Inégalités — Partie II

CPGE — Techniques de preuve · Différence · Quotient · Récurrence · Étude de fonction · Absurde · Homogénéité
TABLE DES MATIÈRES
INDEX RAPIDE
Méthodes
Passage par la différence→ Méth. 1
Passage par le quotient→ Méth. 2
Récurrence simple→ Méth. 3
Étude de fonction→ Méth. 4
Contraposée→ Méth. 5
Absurde→ Méth. 6
Homogénéité→ Méth. 7
Théorèmes
AM-GM — preuve par différence→ §I
AM-GM — preuve par fonction→ §IV
AM-GM — preuve par homogénéité→ §VI
← Partie I — Outillage fondamental Partie III — Inégalités classiques →

Introduction

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La Partie I a fourni les outils : ordre, valeur absolue, Bernoulli. La Partie II est un catalogue de techniques — des stratégies générales pour attaquer n'importe quelle inégalité.

Chaque section présente une méthode, sa structure logique, ses conditions d'application, et plusieurs exemples dont des preuves nouvelles de l'inégalité AM-GM.

🔴 Fil rouge AM-GM

L'inégalité AM-GM \(\dfrac{a+b}{2} \geq \sqrt{ab}\) (pour \(a,b \geq 0\)) sera redémontrée par chacune des techniques de cette partie. C'est le meilleur test pour maîtriser une méthode : si on sait l'appliquer à AM-GM, on sait l'appliquer à presque tout.


I — Passage par la différence

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I.1 Principe

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Méthode 1 — Passage par la différence

Pour montrer \(f(x) \geq g(x)\), on pose \(h(x) = f(x) - g(x)\) et on montre \(h(x) \geq 0\).

Autrement dit :

\[f(x) \geq g(x) \iff f(x) - g(x) \geq 0\]

On essaie ensuite de factoriser \(h(x)\) sous une forme manifestement positive :

Ramener une inégalité à une comparaison avec 0 est toujours possible — et souvent la première chose à faire. Cela transforme le problème : au lieu de comparer deux expressions, on analyse le signe d'une seule.
Remarque — Cas d'égalité

Si \(h(x) = f(x) - g(x)\) s'annule en certains points, ce sont exactement les cas d'égalité dans l'inégalité \(f(x) \geq g(x)\). Les identifier fait partie de la démonstration complète.


I.2 Carrés et sommes de carrés

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Proposition 1 — Positivité des carrés

Pour tout \(x \in \mathbb{R}\) : \(x^2 \geq 0\), avec égalité ssi \(x = 0\).

Plus généralement, toute somme de carrés est positive : \(\displaystyle\sum_{k=1}^n x_k^2 \geq 0\), avec égalité ssi \(x_1 = \cdots = x_n = 0\).

C'est l'axiome de base de toutes les preuves par la différence. Dès qu'on arrive à écrire \(f(x) - g(x) = (\text{quelque chose})^2\) ou une somme de carrés, l'inégalité est démontrée — et le cas d'égalité est gratuit.
Exemple 1 — Inégalité simple

Montrer que \(a^2 + b^2 \geq 2ab\) pour tous \(a, b \in \mathbb{R}\).

\[a^2 + b^2 - 2ab = (a-b)^2 \geq 0\]

Égalité ssi \(a = b\).

Exemple 2 — AM-GM par la différence

Montrer que pour tous \(a, b \geq 0\) : \(\dfrac{a+b}{2} \geq \sqrt{ab}\).

On pose \(u = \sqrt{a} \geq 0\) et \(v = \sqrt{b} \geq 0\). Alors :

\[\frac{a+b}{2} - \sqrt{ab} = \frac{u^2 + v^2}{2} - uv = \frac{u^2 - 2uv + v^2}{2} = \frac{(u-v)^2}{2} \geq 0\]

Égalité ssi \(u = v\), i.e. \(a = b\).

Le changement de variable \(u = \sqrt{a}\), \(v = \sqrt{b}\) est une astuce classique : il transforme une inégalité sur des racines en une inégalité polynomiale, plus facile à factoriser.

I.3 Applications

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Exemple 3 — Inégalité à trois variables

Montrer que pour tous \(a, b, c \in \mathbb{R}\) : \(a^2 + b^2 + c^2 \geq ab + bc + ca\).

\[a^2 + b^2 + c^2 - ab - bc - ca = \frac{1}{2}\left[(a-b)^2 + (b-c)^2 + (c-a)^2\right] \geq 0\]

Égalité ssi \(a = b = c\).

Exemple 4 — Inégalité avec une fraction

Montrer que pour \(x > 0\) : \(x + \dfrac{1}{x} \geq 2\).

\[x + \frac{1}{x} - 2 = \frac{x^2 - 2x + 1}{x} = \frac{(x-1)^2}{x} \geq 0\]

car \((x-1)^2 \geq 0\) et \(x > 0\). Égalité ssi \(x = 1\).

Exercice 1

Montrer par la différence que pour tous \(a, b, c > 0\) : \(\dfrac{a}{b} + \dfrac{b}{c} + \dfrac{c}{a} \geq 3\). Indication : utiliser AM-GM à trois termes, ou développer directement.


II — Passage par le quotient

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II.1 Principe

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Méthode 2 — Passage par le quotient

Si \(a > 0\) et \(b > 0\), alors : \[a \leq b \iff \frac{a}{b} \leq 1 \iff \frac{b}{a} \geq 1\] Plus généralement, si \(b > 0\) : \[a \leq b \iff \frac{a}{b} \leq 1\]

On ramène ainsi l'inégalité à l'étude du signe de \(\dfrac{a}{b} - 1 = \dfrac{a-b}{b}\), ce qui revient souvent à la méthode par la différence avec dénomination explicite.

Cette méthode est particulièrement utile quand les expressions sont des produits ou des puissances — le quotient simplifie là où la différence donnerait une expression difficile à factoriser. Par exemple, comparer \(n!\) et \(2^n\) est plus naturel via le quotient \(\dfrac{n!}{2^n}\).

II.2 Applications

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Exemple 5 — Comparaison de puissances

Montrer que \(2^n \leq n!\) pour tout \(n \geq 4\).

On étudie le quotient \(q_n = \dfrac{n!}{2^n}\).

\(q_4 = \dfrac{24}{16} = \dfrac{3}{2} > 1\). ✓
Si \(q_n \geq 1\), alors : \[q_{n+1} = q_n \cdot \frac{n+1}{2} \geq 1 \cdot \frac{n+1}{2} \geq 1 \quad \text{pour } n \geq 1\] Par récurrence, \(q_n \geq 1\) pour tout \(n \geq 4\), soit \(2^n \leq n!\).

Exemple 6 — Suite croissante par quotient

Soit \(u_n = \dfrac{n^2}{2^n}\). Montrer que la suite est décroissante pour \(n \geq 3\).

On calcule le quotient \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) :

\[\frac{u_{n+1}}{u_n} = \frac{(n+1)^2}{2^{n+1}} \cdot \frac{2^n}{n^2} = \frac{(n+1)^2}{2n^2} = \frac{1}{2}\left(1 + \frac{1}{n}\right)^2\]

Pour \(n \geq 3\) : \(\left(1 + \dfrac{1}{n}\right)^2 \leq \left(\dfrac{4}{3}\right)^2 = \dfrac{16}{9} < 2\). Donc \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n} < 1\), soit \(u_{n+1} < u_n\) : la suite est décroissante.

Le passage par le quotient n'est valide que si \(b > 0\) (ou \(b < 0\) en inversant le sens). Si \(b\) peut s'annuler, on revient obligatoirement à la différence.
Exercice 2

Montrer que \(\dfrac{(2n)!}{4^n \cdot (n!)^2} \leq 1\) pour tout \(n \geq 1\). Indication : étudier le quotient \(a_{n+1}/a_n\) où \(a_n\) est le membre gauche.


III — Récurrence

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III.1 Principe et structure

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Méthode 3 — Récurrence

Pour montrer une propriété \(P(n)\) pour tout \(n \geq n_0\) :

  1. Initialisation : vérifier \(P(n_0)\) directement.
  2. Hérédité : supposer \(P(n)\) vraie pour un \(n \geq n_0\) fixé (hypothèse de récurrence), puis en déduire \(P(n+1)\).
  3. Conclusion : par le principe de récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout \(n \geq n_0\).
La récurrence est un raisonnement en chaîne : on prouve que si un domino tombe, le suivant tombe aussi — et on vérifie que le premier tombe. L'hypothèse de récurrence n'est pas une hypothèse qu'on admet : c'est une hypothèse de travail pour une étape, que le principe de récurrence valide ensuite globalement.
L'erreur la plus fréquente est d'utiliser \(P(n+1)\) pour démontrer \(P(n+1)\) — raisonnement circulaire. L'hérédité doit déduire \(P(n+1)\) uniquement à partir de \(P(n)\) (et d'autres résultats déjà établis).

III.2 Exemples

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Exemple 7 — Bernoulli par récurrence

Montrer que pour \(x \geq -1\) et \(n \in \mathbb{N}\) : \((1+x)^n \geq 1 + nx\).

Initialisation (\(n = 0\)) : \((1+x)^0 = 1 \geq 1 + 0 \cdot x = 1\). ✓

Hérédité : supposons \((1+x)^n \geq 1 + nx\). Alors :

\[(1+x)^{n+1} = (1+x)^n \cdot (1+x) \geq (1+nx)(1+x)\]

car \(1+x \geq 0\) (on peut multiplier par un positif sans changer le sens).

\[(1+nx)(1+x) = 1 + x + nx + nx^2 = 1 + (n+1)x + nx^2 \geq 1 + (n+1)x\]

car \(nx^2 \geq 0\). Par transitivité : \((1+x)^{n+1} \geq 1+(n+1)x\). ✓

Conclusion : Bernoulli est vrai pour tout \(n \in \mathbb{N}\).

Exemple 8 — Inégalité factorielle

Montrer que \(n! \geq 2^{n-1}\) pour tout \(n \geq 1\).

Initialisation (\(n = 1\)) : \(1! = 1 \geq 2^0 = 1\). ✓

Hérédité : supposons \(n! \geq 2^{n-1}\). Alors :

\[(n+1)! = (n+1) \cdot n! \geq (n+1) \cdot 2^{n-1} \geq 2 \cdot 2^{n-1} = 2^n\]

car \(n+1 \geq 2\) pour \(n \geq 1\). ✓


III.3 Récurrence forte

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Méthode — Récurrence forte

Dans la récurrence forte, on suppose \(P(n_0), P(n_0+1), \ldots, P(n)\) toutes vraies (et non seulement \(P(n)\)) pour démontrer \(P(n+1)\). Utile quand \(P(n+1)\) dépend de plusieurs rangs précédents.

Exemple 9 — Suite de Fibonacci et inégalité

Soit \((F_n)\) la suite de Fibonacci : \(F_0 = 0\), \(F_1 = 1\), \(F_{n+2} = F_{n+1} + F_n\). Montrer que \(F_n \leq 2^n\) pour tout \(n \geq 0\).

Initialisation : \(F_0 = 0 \leq 1 = 2^0\) et \(F_1 = 1 \leq 2 = 2^1\). ✓

Hérédité (récurrence forte) : supposons \(F_k \leq 2^k\) pour tout \(k \leq n\). Alors :

\[F_{n+1} = F_n + F_{n-1} \leq 2^n + 2^{n-1} = 2^{n-1}(2+1) = 3 \cdot 2^{n-1} \leq 2^{n+1}\]

car \(3 \leq 4 = 2^2\). ✓

Exercice 3

Montrer par récurrence que pour tout \(n \geq 1\) : \[\sum_{k=1}^n \frac{1}{k^2} \leq 2 - \frac{1}{n}\] Indication : à l'étape d'hérédité, majorer \(\dfrac{1}{(n+1)^2}\) par \(\dfrac{1}{n(n+1)}\).


IV — Étude de fonction

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IV.1 Principe

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Méthode 4 — Étude de fonction

Pour montrer \(f(x) \geq g(x)\) sur un intervalle \(I\), on pose \(h = f - g\) et on montre \(h \geq 0\) sur \(I\).

  1. Calculer \(h'(x)\) et déterminer le signe de \(h'\) sur \(I\).
  2. En déduire les variations de \(h\) : minimum sur \(I\).
  3. Vérifier que ce minimum est \(\geq 0\).

Le cas d'égalité correspond aux points où \(h\) atteint son minimum.

Cette méthode est très puissante car elle ne nécessite pas d'astuce de factorisation — la dérivée fait tout le travail. En revanche, elle suppose de savoir calculer et étudier des dérivées, ce qui la réserve aux inégalités faisant intervenir des fonctions usuelles.

IV.2 Exemples

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Exemple 10 — AM-GM par étude de fonction

Montrer que pour \(t > 0\) : \(t + \dfrac{1}{t} \geq 2\), puis en déduire AM-GM.

On pose \(h(t) = t + \dfrac{1}{t} - 2\) sur \(\mathbb{R}_+^*\).

\[h'(t) = 1 - \frac{1}{t^2} = \frac{t^2 - 1}{t^2}\]

\(h'(t) < 0\) pour \(t \in ]0,1[\), \(h'(1) = 0\), \(h'(t) > 0\) pour \(t > 1\). Donc \(h\) est décroissante puis croissante, avec minimum en \(t = 1\) : \(h(1) = 1 + 1 - 2 = 0\).

Donc \(h(t) \geq 0\) pour tout \(t > 0\), soit \(t + \dfrac{1}{t} \geq 2\). Égalité ssi \(t = 1\).

Déduction AM-GM : pour \(a, b > 0\), on pose \(t = \sqrt{a/b}\) : \[\sqrt{\frac{a}{b}} + \sqrt{\frac{b}{a}} \geq 2 \implies \frac{a + b}{2\sqrt{ab}} \cdot \frac{2\sqrt{ab}}{\sqrt{ab}} \geq 2\] Plus directement : en multipliant par \(\sqrt{ab} > 0\) : \[\frac{a+b}{2} \geq \sqrt{ab}\]

Exemple 11 — Inégalité logarithmique

Montrer que \(\ln(1+x) \leq x\) pour tout \(x > -1\).

On pose \(h(x) = x - \ln(1+x)\) sur \(]-1, +\infty[\).

\[h'(x) = 1 - \frac{1}{1+x} = \frac{x}{1+x}\]

\(h'(x) < 0\) pour \(x \in ]-1, 0[\), \(h'(0) = 0\), \(h'(x) > 0\) pour \(x > 0\). Minimum en \(x = 0\) : \(h(0) = 0 - \ln(1) = 0\).

Donc \(h(x) \geq 0\), soit \(\ln(1+x) \leq x\). Égalité ssi \(x = 0\).

Remarque — Inégalité classique

L'inégalité \(\ln(1+x) \leq x\) est fondamentale en analyse. Elle implique notamment \(e^x \geq 1 + x\) (en posant \(x \leftarrow e^x - 1\)), qui est la version exponentielle de Bernoulli.


IV.3 Aperçu — Convexité

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Complément — Convexité et inégalités

Une fonction \(f\) est convexe sur \(I\) si pour tous \(a, b \in I\) et tout \(t \in [0,1]\) : \[f(ta + (1-t)b) \leq tf(a) + (1-t)f(b)\] Géométriquement : la courbe est en dessous de toute corde.

Si \(f\) est deux fois dérivable, \(f\) est convexe ssi \(f'' \geq 0\). La convexité est à la source de nombreuses inégalités classiques — notamment l'inégalité de Jensen (Partie III).

\(x \mapsto x^2\) est convexe (\(f'' = 2 > 0\)) : c'est pour ça que \((a+b)^2/4 \geq ab\), i.e. AM-GM. \(x \mapsto \ln x\) est concave (\(f'' = -1/x^2 < 0\)) : c'est pour ça que \(\ln\) transforme les moyennes arithmétiques en moyennes géométriques — Jensen en Partie III.
Exercice 4

Montrer par étude de fonction que \(e^x \geq 1 + x\) pour tout \(x \in \mathbb{R}\). En déduire que \(e^x \geq 1 + x + \dfrac{x^2}{2}\) pour \(x \geq 0\).


V — Contraposée et absurde

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V.1 Contraposée

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Méthode 5 — Contraposée

Pour montrer \(A \Rightarrow B\), on peut montrer l'équivalente \(\neg B \Rightarrow \neg A\). Appliqué aux inégalités :

\[\text{Pour montrer } f(x) \geq g(x) \text{ sous hypothèse } H,\] \[\text{on peut supposer } f(x) < g(x) \text{ et en déduire } \neg H.\]

Particulièrement utile pour les inégalités strictes et les cas d'égalité.

Exemple 12 — Cas d'égalité par contraposée

Montrer que si \(a, b > 0\) et \(\dfrac{a+b}{2} = \sqrt{ab}\), alors \(a = b\).

Par contraposée : supposons \(a \neq b\). Alors \((\sqrt{a} - \sqrt{b})^2 > 0\), soit \(a + b > 2\sqrt{ab}\), soit \(\dfrac{a+b}{2} > \sqrt{ab}\). Donc l'égalité n'a pas lieu.


V.2 Raisonnement par l'absurde

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Méthode 6 — Raisonnement par l'absurde

Pour montrer \(P\), on suppose \(\neg P\) et on en déduit une contradiction (une proposition fausse ou une inégalité absurde).

Utile quand l'inégalité est difficile à attaquer directement, ou quand on veut montrer une inégalité stricte avec cas d'égalité non trivial.

La contraposée et l'absurde sont logiquement équivalents. En pratique : la contraposée est préférable quand \(\neg B\) donne une hypothèse exploitable proprement. L'absurde est plus naturel quand on veut dériver une contradiction sans structure claire sur \(\neg B\).
Exemple 13 — Inégalité stricte par l'absurde

Montrer que pour \(n \geq 2\) : \(\sqrt{n+1} - \sqrt{n} < \dfrac{1}{2\sqrt{n}}\).

Par l'absurde : supposons \(\sqrt{n+1} - \sqrt{n} \geq \dfrac{1}{2\sqrt{n}}\). En multipliant par \((\sqrt{n+1} + \sqrt{n}) > 0\) : \[1 = (n+1) - n \geq \frac{\sqrt{n+1} + \sqrt{n}}{2\sqrt{n}} \geq \frac{2\sqrt{n}}{2\sqrt{n}} = 1\] Donc \(\sqrt{n+1} + \sqrt{n} = 2\sqrt{n}\), soit \(\sqrt{n+1} = \sqrt{n}\), soit \(n+1 = n\) : contradiction.

Exercice 5

Montrer par l'absurde que si \(a + b \geq 2\) et \(ab \geq 1\), alors \(a \geq 1\) et \(b \geq 1\).


VI — Homogénéité et normalisation

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VI.1 Principe

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Définition — Inégalité homogène

Une inégalité \(f(a, b) \geq g(a, b)\) est homogène de degré \(d\) si pour tout \(\lambda > 0\) : \[f(\lambda a, \lambda b) = \lambda^d f(a, b) \quad \text{et} \quad g(\lambda a, \lambda b) = \lambda^d g(a, b)\]

Méthode 7 — Homogénéité et normalisation

Si une inégalité est homogène, on peut normaliser les variables sans perte de généralité. Les normalisations les plus utiles sont :

On remplace ensuite l'une des variables par l'autre via la contrainte, réduisant le problème à une variable.

L'homogénéité dit que l'inégalité ne dépend pas de l'échelle — seulement du rapport entre les variables. Normaliser revient à fixer l'échelle arbitrairement, ce qui simplifie sans rien perdre. C'est une technique très utilisée en olympiades.

VI.2 Applications

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Exemple 14 — AM-GM par homogénéité

Montrer que pour \(a, b \geq 0\) : \(\dfrac{a+b}{2} \geq \sqrt{ab}\).

L'inégalité est homogène de degré 1 : remplacer \((a,b)\) par \((\lambda a, \lambda b)\) multiplie les deux membres par \(\lambda\).

Normalisation : on peut supposer \(ab = 1\) (si \(ab = 0\), l'inégalité est triviale). En posant \(b = 1/a\), on doit montrer : \[\frac{a + 1/a}{2} \geq 1 \iff a + \frac{1}{a} \geq 2\] Ce qui est l'exemple 4 (ou exemple 10).

Exemple 15 — Inégalité à trois variables

Montrer que pour \(a, b, c > 0\) avec \(a + b + c = 1\) : \(ab + bc + ca \leq \dfrac{1}{3}\).

On utilise l'exemple 3 : \(a^2 + b^2 + c^2 \geq ab + bc + ca\). Or \((a+b+c)^2 = a^2 + b^2 + c^2 + 2(ab+bc+ca) = 1\). Donc \(a^2 + b^2 + c^2 = 1 - 2(ab+bc+ca)\). En substituant : \[1 - 2(ab+bc+ca) \geq ab+bc+ca \implies 1 \geq 3(ab+bc+ca) \implies ab+bc+ca \leq \frac{1}{3}\]

Exercice 6

Montrer que pour \(a, b, c > 0\) : \[\frac{a}{b+c} + \frac{b}{a+c} + \frac{c}{a+b} \geq \frac{3}{2}\] Indication : normaliser par \(a + b + c = 1\), puis utiliser AM-GM sur chaque fraction.


VII — Fil rouge : récapitulatif des preuves de AM-GM

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Nous avons maintenant cinq preuves différentes de l'inégalité AM-GM à deux termes. Chacune illustre une technique distincte et révèle un aspect différent de l'inégalité.

🔴 Cinq preuves de AM-GM — \(\dfrac{a+b}{2} \geq \sqrt{ab}\)
PreuveTechniqueIdée clé
Partie I Passage par la différence (carré) \(\frac{(u-v)^2}{2} \geq 0\) avec \(u=\sqrt{a}, v=\sqrt{b}\)
§I Différence + changement de variable Même preuve, présentée différemment
§IV Étude de fonction \(t + 1/t \geq 2\) via \(h'(t) = 0\) en \(t=1\)
§VI Homogénéité + normalisation Ramène à \(a + 1/a \geq 2\) via \(ab=1\)
Partie III Jensen (à venir) Concavité de \(\ln\)
Avoir plusieurs preuves d'un même résultat n'est pas redondant — c'est une richesse. Chaque preuve éclaire une facette différente : la preuve par la différence montre pourquoi l'égalité a lieu en \(a = b\) ; la preuve par étude de fonction montre la structure de minimum ; l'homogénéité montre que c'est une propriété d'échelle. En CPGE, savoir choisir la bonne preuve selon le contexte fait partie de la maîtrise du cours.

🔴 Fil rouge — À venir en Partie III

La Partie III généralisera AM-GM à \(n\) termes et établira la chaîne complète \(\text{MQ} \geq \text{AM} \geq \text{GM} \geq \text{HM}\). Les techniques de cette partie — différence, récurrence, Jensen — seront toutes mobilisées.

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