| Définitions | |
| Relation d'ordre total | → Déf. 1 |
| Valeur absolue | → Déf. 4 |
| Intervalle centré, distance | → Déf. 5 |
| Théorèmes & Propositions | |
| Compatibilité avec l'addition | → Thm. 1 |
| Compatibilité avec la multiplication | → Thm. 2 |
| Propriétés de la valeur absolue | → Thm. 3 |
| Inégalité triangulaire | → Thm. 4 |
| Inégalité triangulaire généralisée | → Thm. 5 |
| Inégalité de Bernoulli | → Thm. 6 |
| AM-GM à deux termes | → Thm. 7 |
| Méthodes | |
| Passer à l'inverse | → Méthode 1 |
| Majorer une valeur absolue | → Méthode 2 |
Les inégalités sont omniprésentes en mathématiques : encadrer une suite, contrôler une erreur, démontrer une convergence, optimiser une quantité. Pourtant, beaucoup d'erreurs en CPGE viennent d'un maniement approximatif des règles élémentaires — multiplier sans vérifier le signe, passer à l'inverse sans inverser le sens, élever au carré sur des réels de signe indéterminé.
Cette première partie pose les fondations. Sa maîtrise parfaite conditionne tout le reste.
Tout au long de ce cours, l'inégalité AM-GM servira de fil conducteur : \[\forall\, a, b \geq 0,\quad \frac{a+b}{2} \geq \sqrt{ab}\] Simple à énoncer, profonde à exploiter — elle réapparaîtra à chaque partie avec un éclairage nouveau. Sa première démonstration complète figure en Section IV.
La relation \(\leq\) sur \(\mathbb{R}\) est une relation d'ordre total : elle vérifie
Pour tous \(a, b, c \in \mathbb{R}\) :
\[a \leq b \iff a + c \leq b + c\]On peut ajouter ou soustraire le même réel des deux membres sans changer le sens.
Pour tous \(a, b \in \mathbb{R}\) avec \(a \leq b\), et tout \(c \in \mathbb{R}\) :
Si \(0 < a \leq b\), alors \(\dfrac{1}{b} \leq \dfrac{1}{a}\). Le sens s'inverse.
Justification : multiplier \(a \leq b\) par \(\dfrac{1}{ab} > 0\) donne \(\dfrac{1}{b} \leq \dfrac{1}{a}\).
De même, si \(a \leq b < 0\), alors \(\dfrac{1}{b} \leq \dfrac{1}{a} < 0\) (sens inversé, car \(ab > 0\) ici aussi).
Cas à risque : si \(a\) et \(b\) sont de signes opposés, il faut traiter les deux cas séparément.
Résoudre \(x(x-2) \leq 0\).
Erreur fréquente : diviser par \(x\) pour obtenir \(x-2 \leq 0\), soit \(x \leq 2\). Faux ! Si \(x < 0\), la division inverse le sens.
Méthode correcte : tableau de signes. Le produit est négatif ssi les facteurs sont de signes opposés :
\[x \in [0,\, 2]\]Montrer que pour \(a, b > 0\) : \(\dfrac{a}{b} + \dfrac{b}{a} \geq 2\).
\[\frac{a}{b} + \frac{b}{a} - 2 = \frac{a^2 + b^2 - 2ab}{ab} = \frac{(a-b)^2}{ab} \geq 0\]car \((a-b)^2 \geq 0\) et \(ab > 0\). Égalité ssi \(a = b\).
Une propriété fondamentale de \(\mathbb{R}\), souvent utilisée sans être nommée :
\[\forall\, x \in \mathbb{R},\quad \exists\, n \in \mathbb{N},\quad n > x\]Les entiers naturels ne sont pas majorés dans \(\mathbb{R}\) — il n'existe pas de nombre « infiniment grand » dans \(\mathbb{R}\).
Conséquence clé : pour tout \(\varepsilon > 0\), il existe \(n \in \mathbb{N}^*\) tel que \(\dfrac{1}{n} < \varepsilon\). C'est ce qui permet de « rendre \(\frac{1}{n}\) aussi petit qu'on veut » — fondement de toutes les preuves de limite en \(+\infty\).
Pour tout \(x \in \mathbb{R}\) :
\[|x| = \max(x, -x) = \begin{cases} x & \text{si } x \geq 0 \\ -x & \text{si } x < 0 \end{cases}\]Pour \(a \in \mathbb{R}\) et \(r > 0\) :
\[|x - a| \leq r \iff x \in [a-r,\, a+r] \qquad\qquad |x - a| < r \iff x \in\, ]a-r,\, a+r[\]Résoudre \(|2x - 3| \leq 5\).
On écrit \(2|x - \frac{3}{2}| \leq 5\), soit \(|x - \frac{3}{2}| \leq \frac{5}{2}\). Donc : \[\frac{3}{2} - \frac{5}{2} \leq x \leq \frac{3}{2} + \frac{5}{2} \iff -1 \leq x \leq 4\]
Solution : \(x \in [-1,\, 4]\).
Pour tous \(x, y \in \mathbb{R}\) :
La propriété (6) — \(-|x| \leq x \leq |x|\) — est l'encadrement fondamental qui intervient dans presque toutes les preuves de limite par définition.
Variante — inégalité triangulaire inversée :
\[\big||x| - |y|\big| \leq |x - y|\]Pour tous \(x_1, \ldots, x_n \in \mathbb{R}\) :
\[|x_1 + x_2 + \cdots + x_n| \leq |x_1| + |x_2| + \cdots + |x_n|\]Pour montrer que \(|f(x)| \leq M\), les outils principaux sont :
Soit \(x \in [-1, 1]\). Majorer \(|x^3 - 2x + 1|\).
Par inégalité triangulaire :
\[|x^3 - 2x + 1| \leq |x^3| + 2|x| + 1 = |x|^3 + 2|x| + 1\]Comme \(|x| \leq 1\) sur \([-1,1]\) : \(|x|^3 \leq 1\) et \(2|x| \leq 2\), donc \(|x^3 - 2x + 1| \leq 4\).
Cette borne est grossière mais souvent suffisante pour majorer un reste dans une somme.
Montrer que \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} \frac{n+\cos n}{n+1} = 1\).
On majore l'écart à la limite :
\[\left|\frac{n + \cos n}{n+1} - 1\right| = \frac{|\cos n - 1|}{n+1} \leq \frac{|\cos n| + 1}{n+1} \leq \frac{2}{n+1}\]Par Archimède, pour tout \(\varepsilon > 0\), il existe \(N\) tel que \(\frac{2}{N+1} < \varepsilon\). Pour tout \(n \geq N\), l'écart est inférieur à \(\varepsilon\) : la limite est \(1\).
Résoudre \(|x^2 - 4| \leq x + 2\). On distinguera les cas selon le signe de \(x^2 - 4\).
Soit \((u_n)\) une suite vérifiant \(|u_n - \ell| \leq \dfrac{3}{n}\) pour tout \(n \geq 1\). Montrer que \(u_n \to \ell\). Que peut-on encadrer si \(\ell = 2\) et \(n \geq 100\) ?
Pour tout \(x \geq -1\) et tout entier \(n \geq 1\) :
\[(1 + x)^n \geq 1 + nx\]La preuve 2 est plus élégante mais ne vaut que pour \(x \geq 0\). Pour \(-1 \leq x < 0\), les termes \(x^k\) alternent en signe et on ne peut pas conclure directement. La récurrence (Preuve 1) est la preuve universelle.
Pour \(n \geq 2\) et \(x \geq -1\) :
\[(1+x)^n = 1 + nx \iff x = 0\]Montrer que \(u_n = \left(1 + \dfrac{1}{n}\right)^n \geq 2\) pour tout \(n \geq 1\).
Bernoulli avec \(x = \dfrac{1}{n} \geq 0\) :
\[\left(1 + \frac{1}{n}\right)^n \geq 1 + n \cdot \frac{1}{n} = 2\]Cette suite tend vers \(e \approx 2{,}718\ldots\) — nous l'encadrerons précisément dans la Partie IV.
Montrer que \(2^n \geq n^2\) pour tout entier \(n \geq 4\).
Initialisation : \(n = 4\) : \(16 = 16\). ✓
Hérédité : si \(2^n \geq n^2\), alors \(2^{n+1} = 2 \cdot 2^n \geq 2n^2\).
Il suffit de vérifier \(2n^2 \geq (n+1)^2\), soit \(n^2 - 2n - 1 \geq 0\), vrai pour \(n \geq 3\). ✓
Montrer par récurrence que pour tout \(n \geq 1\) : \(\left(1 - \dfrac{1}{n+1}\right)^n \leq \dfrac{1}{2}\).
L'inégalité de Bernoulli se généralise aux exposants réels :
Ces inégalités découlent de la convexité (resp. concavité) de \(t \mapsto t^\alpha\) sur \(\mathbb{R}_+\), que nous retrouverons avec l'inégalité de Jensen en Partie III.
Nous disposons maintenant de tous les outils de la Partie I pour démontrer l'inégalité AM-GM à deux termes. Chaque preuve illustre une technique différente que l'on retrouvera dans toute la suite.
Pour tous \(a, b \geq 0\) :
\[\frac{a+b}{2} \geq \sqrt{ab}\]L'égalité a lieu si et seulement si \(a = b\).
Les deux preuves reposent sur le fait fondamental : un carré est toujours positif. La diversité des formes prépare à la Partie II, où « passer par la différence » sera érigé en stratégie générale de preuve.
Problème : parmi tous les rectangles de périmètre fixé \(2p\), lequel a l'aire maximale ?
Côtés \(a, b\) avec \(a + b = p\). Aire \(= ab\). Par AM-GM : \[ab \leq \left(\frac{a+b}{2}\right)^2 = \frac{p^2}{4}\] Maximum atteint ssi \(a = b = \dfrac{p}{2}\) : c'est le carré.
Dans la Partie II (Techniques de preuve), deux nouvelles preuves de AM-GM : par étude de fonction et par convexité. Dans la Partie III, généralisation à \(n\) termes et la chaîne \(\text{MQ} \geq \text{AM} \geq \text{GM} \geq \text{HM}\).
Soient \(x, y > 0\) avec \(xy = 1\). Montrer que \(x + y \geq 2\). En déduire que pour tous \(a, b > 0\) : \(\dfrac{a}{b} + \dfrac{b}{a} \geq 2\).
Montrer que pour tous réels \(x, y\) : \(x^2 + y^2 \geq 2xy\). Sous quelle forme reconnaît-on AM-GM ? Généraliser à \(x^2 + y^2 + z^2 \geq xy + yz + zx\).