\) :
\[\sqrt[n]{a \times b} = \sqrt[n]{a} \times \sqrt[n]{b}, \quad \text{soit } (a \times b)^{1/n} = a^{1/n} \times b^{1/n}.\]On pose \(\alpha = \sqrt[n]{a}\) et \(\beta = \sqrt[n]{b}\), de sorte que \(a = \alpha^n\) et \(b = \beta^n\), avec \(\alpha \geq 0\) et \(\beta \geq 0\).
On en déduit \(a \times b = \alpha^n \times \beta^n = (\alpha \times \beta)^n\), ce qui équivaut à \(\alpha \times \beta = \sqrt[n]{a \times b}\).
Nous en concluons \(\sqrt[n]{a \times b} = \sqrt[n]{a} \times \sqrt[n]{b}\).
De la même façon, on peut justifier que les propriétés algébriques de la fonction racine carrée se généralisent pour la fonction racine n-ième :